WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Evenements / Commission d'enquête / Carrefour / Crise agricole

Evenements
Commission d'enquête / Carrefour / Crise agricole

Pour Alexandre Bompard, la grande distribution a bon dos sur la crise agricole / Une logique d’opposition stérile avec les producteurs et les industriels

Le président-directeur général de Carrefour a profité de son audition, ce mercredi matin, devant la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les raisons de la perte de souveraineté alimentaire de la France pour déplorer le nombre de lois, et selon lui peu efficientes, censées régir les relations commerciales dans l’Hexagone. Une pratique qu’il ne constate dans aucun autre pays où l’enseigne est présente. Alexandre Bompard a par ailleurs appelé à faire cesser toute idée d’opposition entre d’un côté la grande distribution et de l’autre les producteurs et les industriels pour résoudre la crise agricole. Une logique qu’il a jugée idiote.
Alexandre Bompard, président-directeur général de Carrefour (Photo by Stephane Mouchmouche / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
Alexandre Bompard, président-directeur général de Carrefour (Photo by Stephane Mouchmouche / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Auditionné, ce mercredi matin, par la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale, sur la perte de souveraineté alimentaire de la France, le patron de Carrefour, Alexandre Bompard, s’est montré critique envers les pouvoirs publics et notamment le législateur.

 

Trop de réformes pour peu d’effets positifs

 

"Parmi les 43 pays où notre groupe est présent, la France est le seul qui produit autant de lois pour régir les relations commerciales dans l’agroalimentaire. En 22 ans, ce ne sont pas moins de 26 lois qui ont été créées. Et elles se sont multipliées sur les 6 dernières années avec Egalim 1, 2, 3 et bientôt 4 ", a-t-il fait observer aux députés.

Des règles que Carrefour s’est plié à appliquer. "Egalim 1 qui visait à limiter les promotions a affecté très fortement le format de nos hypermarchés. Egalim 2 impliquait l’établissement d’un contrat entre agriculteurs et transformateurs industriels avec un prix intégrant les coûts de production et la protection du coût de la matière première agricole, une idée intelligente mais qui n’a malheureusement pas fonctionné. Egalim 3 a limité les promotions pour les DPH (produits d’hygiène, droguerie, etc). Vous m’avez d’ailleurs entendu sur cette réforme car elle n’avait rien à voir avec l’agriculture. Elle n’a fait qu’accroître le comportement de privation des consommateurs au pouvoir d’achat le plus modeste. Il était donc logique que je conteste le bien-fondé de cette mesure dont tout le monde mesure aujourd’hui les effets délétères", a-t-il détaillé.

 

L’un des tout premiers partenaires du monde agricole

 

Une agriculture française que Carrefour dit soutenir. "Depuis 65 ans, notre groupe est l’un voire le premier partenaire du monde agricole. Un partenariat qui se traduit par une part de marché de 35 % des filières contractualisées entre la grande distribution et l’agriculture ; 30 000 producteurs partenaires en France, dont 5 000 bios et 6 000 issus de filières ‘qualité Carrefour’ pour garantir davantage de visibilité financière et en volumes et de prix pour une juste rémunération des producteurs. Enfin, c’est un milliard d’euros de produits achetés par Carrefour à l’agriculture française, le groupe privilégiant aussi l’origine France pour sa marque propre", a rappelé Alexandre Bompard qui s’est félicité, dans le même temps, que son groupe contribue, grâce à sa marque distributeur et sa présence mondiale, à offrir des débouchés à l’international au monde agricole et à la filière française, tout en ayant doublé, dans le cadre de son plan stratégique Carrefour 2026, l’approvisionnement de ses magasins en circuit court (moins de 50 kilomètres) et ce avec des délais de paiement réduits. "Il s’agit d’un engagement pris aussi pour le consommateur qui demande la mise en avant de produits locaux", a-t-il souligné.

Interrogée par la députée socialiste du Finistère, Mélanie Thomin, sur les marges brutes des distributeurs sur les produits frais, jugées trop fortes, le président-directeur général de l’enseigne a appelé à considérer les chiffres en marges nettes, soit réduites des charges de fonctionnement d’un magasin. "Notre marge nette est de 2,5 %, selon l’Observatoire de la formation des prix et des marges, quand celles des dix plus grands groupes internationaux tournent autour de 10-12 %", lui a-t-il répondu.

 

"Une idée d’opposition idiote"

 

Et le patron de Carrefour de profiter de son audition parlementaire pour faire passer quelques messages. "En tant que dirigeant d’un groupe mondial en pleine transformation, dans un secteur en pleine mutation, je me dois de conduire des évolutions difficiles afin de pouvoir affronter la concurrence. Cela implique des choix, des décisions délicates et des arbitrages entre parties prenantes. L’agriculture française est l’une d’elles", a-t-il expliqué, poursuivant : "veuillez croire que dès que nous pouvons mettre cette agriculture en valeur et garantir des débouchés nous le faisons […]. Mais je demeure frappé par deux phénomènes : le premier est le fait que l’on a fait trop vite porter un chapeau trop large à la distribution française concernant la crise agricole. Critiquer le distributeur est devenu une réponse pratique et très réductrice pour un problème bien plus vaste", a-t-il fait savoir.

Le second est, selon lui, la volonté bien française d’opposer agriculture et distribution. "Dans aucun autre pays où nous sommes présents nous avons ce sujet sur l’agriculture. La distribution française a besoin d’une agriculture forte et réciproquement. Vouloir renforcer le lien industrie-agriculture contre la grande distribution est une idée idiote. Cette logique d’opposition est stérile, c’est tout ce qui ne fonctionne pas. Pour sortir de ce sujet par le haut, il vaudrait mieux raisonner en termes de filière", a-t-il défendu.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article