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La santé financière des start-ups françaises tient le coup / Les moyennes cachent néanmoins toujours des disparités
L’année 2023 aura marqué une "rupture" pour les start-ups françaises, pointe la Banque de France dans son étude annuelle sur leur santé financière. De fait, après une décennie de croissance ininterrompue de l’accès aux financements externes, ces derniers ont sérieusement marqué le pas l’an passé. Et plus précisément à hauteur de 38 % s’agissant de la valeur des fonds levés par les jeunes pousses tricolores, selon le baromètre annuel d’EY sur le capital-risque.
Afin de prendre la température de l’écosystème, la Banque de France s’est donc attachée à éplucher près de 2 300 bilans d’entreprises françaises possédant au moins trois caractéristiques. Soit celles de présenter un fort potentiel de croissance, d’utiliser une technologie nouvelle et de faire preuve d’un besoin de financement généralement assuré par les levées de fonds. À noter que les sociétés analysées sont les plus matures des start-ups, avec une ancienneté moyenne de 11 années.
De la résistance
Dans ce contexte de financements raréfiés, il semblerait que les start-ups aient tenu le coup et adapté leur mode de gestion en 2023. "Nous relevons que les capitaux propres (bien que contenus à 40 % du total du bilan), tout comme la trésorerie, ont résisté", observe Maurice Oms, correspondant national start-ups à la Direction des entreprises de la Banque de France. À noter, néanmoins, que si les résultats d’exploitation des start-ups françaises restent négatifs à hauteur de 5 milliards d’euros, les pertes ne se sont pas creusées. Elles sont même restées stables au titre de l’exercice 2023. Et "contrairement à une idée reçue, 36 % des start-ups ont atteint un point d’équilibre financier", observe Maurice Oms, tandis que les pertes ne représentent plus que 16,3 % du chiffre d’affaires, contre 21,3 % en 2022. La stabilisation de leurs pertes reste toutefois une moyenne, puisqu’au rythme de la consommation de trésorerie observé en 2023, certaines d’entre elles risquent d’avoir plus de difficultés. Les start-ups en perte auraient moins d’un an de réserve devant elles si elles ne levaient pas de fonds.
Pour aller chercher des moyens additionnels de financement, les start-ups sont aussi allées toquer à la porte des banques. Leur dette s’est ainsi appréciée de 5 %, à 5,4 milliards d’euros. "Les banques maintiennent des encours et continuent de les développer auprès des start-ups", remarque Maurice Oms. "83 % des start-ups utilisent cette source de financement additionnelle qui représente 32 % des fonds propres", ajoute l’étude de la Banque de France. La mise en place de ponts de financements, qui permettent à des start-ups de renflouer leur trésorerie en attendant une prochaine levée de fonds, s’affichent quant à eux en forte hausse : + 37 % sur un an. Certes, le poids de ces emprunts obligataires en montant reste limité, en ne pesant qu’à peine 1,3 milliard d’euros, tout comme en nombre de start-ups concernées (10 %). Mais "cela reflète bien que l’année 2023 aura été difficile, les financements ont pris plus de temps. Donc les start-ups ont cherché des solutions", pointe Maurice Oms.
Les greentech sur leur lancée
Toutes les start-ups n’ont néanmoins pas été logées à la même enseigne. La dynamique avait déjà été relevée au niveau de la répartition des fonds levés en 2023 : les greentech ont mené la danse, en s’attirant les faveurs des investisseurs et bénéficiant de supports financiers dans le cadre de plans publics. Par exemple, au niveau de la performance commerciale, les start-ups qui opèrent dans le secteur des énergies et de l’environnement, ont vu leur activité s’apprécier de 27 % en 2023, à plus de 4 milliards d’euros. De même, celles qui œuvrent dans la mobilité décarbonée ont fait grimper leur chiffre d’affaires de 39 % (à un peu moins d’1,5 milliard d’euros). À l’inverse, par exemple, si le e-commerce et les marketplace restent bien orientés avec 3,5 milliards d’euros de revenus enregistrés, la progression retombe à 13 %.
En tout et pour tout, le chiffre d’affaires des start-ups françaises a progressé de 18,6 % l’année passée, pour atteindre 24,6 milliards d’euros. Une croissance notable, plus de trois fois supérieure à celle de l’activité des TPE et PME. Mais qui s’affiche en retrait par rapport aux deux années précédentes. Certaines raisons l’expliquent, souligne Maurice Oms : d’une part, en 2022, un effet de rattrapage post-Covid était à observer dans l’ensemble de l’économie. D’autre part, un environnement inflationniste particulièrement rude avait aussi produit un effet de prix.
Alors, qu’attendre pour l’année à venir ? Au-delà des évolutions sectorielles à l’œuvre dans la French Tech, qui se reflètent toujours dans la dynamique des levées de fonds depuis le début de l’année, l’étude de la Banque de France pointe que "ces transformations soulignent une mutation profonde des solutions proposées par la Tech, et pourraient positionner la France comme un acteur clé de ces domaines émergents". D’autant que les programmes de soutien à leur égard devraient encore venir leur apporter de l’élan. Parmi ceux-ci, l’on pensera notamment à l’initiative Tibi 2, au plan France 2030, à la réforme du statut des Jeunes Entreprises entrée en vigueur en janvier 2024 ou encore les propositions de la Commission de l’intelligence artificielle, qui contiennent notamment la création d’un fonds d’investissement "France & IA" de 10 milliards d’euros pour soutenir l’écosystème français, rappelle la Banque de France.
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