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Feuilleton de l'été / emeis / Orpea / Portrait / Julia Clavel

Feuilleton de l'été
emeis / Orpea / Portrait / Julia Clavel

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Julia Clavel, directrice M&A et en charge de la Pologne, de l’Irlande et de l’Angleterre d'emeis

EXCLUSIF. Directrice M&A d’emeis depuis novembre dernier, Julia Clavel ne s’est jamais rien interdit dans sa vie professionnelle du moment qu'elle peut concilier économie, dimension sociétale et nouveau challenge. Curieuse d'apprendre depuis toujours, c'est un courrier envoyé à Jacques Attali, alors qu'elle était étudiante, qui lui permettra de vivre quelques moments assez inédits aux plus hautes sphères de l'Etat. 
Julia Clavel (©emeis)
Julia Clavel (©emeis)

En novembre dernier, emeis (ex-Orpea) recrutait Julia Clavel en qualité de directrice M&A, également en charge de la Pologne, de l’Irlande et de l’Angleterre. Un poste pour lequel elle a rejoint le comité exécutif du groupe. "Ma fonction comprend trois pans d’activité : le M&A, axé à court terme sur le recentrage stratégique de l’entreprise sur l’Europe. Je m’occupe aussi des réflexions visant à projeter le groupe vers l’avenir et à ce titre, à toutes celles menées sur le grand âge, la santé mentale, la maison de retraite du futur, les nouveaux modèles d’accompagnement, les besoins de financements, etc. J’ai aussi un rôle opérationnel en supervisant trois pays", détaille à WanSquare Julia Clavel.

 

Touche à tout

 

Son arrivée chez emeis ne doit rien au hasard. Ancienne directrice de la stratégie et du M&A pour la région EMEA (France, Europe du Sud, Afrique et Moyen-Orient) de Saint-Gobain, elle y avait rencontré l’actuel directeur général de l'ex-Orpea, Laurent Guillot, alors directeur des matériaux puis des solutions haute performance. "J’avais suivi l’affaire Orpea et j’avais beaucoup admiré le courage de Laurent Guillot lorsqu’il a décidé de diriger l’entreprise en juillet 2022. C’est lui qui m’a proposé de rejoindre le comex", confie celle qui attache une grande importance à l’impact de ses choix professionnels sur l’intérêt général. "A l’époque, je cherchais une entreprise qui me permettrait à la fois de jouer un rôle sur une dimension sociétale, de relever un nouveau challenge stimulant, le tout au sein d’une équipe qui me plaisait", poursuit la directrice de 33 ans.

Il faut dire que Julia Clavel n’a pas peur d’être sur tous les fronts. Déjà, étudiante, alors qu’elle suivait trois Masters en parallèle, l’un à Sciences Po en affaires publiques, un autre à l’ESCP Europe en école de management et un dernier à l’école Normale Supérieure en économie, elle vivra ses premières expériences professionnelles, et toutes pour le moins éclectiques : conférencière en art moderne deux fois par semaine au Centre Pompidou, rédactrice au sein de l’Etat-Major des Armées, puis stagiaire au service économique de l’Ambassade de France à Singapour. "J’ai toujours été intéressée par la jonction entre économie, entreprise et Etat et me confronter à la diversité, y compris dans des domaines que je ne connaissais pas du tout. Mes choix de carrière ont toujours été guidés par la possibilité de concilier ces trois piliers ", nous fait remarquer cette passionnée de littérature qui aime aussi écrire au cours de son (rare) temps libre et ne cache pas son rêve de publier un jour une fiction.

 

Moment historique

 

Rue Saint-Guillaume à Paris, elle entend parler d’une initiative de démocratie participative, France 2022. "L’idée était de construire un programme citoyen en vue de l’élection présidentielle de 2017. Le projet m’avait séduit. J’ai donc décidé d’envoyer un mail expliquant que je serais ravie de contribuer à cette initiative par quelque moyen que ce soit. Quelque temps plus tard, j’ai eu la chance d’être contactée par Jacques Attali, qui menait l’initiative et qui m’a proposé de participer à un groupe de travail", relate Julia Clavel.

C’est dans ce cadre qu’elle rencontrera une conseillère d’Emmanuel Macron, alors tout jeune ministre de l’Economie. "J’ai débuté par un stage à Bercy et finalement, je suis devenue chargée de mission jusqu’à la démission du ministre", indique celle qui sera alors chargée de suivre les questions budgétaires et numériques.

De cette expérience, qui ne durera pourtant que quelques mois, elle gardera trois souvenirs. "Ce fut d’abord une réelle opportunité de travailler avec des personnalités d’un niveau impressionnant, ce qui fut extrêmement formateur. Ensuite, j’avais été recrutée pour suivre principalement le projet de loi NOE sur les nouvelles opportunités économiques, aussi appelé ‘loi Macron 2’. Enfin, j’ai eu la chance d’être au cabinet au moment où Emmanuel Macron a lancé son propre mouvement, En Marche. J’ai le souvenir qu’il nous avait réunis un soir tard pour nous l’annoncer officiellement. C’est un moment que je chéris aujourd’hui car il reste historique ", se remémore Julia Clavel.

