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La Place se mobilise contre les excès de l’activisme

Sur les marchés / Eric Woerth / AMF / activisme / Vallourec

Sur les marchés
Eric Woerth / AMF / activisme / Vallourec

La Place se mobilise contre les excès de l’activisme

Le rapport parlementaire de la commission des Finances, présidée par Éric Woerth, sur l’activisme actionnarial, préconise de renforcer la transparence du marché, de réduire l’asymétrie entre fonds activistes et sociétés cotées, d’encadrer plus étroitement la vente à découvert et de rapprocher le temps de la régulation du temps du marché.
Eric Woerth
Eric Woerth

Plusieurs initiatives ont été lancées depuis un an afin de limiter les dégâts qu’une certaine forme d’activisme actionnarial pouvait engendrer sur quelques-unes des plus belles sociétés cotées. Le premier à monter au créneau est un politique, Éric Woerth, ès qualités de Président de la Commission des Finances, qui a mené depuis le printemps dernier une mission parlementaire "flash" dont il vient de livrer les préconisations.

Le député de l’Oise rappelle en préambule que l’activisme est un phénomène mondial, et qu’il ne saurait être question der l’interdire, mais d’en limiter les excès négatifs. Il y a quelques années, à l’occasion de la multiplication des produits dérivés, les Français ont découvert la spéculation. Celle-ci a été immédiatement connotée de manière négative, alors que la plupart des outils spéculatifs sont des procédés permettant à un gestionnaire d’actifs de se protéger, et de protéger des petits épargnants contre les secousses du marché. L’activisme peut avoir aussi des effets bénéfiques en obligeant les entreprises à être performantes, transparentes et créatrices de valeur sous peine de devenir des cibles d’autant plus faciles que leur cours de Bourse est décoté.

Il reste que, tous les coups ne sont pas permis en bourse, même quand il s’agit de réveiller le management d’une société endormie. La multiplication des ventes à découvert destinées à détruire la valeur boursière d’une société de manière artificielle est l’exemple même de ce qui va à l’encontre de la sacro-sainte efficience du marché. La manière dont des fonds obscurs ont failli mettre Vallourec au tapis afin de forcer le groupe à pratiquer une augmentation de capital à prix bradé a été scandaleuse. D’autant plus scandaleuse que les autorités boursières n’ont pas bougé le petit doigt. Et lorsque ces ventes à découvert s’accompagnent de la diffusion de fausses nouvelles ou d’informations alarmistes contre lesquelles une société ne peut pas se défendre car elle est condamnée au silence, cela crée des situations sinon punissables du moins asymétriques.

Voilà pourquoi les principales recommandations du rapport Woerth visent à renforcer les pouvoirs du gendarme de la Bourse, c’est-à-dire l’autorité du marché. Par exemple en faisant en sorte que les publications de franchissements de seuils soient abaissées de 5 à 3 %. En permettant aux sociétés de répondre à des informations fausses ou biaisées destinées à les déstabiliser. En créant un mécanisme de référé afin de permettre à l’AMF d’intervenir plus rapidement. Et donc en dotant l’Autorité des Marchés Financiers de moyens supplémentaires afin de s’adapter à ce nouveau défi.

Par ailleurs le rapport Woerth préconise la séparation du droit de vote et du droit pécuniaire dans le cadre des prêts-emprunts de titres, technique largement utilisée par les fonds activistes afin de se procurer des titres facilement, ou bien des mesures techniques destinées à ce que l’on connaisse mieux les positions vendeuses ou acheteuses de ces fonds. Mais là encore, tout passe par l’AMF. Et c’est une bonne chose que le législateur veuille ainsi renforcer à la fois les prérogatives et les moyens d’un gendarme du marché, qui est apparu, bien souvent, sur ce sujet, en retard d’une guerre.

Ce que ce rapport occulte, c’est le climat que la montée des activistes entraîne partout dans le monde. De plus en plus de sociétés cotées cherchent désormais tout simplement à quitter la bourse, en profitant de "la poudre sèche" détenue par les fonds de private equity et des taux très bas qui permettent d’indemniser les actionnaires à bon compte. Car si l’activisme actionnarial, pris sous son aspect le plus noble, est une bonne chose pour les marchés financiers, ses excès et ses dérives ont créé, depuis deux ans un climat de défiance et de terreur chez nombre de dirigeants. Climat, qui fait la fortune des banques d’affaires, qui ont toutes créé des départements destinés à accompagner les entreprises dans leur défense. Il serait triste, que sous prétexte de ne pas brider les comportements outranciers et les dérives malsaines d’acteurs – pratiquement tous étrangers – on laisse les fleurons cotés en Bourse, chercher dans des opérations de "delisting" la seule issue à la recherche de la sérénité.

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