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Carrefour / Alexandre Bompard / Assemblée générale
Alexandre Bompard défend le modèle social de Carrefour devant les syndicats / Sa rémunération bien mieux approuvée qu'en 2023
Ils avaient promis de "porter de la voix " lors de l’assemblée générale, les représentants du syndicat CFDT du groupe Carrefour ont tenu leur promesse ce vendredi matin. Ils n’ont cessé de perturber, par des cris, des chants et parfois même des insultes, le bon déroulement du rendez-vous annuel avec les actionnaires, réunis aux Docks d’Aubervilliers.
Provocation
Et c’est logiquement le président-directeur général, Alexandre Bompard, qui en a principalement fait les frais, si bien que son discours d’introduction sur les éléments marquants de l’année 2023 de l’entreprise et ses perspectives d’avenir a été rendu quasiment inaudible.
Ses propos en faveur du partage de la valeur au sein de Carrefour – "plus 14 % d’augmentation des rémunérations des salariés depuis 2022, octroi de primes exceptionnelles, de primes d’intéressement et de participation affichant leur plus haut niveau depuis une décennie et mise en place d’une première opération d’actionnariat salarié en 2023 ", a-t-il détaillé, n’y ont rien changé. Pas même son hommage aux gérants-franchisés, que les syndicats présents étaient venus représentés. "Notre confiance en l’avenir, le groupe la doit […] aussi à tous ceux qui travaillent pour notre enseigne et tout particulièrement les partenaires franchisés qui contribuent à notre succès ", a-t-il déclaré.
Hasard du calendrier
Les tensions se sont ainsi fait ressentir jusqu’à la traditionnelle séance de questions, au cours de laquelle un syndicaliste a pris la parole. "Nous sommes venus témoigner de la réalité de ce que vivent les salariés au sein de l’enseigne, qu’ils soient en magasins intégrés ou franchisés. La nouvelle édition de notre baromètre réunissant les avis de 5 000 salariés montre une très nette dégradation, à 3,96 sur 10. Il en ressort une forte incompréhension de la stratégie, des inquiétudes quant à la cession de magasins franchisés et en location-gérance et des conditions de travail dégradées à cause du plan de réduction des coûts mis en place par la direction ", a-t-il expliqué, mentionnant au passage que c’est ce vendredi qu’a lieu la première audience de Carrefour devant le tribunal judiciaire d’Évry à la suite de l’assignation du groupe par la CFDT au sujet de sa pratique de la franchise et de la location-gérance, qu’elle considère comme abusive. "Le recours à la mise en franchise aurait été décidé pour éviter un accompagnement plus coûteux des 23 000 salariés concernés s’il avait fallu recourir à une restructuration. La location-gérance entraîne la suppression des accords d’entreprise qui généraient pouvoir d’achat et protection sociale ", a déploré le syndicaliste, regrettant que "les 3 milliards d’euros utilisés ces dernières années pour des rachats d’actions n’aient pas été utilisés pour mieux investir dans les prix et les investissements dans les magasins ".
Une franchise vaut mieux qu’une fermeture
Une intervention à laquelle Alexandre Bompard a souhaité répondre, en appelant au calme. "Le contexte est extraordinairement difficile pour notre secteur avec l’apparition de nouveaux acteurs centrés sur le format discount, avec la pression concurrentielle croissante venant d’acteurs indépendants dont le modèle social n’a rien à voir avec le nôtre ", a-t-il formulé en préambule. "La traduction de ce contexte est la difficulté extraordinairement forte rencontrée par des grands compétiteurs historiques qui ont été contraints à de lourdes restructurations. Dans ce contexte, nous essayons d’éviter les fermetures d’hypermarchés ", s’est expliqué Alexandre Bompard, rappelant qu’à son arrivée à la tête de Carrefour, d’aucuns promettaient des dizaines de fermetures de magasins. "Combien en avons-nous fermé au final ? Zéro. Au lieu de cela, nous avons cherché à adapter certains de nos magasins, notamment en réduisant leur taille, pour correspondre aux zones de chalandises, en intégrant du digital, en renforçant les produits frais, en travaillant à ce que ces magasins soient plus attractifs. Et puis il y a ceux qui perdent depuis des décennies 3,4,7 millions d’euros. Pour ceux-là, nous n’avons pas trouvé de solution et nous avons fait un choix dont je mesure l’inquiétude ", a reconnu le patron de Carrefour.
Mais selon lui, ce passage à la franchise ou à la location-gérance ne s’est pas fait du jour au lendemain, l’enseigne ayant tenté le mieux possible d’accompagner les entrepreneurs. "Nous avons mis en place un dialogue social au moment de la transmission, ainsi qu’une clause sociale pour limiter au maximum la perte éventuelle de rémunération à long terme et des mécanismes de préretraite ", a-t-il souligné.
Ça passe pour la rémunération
Pour Alexandre Bompard, la stratégie d’investissements - "2 milliards d’euros par an dont plus de 60 % dans les magasins alors que le coût de la maintenance est passé de 350 à 520 millions d’euros cette année " - et de rachats d’actions du groupe sert non seulement à des opérations de croissance (comme les rachats des magasins Casino ou Cora par exemple) mais aussi à rémunérer les actionnaires. "Les rachats d’actions et le dividende incitent les actionnaires à être à nos côtés. Une entreprise qui a des actionnaires, est une entreprise plus forte ", a assuré le président-directeur général.
Des échanges qui auraient pu laisser planer le doute quant à l’approbation de certaines résolutions en fin de séance, comme c’est le cas chaque année chez Carrefour où la rémunération d’Alexandre Bompard était jusqu’alors de plus en plus mal approuvée. Il n’en fut finalement rien. Contre toute attente, sa rémunération au titre de 2023 a même été mieux adoptée que l’an passé, avec 70,15 % des votes (contre 60,69 % en 2023). Celle traitant de sa rémunération au titre de 2024 a même été approuvée très largement, à 93,49 %. Pour mémoire, celle-ci comporte une part fixe d’1,6 million d’euros, une variable annuelle pouvant aller jusqu’à 190 % de la rémunération fixe selon des critères de performances et extra-financiers, et une de long terme en actions, à hauteur de 55 % de la rémunération globale.
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