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Electra lève (à nouveau) des fonds pour s’installer davantage en Belgique / Un pas de plus vers ses objectifs de déploiement sur un marché stratégique
Pas de nuage à l’horizon d’Electra. À peine quelques mois après avoir bouclé un tour de table de 304 millions d’euros, record dans son secteur, la start-up spécialisée dans la recharge électrique rapide vient d’annoncer avoir levé 75 millions d’euros de dette verte auprès d’un consortium de quatre banques : Société Générale, ABN Amro, Caisse d’Épargne Hauts de France et Crédit Agricole CIB. Fondée au début de l’année 2021 et dirigée par Aurélien de Meaux, cette société moitié infrastructures, moitié Tech, semble donc s’attirer toujours plus les faveurs de ses investisseurs et partenaires financiers.
La start-up a effectivement réalisé successivement des levées de capital significatives ces dernières années. Pas de secret, nous explique sa directrice financière Elise Erbs : "Nous avons commencé par un co-investissement de 4 millions d’euros, puis de 10, 65, 200… Le fonds Eiffel Investment nous a fait confiance également pour un financement de projet en dette. En tout, nous avons fait cinq co-investissements et nous avons structuré 5 lignes de financement de différentes tailles et à différents niveaux. Cela signifie qu’à chaque fois, c’était un nouveau deal, une nouvelle due diligence, qui nous faisait nous questionner, nous préparer, revoir les points à renforcer". D’autant que "nous sommes également un certain nombre, chez nous, à avoir travaillé pour nos investisseurs auparavant. Nous connaissons leurs critères, nous parlons le même langage. Tout cela est essentiellement le fruit de trois années de travail", poursuit-elle.
Des véhicules professionnels au rendez-vous
En tout et pour tout, Electra a levé 770 millions d’euros : 600 millions d’euros d’equity, 150 millions d’euros de dette et 20 millions d’euros de subventions françaises, même si la start-up en escompte d’autres au niveau européen. Ici, l’intégralité des 75 millions d’euros de dette levée permettra de financer l’expansion d’Electra en Belgique, ce à hauteur de 60 %. Des fonds propres viendront compléter le montant d’investissement nécessaire. Un marché particulièrement stratégique pour cette jeune entreprise qui vise à créer un réseau européen de recharge électrique rapide et où il est déjà présent depuis 2022. "C’est un marché très intéressant, dans la mesure où il y a énormément de voitures professionnelles en Belgique, bien plus qu’en France. Les taux d’utilisation y sont importants avec des paniers moyens significatifs", observe Elise Erbs. Mais encore fallait-il s’assurer de s’y installer en bonne et due forme. "Nous avons embauché une équipe locale et fait un partenariat stratégique avec BePark dès le départ. C’est important de ne pas aller seul sur un marché et de se faire accompagner par un acteur local pour trouver les bons partenaires fonciers", souligne Elise Erbs.
Aujourd’hui, Electra compte une quarantaine de stations déjà ouvertes en Belgique. L’objectif reste de se déployer dans l’ensemble de la zone Benelux et avec ces 75 millions d’euros, l’entreprise compte ouvrir à peu près 130 stations dans le pays. Elles viendront ainsi s’ajouter au total de 250 stations ouvertes dont dispose Electra dans l’ensemble de ses zones d’activité européennes, ce qui correspond à environ 1 300 points de charge. Les objectifs pour la suite sont affichés : Electra vise 2 200 stations ouvertes à l’horizon 2030, soit près de 15 000 points de charge. "C’est tout à fait possible : pour la levée de fonds de 2022, nous tablions sur 1 100 sites en 2030. Et nous avons multiplié cet objectif par deux pour celle de 2023. Non seulement nous sommes confiants sur ce que nous pouvons faire, mais nous avons de plus doublé nos objectifs en un an", assure Elise Erbs.
Pas question de confondre rapidité et précipitation pour autant. "Nous veillons surtout à bien qualifier nos sites. Même au moment de la bulle, lorsque tout allait bien. Nous nous sommes toujours attachés à bien les sélectionner pour qu’il n’y ait pas de mauvaises surprises", relève la directrice financière. Au-delà de l’aspect infrastructures, Electra attache d’ailleurs tout autant d’importance à son étiquette "Tech". L’entreprise est le premier acteur du secteur, grâce à une plateforme propriétaire, à avoir proposé la réservation des points de charge au travers de son application en plus d’un service client adapté en cas d’imprévu. Elle a poursuivi son développement technologique en permettant l’ouverture des barrières dans les parkings et propose également une fonctionnalité permettant de brancher son véhicule directement pour qu’il soit identifié et que le processus de recharge démarre, tandis que la facturation s’opère automatiquement une fois le connecteur replacé sur la borne.
Un maillon essentiel de la chaîne
Il faut dire que les enjeux concernant la qualité, la rapidité et la multiplication de la recharge électrique sont importants, tant au niveau de la filière dans son ensemble qu’à plus grande échelle. Cela se reflète bien dans la manière dont les investissements affluent vers les acteurs de cette chaîne de valeur. Le fait est que l’interdiction européenne de produire des véhicules thermiques à partir de 2035 nécessite d’être anticipée et que la filière revêt aussi un aspect stratégique pour la France, en termes de souveraineté et de réindustrialisation.
La législation tente donc d'aller en ce sens, comme en témoigne la proposition de loi du député Renaissance Damien Adam, visant à presser l’électrification des flottes professionnelles. Le texte a été examiné en première lecture le 30 avril après le dépôt de nombreux amendements, dont certains visent à assouplir la loi et à y intégrer d’autres technologies davantage polluantes, comme les hybrides rechargeables. Mobilisé, le CEO d’Electra, Aurélien de Meaux (également co-président de l’Alliance des mobilités, la structure qui représente les start-ups de la mobilité) a apporté son soutien à la version initiale du texte avec d’autres entreprises du secteur, en appelant à garder le cap et à accélérer son adoption. "Nous voulons l’électrification parce que c’est souverain et ne pas faire cela au détriment de l’environnement. L’hybride est bien plus polluant", appuie Elise Erbs.
Reste évidemment la question du coût, souvent pointée du doigt. "Nous sommes une jeune entreprise. Cet aspect coût, nous sommes les premiers à le voir. Mais toutes les initiatives qui permettront de soutenir l’adoption des véhicules électriques, comme le leasing social, ont des effets multiplicateurs. Si les premiers sont aidés, il y aura un afflux de demande, donc les constructeurs passeront plus vite le cap et il y aura une baisse des coûts, comme sur les batteries. À l’échelle européenne, le sujet de la connexion au réseau est aussi primordial", conclut Elise Erbs.
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