 

Séance de nuit

 

Si elle n’a jamais été salariée du parti, elle s’engagera néanmoins dans la campagne présidentielle de 2017. "Il faut bien avouer que ce fut une campagne assez atypique, j’ai travaillé sur le programme en coordonnant des groupes de travail d’experts sur la concurrence et le volet numérique mais j’ai aussi installé des chaises dans des meetings, j’ai fait la sécurité aussi ", se souvient-elle.

C'est aussi pendant la campagne que Julia Clavel choisira de rejoindre la Banque de France. "J’avais passé le concours avant mon entrée en cabinet. A la Banque de France, j’ai travaillé sur des sujets européens, notamment les négociations intra-pays, la préparation des Conseils des Gouverneurs de la Banque centrale européenne sur les questions budgétaires et financières, etc", nous précise-t-elle.

C’était bien sûr sans compter ses anciens camarades de Bercy qui la rappellent pour lui proposer d’aider les 400 nouveaux députés fraîchement élus à l’Assemblée nationale en juin 2017. "Certes la majorité parlementaire était tout à fait écrasante mais elle était composée en bonne partie de novices de la politique. Or, le président de la République avait été élu sur un programme économique très ambitieux. J’ai donc rejoint le groupe parlementaire En Marche, présidé à l'époque par Richard Ferrand, pour accompagner les députés sur les textes financiers, et en même temps pour structurer le groupe", indique l'ancienne conseillère qui sera particulièrement marquée par le premier projet de loi de finances pour 2018 (le texte qui a supprimé l’ISF et instauré la flat tax de 30 % sur les revenus du patrimoine). "J’ai passé toutes mes nuits dans l’hémicycle à suivre le texte. Et l’avant-dernier samedi de décembre 2017, l’examen s’est fini à 6 heures du matin. Le ministre du Budget et des Comptes publics de l’époque, Gérald Darmanin, avait offert un verre à tout le monde à la buvette de l’Assemblée nationale. Je me souviens être rentrée chez moi en me disant ‘quelle expérience incroyable mais tout de même quelle drôle de vie'", sourit Julia Clavel.

 

La crise sanitaire change tout

 

Elle rejoindra l’entreprise Saint-Gobain en décembre 2018. "Après deux ans et demi de mandat, les députés connaissaient désormais parfaitement le mécanisme parlementaire. De plus, j’avais toujours eu envie d’avoir aussi une expérience en entreprise. De fait, après avoir travaillé sur des textes économiques, j’étais un peu frustrée de n’avoir qu’une vision théorique du secteur privé ", explique-t-elle.

Chez Saint-Gobain, elle sera recrutée comme adjointe à la directrice de la stratégie, par une ancienne aussi du cabinet Macron à Bercy. Elle aura un an plus tard la charge de toute la région EMEA. "Finalement, la crise sanitaire est apparue et ma feuille de route a en conséquence rapidement évolué. Il m’a été confié de gérer la crise en interne. Ainsi, durant les cinq premiers mois de Covid, j’ai commandé des masques pour l’ensemble des usines qui ne pouvaient pas cesser leurs activités, suivi l’évolution de l’épidémie pour la France, mis en place des protocoles pour que le travail puisse être maintenu. Je reportais également au comité de direction tout ce qu’il se passait dans les usines", détaille Julia Clavel.

 

Un cerveau pour deux maisons voire… trois

 

Les sirènes de la politique seront toutefois plus fortes. En 2020, il lui est proposé le poste de conseillère PME, consommation concurrence, tourisme, économie responsable et régulation du numérique à Matignon… et à l’Elysée. "Je savais qu’une telle opportunité ne se présenterait qu’une fois dans une vie. Il s’agissait de plus d’un poste au format un peu particulier, en conseillant à la fois le Premier ministre et le Président de la République. L’exercice ne fut pas toujours évident mais cette fonction me permettait d’être en même temps là où se décident les grandes orientations économiques à la Présidence de la République, et de pouvoir ensuite les mettre en œuvre depuis Matignon. Cela oblige à penser le sujet dans son intégralité et créé une certaine fluidité ", constate celle qui aura passé aussi beaucoup de temps sur le terrain grâce à Jean Castex, qui avait fait des déplacements dans les différents départements de France sa marque de fabrique. "Nous faisions trois déplacements en sous-préfecture par semaine, ce fut passionnant même si cela demandait énormément de préparation", se remémore-t-elle.

Un emploi du temps très chargé qui ne l’empêchera pas cependant de dispenser, en parallèle, des cours à Sciences Po, et ce chaque semaine pendant deux heures. "J’ai arrêté cette année mais cette expérience fut très intéressante car elle m’a permis de rester attentive à la théorie économique tout en gardant le lien avec la nouvelle génération et d’être mieux sensibilisée à ses attentes", poursuit Julia Clavel.

Pour l’heure, la question de la députation ne se pose pas (encore). "J’ai eu l’occasion d’y réfléchir à deux reprises mais il s’agit d’un positionnement très différent de celui de conseiller ministériel. Je crois aussi que les choses doivent se faire à point nommé dans la vie", nous confie cette jeune mariée. D’autant que si elle évolue désormais loin des ors de la République son engagement en faveur de l’intérêt général est resté intact. Elle se bat aujourd’hui pour l’égalité professionnelle et a rejoint le board de l’association "Actives " qui a pour vocation de faire émerger les futures dirigeantes du CAC 40.

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