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Entreprises / Actions / Rexecode / Désindustrialisation / réindustrialisation / décarbonation / climat / Raphaël Trotignon

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Rexecode / Désindustrialisation / réindustrialisation / décarbonation / climat / Raphaël Trotignon

La désindustrialisation française est loin d’avoir été motrice de la baisse des émissions / Des arguments climatiques plaident en faveur du renouveau industriel du pays

La croissance économique et les émissions territoriales de gaz à effet de serre françaises ont pris des chemins inverses depuis plusieurs décennies. Et l’industrie a très largement contribué à ces baisses, explique une note de Rexecode parue ce mardi. Cette évolution vertueuse ne tient d'ailleurs, en réalité, pas à la désindustrialisation du pays. Mais plutôt aux gains d’efficacité énergétiques et de décarbonation de l’énergie entrepris. Des arguments penchant en faveur d’une réindustrialisation du territoire français, qui pourrait finalement bénéficier au climat à plus grande échelle.
 (Photo by Matthieu Delaty / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Matthieu Delaty / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Il n’y a pas que le diable qui se cache dans les détails. Certaines nouvelles encourageantes pour la réindustrialisation de la France peuvent aussi s’y trouver, démontre une note de Rexecode parue ce mardi. Il est vrai que si depuis le début des années 1990, la population française s’est accrue de 17 %, tandis que le volume du Produit intérieur brut (PIB) progressait de 64 %, les émissions territoriales de gaz à effet de serre ont quant à elles reculé de 31 % sur la même période. Un détachement grandissant entre la croissance économique et celle des émissions, s’expliquant par la décarbonation du mix électrique national, mais aussi par d’importants gains d’efficacité énergétique (soit l’énergie nécessaire à la production d’une même unité de valeur).

Ils sont tout particulièrement vérifiés dans l’industrie : elle explique, à elle seule, 71 % de la baisse totale des émissions depuis plus de trente ans. À l’inverse, le secteur des transports, le premier des émetteurs en France représentant 34 % des émissions, n’a pas vu les siennes reculer. Du côté des secteurs résidentiel, tertiaire ou agricole, la baisse a aussi été enclenchée depuis 2010 après quelques années de stagnation.

Mais le recul des émissions y est beaucoup moins marqué que dans l’industrie, indique l’institut d’études économiques. "Plusieurs raisons pourraient se trouver à l’origine du phénomène. Il y a tout d’abord un nombre assez limité d’entreprises ou d’usines, il est plus facile d’agir localement sur des unités concentrées plutôt que de le faire sur des entités dispersées, comme des logements ou des véhicules. Les entreprises industrielles sont aussi particulièrement exposées à un raisonnement économique de rentabilité, de concurrence et de compétitivité. Tous les leviers qui permettent de maîtriser les coûts, comme celui de l’efficacité énergétique, nécessitent d’être activés", explique à WanSquare Raphaël Trotignon, directeur du pôle Énergie et Climat de Rexecode.

 

La question qui reste

 

Ce levier peut être couplé à un autre : l’intensité carbone de l’énergie consommée, soit le rapport entre les émissions de gaz à effet de serre et l’énergie consommée. La différence est moins saillante sur ce terrain, entre l’industrie et le reste de l’économie. Reste que le secteur semble aussi s’en être mieux emparé qu’à l’échelle nationale. Le recul pour cet indicateur s’affiche à hauteur de 33 % entre 1990 et 2023 pour la première et de  24 % pour l’ensemble du pays.

Une question peut néanmoins se poser. Cette forte contribution de l’industrie à la baisse des émissions pourrait-elle aussi trouver racine dans la désindustrialisation du pays ? Il faut dire que les chiffres sont clairs. L’analyse de l’évolution de la part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière, dans le PIB français, fait ressortir une baisse continue. Alors qu’elle dépassait les 20 % dans les années 1960, elle est retombée à moins de 10 % ces dernières années. À titre d’exemple, cette part s’est par exemple maintenue dans le PIB allemand. D’autant que la désindustrialisation se lit aussi dans d’autres indicateurs, comme l’emploi, les parts de marché à l’exportation ou bien encore dans le solde commercial.

