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Vallourec / Philippe Guillemot

exclusif Le nouveau Vallourec poursuit sereinement son chemin / Comment Philippe Guillemot compte préparer la suite

EXCLUSIF. Le spécialiste des tubes sans soudure annoncera dès sa prochaine publication une proposition de dividendes pour ses actionnaires : les premiers depuis dix ans. L’objectif de dette nulle à l’horizon 2025 est quant à lui plus que jamais proche. Et malgré un environnement de marché défavorable dans certaines régions au troisième trimestre, la rentabilité du groupe répond à l’appel. Autant de résultats découlant du plan de transformation du groupe, qui se projette désormais bien dans le futur, détaille son président-directeur général, Philippe Guillemot, à WanSquare.
Philippe Guillemot (DR)
Philippe Guillemot (DR)

Après la mise en œuvre des mesures, vient le temps d’en récolter les fruits. Il y a environ une semaine, Vallourec annonçait la sortie de son plan de sauvegarde, plus de trois ans après son début. "Cela a été permis par nos résultats et par le refinancement de notre bilan réalisé dans de bonnes conditions au printemps. L’annonce a été importante en interne, cela prouve que les pages des années noires sont définitivement tournées. Les résultats que nous délivrons depuis plusieurs trimestres le démontrent", explique le président-directeur général du groupe, Philippe Guillemot, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

Et de fait, à la suite du lancement du plan stratégique de transformation "New Vallourec" par son patron lors de son arrivée à la tête du groupe en 2022, le spécialiste des tubes sans soudure l’a de nouveau prouvé vendredi, en dévoilant ses résultats du troisième trimestre. Malgré un environnement de marché encore défavorable aux États-Unis (le groupe a enregistré 1,16 milliard d’euros de chiffre d’affaires en Amérique du Nord depuis janvier sur son segment de tubes, sur les 2,8 milliards d’euros de revenus générés au cours de la période au travers de cette activité), la rentabilité du groupe est toujours au rendez-vous. Vallourec est parvenu à faire ressortir une marge de résultat brut d’exploitation de près de 19 % - contre 19,5 % un an auparavant -, en dépit de la baisse des prix de vente moyens des tubes en Amérique du Nord, des prix de minerai de fer moins favorables et d’une production vendue moins élevée.

Le résultat d’une réforme en profondeur, permettant au groupe d’être confiant et de confirmer ses perspectives annuelles : "Nous avons mis en place une stratégie centrée sur la valeur, en sortant par exemple du segment des produits de commodité, dont le seul critère de choix pour les clients était celui des prix. Nous avons aussi augmenté nos budgets de recherche et développement afin de confirmer notre leadership technologique. Nous en récoltons désormais les bénéfices : même si le marché américain est bien moins porteur, nous sommes encore capables d’afficher une profitabilité à son pic par rapport à l’historique du groupe ", explique le dirigeant. Surtout, le groupe se place en avance sur son objectif de dette nette nulle à la fin de l’année 2025, en ayant réduit cette dernière à 240 millions d’euros à fin septembre, soit le huitième trimestre consécutif de désendettement. Sur un an, la baisse de la dette nette s’établit à 501 millions d’euros. La génération de trésorerie globale s’est quant à elle élevée à 130 millions d’euros au cours du trimestre.

 

Une fondation double

 

Une bonne nouvelle pour les actionnaires de l’entreprise, qui n’ont pas touché de rémunération depuis dix ans. Vallourec l’a expliqué à l’occasion de cette publication : 80 % à 100 % de la génération de trésorerie globale du troisième trimestre et de ceux qui suivront leur seront redistribués. Cela permettra au groupe, lors de ses résultats annuels, d’annoncer une proposition de dividendes à soumettre au vote de l’assemblée générale de 2025. Alors, pari réussi ? "La logique du plan "New Vallourec" repose sur deux objectifs fondateurs. Le premier est de réduire l’écart de performance avec la concurrence. Le deuxième est de positionner l’entreprise de sorte à ce qu’elle puisse s’adapter à une chute des volumes, comme lors de la crise sanitaire. Désormais, notre bilan est refinancé, nous sommes en avance sur notre objectif de réduction de notre dette nette et notre empreinte industrielle est réorganisée pour être au plus près de nos marchés", remarque le PDG.

