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Nouveau Front Populaire : quels effets d’une forte hausse du Smic ? / L’OFCE évoque plusieurs dizaines de milliers de destructions nettes d’emplois en un an
C’est l’une des mesures phares du programme du Nouveau Front Populaire (NFP). Si elle arrive au pouvoir à l’issue des législatives dont le premier tour se tiendra ce dimanche, la coalition de gauche va faire en sorte d’augmenter le salaire minimum (Smic) de 14,4 %. Cela porterait le Smic à 1 600 euros net par mois pour un temps complet. Un choix qui aura "des effets positifs pour toute l’économie et va remplir les carnets de commandes des TPE et PME du pays", lit-on dans le programme du NFP.
Dans une note, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) est revenu sur cette mesure par le biais de son directeur "Analyse et prévision", Eric Heyer. "Le Smic, à l’instar des autres salaires, a un statut ambivalent : il peut être considéré comme une variable de demande si l’on se place du côté des salariés mais constitue une variable d’offre pour l’entrepreneur. Par conséquent, une hausse du SMIC correspond à un choc de demande favorable pour les salariés et à un choc d’offre défavorable pour les chefs d’entreprise hors effet des exonérations de cotisations", résume l’économiste.
Dans le détail, "l’aspect ‘soutien de la demande’ se limite aux seuls salariés proches du SMIC. Ceux-ci ont certes une forte propension marginale à consommer – le taux d’épargne n’augmente pas avec cette mesure – mais le nombre restreint de bénéficiaires limite les effets sur la consommation des ménages au niveau macroéconomique", analyse Eric Heyer. Ce choc de demande permettrait la création de 142 000 emplois. En face, la hausse du coût du travail serait génératrice d’une perte de 322 000 emplois. "L’élasticité de l’emploi au coût du travail étant décroissante avec le salaire, la faible diffusion du SMIC sur les autres salaires augmentera peu le coût du travail au niveau macroéconomique mais, étant concentrée sur les bas salaires, l’élasticité moyenne sera forte", justifie la note.
"Au total, selon notre simulation, une hausse de 12,4 % du SMIC [il y aura une revalorisation automatique de 2 % en août du fait de l’inflation, ndlr], hors effet lié aux baisses de cotisations, entraînerait une destruction de 180 000 emplois au cours de la première année, sans tenir compte des exonérations de cotisations supplémentaires liées à la hausse du SMIC et à sa diffusion sur les autres salaires", indique Eric Heyer.
Il y a un troisième effet à prendre en compte à l’occasion d’une hausse du Smic : l’augmentation de la part des salaires exonérés de cotisations sociales ce qui contribue à réduire le coût du travail (entre 1 et 3,5 Smic s’il y a des exonérations). "Selon notre estimation, une hausse de 1 % du SMIC entraînerait une hausse moyenne des salaires de l’ensemble du secteur marchand de seulement 0,1 %. Or, à législation inchangée, les exonérations de cotisations liées à la hausse du SMIC sont d’autant plus fortes que la diffusion est faible", souligne Eric Heyer, qui rappelle que "plus la baisse du salaire relatif (en % du SMIC) est importante, plus le taux moyen d’exonération de cotisations augmente en raison du profil dégressif des exonérations de cotisations sociales patronales". Cet effet, "baisse du coût du travail" lié au supplément d’exonération de cotisations permettrait la création de 151 000 emplois.
Au total donc, la France enregistrerait 29 000 destructions nettes d’emplois au bout d’un an, selon l’OFCE.
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