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Banques / PGE / Crise sanitaire
Les PGE auraient finalement été bien ficelés pour les banques / Une prise de risque bien limitée par l’Etat
Si aujourd’hui le sujet de la capacité des entreprises à honorer le remboursement de leurs prêts garantis par l’Etat (PGE) octroyés par Bercy pendant la crise sanitaire ne semble pas être un problème de masse - en janvier dernier, seuls 4 % d’entre elles rencontraient officiellement des difficultés -, le risque que ces emprunts représentaient pour les banques en 2020 semblait immense. Il faut dire que la garantie accordée pouvait aller jusqu’à 90 % de l’encours prêté, selon la taille de l’entreprise bénéficiaire. Un mécanisme qui aurait pu considérablement modifier la perception du risque, et notamment pour les banques qui avaient déjà, avant la crise de la Covid-19, un portefeuille de crédit plus risqué et qui n’avaient pas forcément suffisamment de capital pour absorber les pertes potentielles résultant d’une faillite.
Il n’en fut finalement rien. "Contrairement aux craintes qui ont émergé lors de leur lancement, les PGE n’ont pas incité les banques à accroître leur prise de risque", constatent, dans une étude, Théo Nicolas, Stefano Ungaro et Eric Vansteenberghe, économistes à la Banque de France. Les résultats de leur analyse montrent en effet que la garantie partielle de l’Etat a, au contraire incité les banques à prêter en fonction de leurs critères habituels de risque tout en maintenant leur sélectivité du crédit, de sorte que les entreprises les plus liquides, les plus solvables et les plus rentables ont obtenu des montants plus élevés de PGE. "En d’autres termes, les PGE n’ont pas modifié la structure des encours de crédit accordés par les banques françaises en termes de profil de risques", expliquent-ils.
Et même constat chez les banques les plus contraintes en capital avant la pandémie (c’est-à-dire celles qui étaient les plus susceptibles de se montrer frileuses à accorder des crédits pendant la crise) : de fait, "pour deux PGE octroyés à deux entreprises ayant le même profil de risque, les banques ayant un ratio de capitaux propres d’un point de pourcentage inférieur à la moyenne ont prêté des montants de PGE 8 % plus élevés", illustrent les auteurs, précisant que "compte tenu du montant moyen d’un PGE qui est de 442 000 euros, les banques moins capitalisées ont ainsi accordé en moyenne 40 000 euros de plus aux entreprises".
Pourquoi ? Parce qu’elles ont pu bénéficier, dans le même temps, d’une réduction de leurs exigences réglementaires en fonds propres du fait de la pondération réduite des risques de leurs actifs liée à la garantie de l’Etat. "Cet effet a été bénéfique pour l’économie car la contrainte réglementaire sur la part des prêts garantis par l’Etat a été allégée, ce qui a permis de soutenir la distribution du crédit dans la phase de redressement et éviter ainsi le resserrement du crédit sans augmenter le risque pour le secteur bancaire", soulignent les économistes de la Banque de France.
Un comportement qui n’a toutefois valu que pour les entreprises saines, ces mêmes établissements financiers ayant accordé des montants plus faibles de PGE aux sociétés déjà en difficulté avant la crise sanitaire.
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