Une quête de performance qui s’est traduite par certaines prises de décision, comme celle de fermer les sites allemands en perte, tout en transférant un tiers de ces volumes produits au Brésil, dont les sites ont été soutenus par un plan d’investissement de 110 millions d’euros désormais entièrement déployé. Un pays d’importance pour l’entreprise, qui y remporte des contrats et où il a d’ailleurs signé, au mois de septembre, une nouvelle acquisition, celle de Thermotite do Brasil. La première depuis 2016, preuve de la capacité de Vallourec à renouer à ce type de mouvements stratégiques, souligne Philippe Guillemot : "Cette acquisition vient renforcer la stratégie de montée en gamme de Vallourec et nous permet de fournir des solutions d’isolation thermique de pointes pour les projets offshores en eau profonde parmi les plus exigeants. Notre offre est totalement intégrée, ce qui a évidemment plus de valeur. C’est ce que nous cherchons à vendre", ajoute le patron du groupe. Sans prédire de futures opérations, il l’assure en tout cas. Les manœuvres permettant au groupe d’accroître la pertinence de son offre seront étudiées.

Une stratégie de premiumisation forcément dupliquée à l’ensemble des régions d’activité, où l’entreprise s’attache désormais à produire là où elle vend. Ce qui la rend aussi moins perméable aux aléas extérieurs. C’est notamment le cas aux États-Unis. Le dirigeant observe bien qu’un scénario plus favorable s’y dessine alors que les volumes se reprennent et que les prix se stabilisent. L’élection de Donald Trump et d’éventuelles nouvelles barrières douanières à venir ne devraient ainsi pas perturber le groupe : "Nous produisons ce que nous y vendons, nous sommes Américains en Amérique. Cela nous positionne idéalement sur le marché. Et plus nos clients produisent, plus nous aurons des tubes à fournir", souligne Philippe Guillemot. D’où l’intérêt de se déployer plus encore dans les régions où la production est effectivement au programme.

 

Voir plus loin

 

Par exemple, en Arabie saoudite, les capacités du site de production locale ont été significativement augmentées. Alors que Vallourec y entretient des relations étroites avec la compagnie pétrolière nationale Aramco, qui a fait de l’entreprise française la première à être intégrée à son nouveau pôle d’approvisionnement et de logistique, ou encore avec le ministère des Investissements du royaume, Vallourec vise aussi à se positionner sur les secteurs porteurs, notamment sur le stockage de l’hydrogène ou le captage de CO2.

"Le monde aura encore besoin d’énergies fossiles sur les vingt prochaines années. La part du gaz dans le total, par rapport au pétrole, devrait sans doute augmenter. Cela tombe bien, puisque c’est justement sur le gaz que nous vendons nos produits de plus haute technologie. Ceci n’occulte pas le fait que la baisse de la consommation adviendra. Les cash-flow que nous tirons dans nos activités de pétrole et gaz doivent permettre de préparer le groupe au futur ", relève Philippe Guillemot.

Dans le détail, la stratégie de développement des nouvelles énergies se décompose en deux volets. Il y a d’un côté les tubes prévus pour la séquestration du carbone et la géothermie, et de l’autre le stockage à hydrogène. "Sur le plan des tubes, il n’y a pas d’arbitrage à faire en matière d’investissements industriels. Ce sont les mêmes technologies et les mêmes capacités, mais la part du budget de recherche et développement doit être augmentée pour développer les produits nécessaires. Un tube dédié à la géothermie avancée pourrait devoir par exemple résister à des températures de 450 degrés", détaille le dirigeant.

 

D’autres leviers

 

"Mais nous constatons toutefois qu’une stratégie à plus forte valeur ajoutée, dans sa globalité, demande d’adapter les outils de production. Ce qui signifie qu’il faut investir sur nous-mêmes pour les moderniser", pointe Philippe Guillemot, voyant aussi des cas d’application possibles en matière d’intelligence artificielle, dans la mesure où plus de 1 000 données sont collectées pour chaque tube produit. Soit le nerf de la guerre en la matière.

Désormais bien en place, le nouveau Vallourec regarde donc droit devant. Le tout, avec un nouvel actionnaire de référence à la clé, le géant de l’acier ArcelorMittal détenant officiellement depuis le mois d’août 27,5 % du capital et 28,4 % des droits de vote de la société. "La sortie d’Apollo était depuis le début un objectif et l’arrivée d’ArcelorMittal à notre capital prouve bien que le Vallourec d’aujourd’hui est complètement différent. C’est un satisfecit. C’est un actionnaire minoritaire, aux droits correspondants, mais qui est surtout un industriel avec une vision stratégique et de long terme. Par exemple, notre développement dans le domaine du stockage d’hydrogène participe à une filière qui en est à son tout début", estime Philippe Guillemot.

Si le décollage de la filière hydrogène avance quelque peu plus lentement que prévu, le plan de développement de Vallourec en la matière se poursuit sans accroc. Après avoir inauguré sa solution de stockage Delphy en fin d’année 2023 - les nouvelles énergies sont aussi installées au comité exécutif -, le groupe compte être qualifié par un organisme de certification l’année prochaine et attend également la première commande. Des discussions à ce propos sont en tout cas en cours. De quoi créer de nouveaux relais de croissance.

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