Sauf qu’à l’aide d’un scénario, ayant permis de retrouver la part de la valeur ajoutée industrielle nécessaire à l’équilibre de la balance commerciale correspondante, sous l’hypothèse d’une évolution de l’intensité carbone identique à celle ayant été observée, Rexecode tombe sur un constat, là aussi, clair. La baisse des émissions industrielles découlant de la désindustrialisation représente en réalité 18 % du recul observé. Et ce résultat une fois rapporté aux émissions du territoire français dans son ensemble, il se trouve que seulement 9 % du recul des émissions de gaz à effet de serre annuelles, depuis 1973, serait imputable à la désindustrialisation française. Autrement dit, 91 % des baisses d’émissions sur le territoire sont à mettre en lien avec des évolutions vertueuses d’efficacité énergétique et de décarbonation de l’énergie.

 

Le revers de la médaille

 

Ce qui ne règle néanmoins pas le problème climatique. De fait, si la désindustrialisation de la France ne se trouve donc pas à l'origine du recul des émissions, la mécanique s’est accompagnée d’une accélération des émissions associées à la consommation nationale (soit celles qui sont incluses dans des produits consommés dans le pays mais ayant été produits en dehors des frontières, retranchées des produits fabriqués sur le territoire mais exportés et consommés au-delà). Ces émissions, bien que diminuant tendanciellement depuis 2005, surplombent de 35 % les émissions territoriales. Et sont par ailleurs supérieures aux émissions de produits exportés. D’autant que leur poids, bien que relatif, reste significatif : il y a deux ans, 35 % de l’empreinte carbone française était composée d’émissions importées. "Notre mix énergétique électrique est déjà très décarboné. Ceci, associé à un potentiel de développement des énergies décarbonées, comme la biomasse, les bioénergies, ou de l’hydrogène décarboné, entraînerait une industrie française alignée sur ce même modèle. Produire sur notre territoire nous permettrait déjà de tirer les bénéfices, en termes d’emplois et de création de valeur, de cette production. Mais en termes d’émissions, cela serait aussi bénéfique si l’on considère que le climat est un bien mondial", relève Raphaël Trotignon.

Pour illustrer cette idée, Rexecode prend l’exemple des véhicules électriques. "Les véhicules produits en France sont moins émetteurs, de la production jusqu’à l’usage. Leur empreinte carbone sur l’ensemble de son cycle de vie, est de six tonnes. Elle s’élève à environ 23 tonnes en Chine", observe Raphaël Trotignon. Un raisonnement pouvant être décliné dans la plupart des secteurs industriels pour lesquels une offre d’industrie française existe, ou pourrait être développée. Le constat ouvre aussi la voie à des politiques climatiques complémentaires, qui s’éloigneraient du seul point de vue territorial pour penser à une échelle plus globale. "Jusqu’à l’année dernière, le bonus-malus automobile ne tenait pas compte du bilan carbone de production d’un véhicule et ne favorisait donc pas les véhicules électriques construits de manière décarbonée. Un certain nombre de politiques climatiques sont basées sur cette vision territoriale, comme la rénovation thermique des bâtiments. On peut se demander s’il ne vaudrait pas mieux développer des technologies qui répondent au besoin de décarbonation mondiale comme une fin en soi, puisque le problème climatique est justement mondial", soulève l'économiste.

Des développements industriels qui pourraient donc trouver en la France une terre d’accueil toute choisie. Mais si la réindustrialisation française et la décarbonation du secteur semblent donc bien pouvoir se conjuguer aisément, l’argument climatique ne devrait pas suffire, à lui seul, à soutenir le projet. Foncier, stabilité réglementaire, ressources humaines, fiscalité… les obstacles restent nombreux : "La réindustrialisation doit être cultivée pour pousser plus naturellement. Toutes les bonnes conditions de croissance doivent être réunies, injecter des fonds pour compenser certains déficits de rentabilité ne suffira pas à soutenir un processus durable. Il faut penser à créer les conditions économiques globales pour que l’industrie puisse spontanément émerger, se développer et s’installer dans la durée", pointe Raphaël Trotignon.

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