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Surépargne / France / revenus
Une sur-épargne hexagonale qui pourrait bien devenir pérenne / De quoi ouvrir des opportunités de politique économique
" L’argent des Européens dort au lieu de travailler". Cette inquiétude du ministre de l’Economie d’alors, Bruno Le Maire, reste intacte aujourd’hui malgré les remaniements ministériels. Pour autant elle n’est pas vue négativement chez tous au vu des opportunités qu’elle pourrait présenter, une "occasion de financer des investissements d’avenir propices à une croissance durable, inclusive et résiliente" affirme Yann Tampéreau, chef économiste du groupe Caisse des Dépôts, ainsi que sa collègue Flore Deschard. D’autant plus qu’ils tablent sur le fait qu’il ne faille pas s’attendre à une massive désépargne, qui aurait pu se porter au soutien de la consommation et de la croissance du PIB.
Ce sont à leurs yeux un ensemble de secteur allant de l’énergie à l’immobilier en passant par la Santé qui pourrait bénéficier de l’épargne tricolore. Néanmoins il faudrait une inflexion dans les habitudes des ménages hexagonaux puisque de nombreux acteurs s’inquiètent de les voir, à l’instar de leurs voisins européens, massivement investir Outre-Atlantique.
Pas de retournement
Parvenir à mieux diriger ces flux d’épargne apparaît d’autant plus crucial que le chef économiste du groupe Caisse des Dépôts argue que ce "comportement de sur-épargne’ s’est encore accentué récemment : au 2e trimestre 2024, le pouvoir d’achat des ménages a augmenté de 1,9 % sur un an, alors que la consommation des ménages en volume n’a progressé que de 0,7 %". Dans le même temps le taux d’épargne a quant à lui augmenter, passant ainsi entre le 2e trimestre 2023 et celui 2024 de 16,9 % à 18,0 %.
C’est un ensemble de pistes qui sont avancées pour expliquer ce changement de comportement, avec en premier lieu un manque de confiance de l’avenir. Ce dernier étant caractérisé par "un contexte de décrochage structurel observé" du Vieux Continent, que Yann Tampéreau illustre "par la rupture de croissance tendancielle du PIB par tête par rapport aux États-Unis ". Une dynamique à laquelle s’ajouterait la peur d’une diminution de son niveau de vie à la retraite.
Inflation
L’analyse de l’encours des actifs financiers révèle également que certes "l’encours des actifs financiers des ménages a augmenté de 2,2 %", sur la période allant du dernier trimestre 2021 et le deuxième trimestre 2024, néanmoins que "leur encours réel, c’est-à-dire leur pouvoir d’achat en biens et services à la consommation a reculé de 8,5 %". Chez les économistes de la Caisse des dépôts on considère que cette hausse du comportement d’épargne pourrait dès lors s’apparenter à une "reconstitution du pouvoir d’achat de leur patrimoine, amoindri par la forte inflation observée en 2022 – 2023 ".
La question de la pyramide des âges est également invoquée, puisqu’alors qu’on pourrait s’attendre à ce qu’une fois les Français soient à la retraite ils piochent dans leur épargne ce n’est pas le cas. Il est avancé que le vieillissement de la population à l’œuvre "n’entraînerait donc pas une baisse structurelle du taux d’épargne mais au contraire pourrait soutenir son maintien à un niveau plus élevé que précédemment"
Un autre phénomène est également constaté : celui d’une hausse de la part des revenus du patrimoine dans le revenu, mais qui se concentre chez des ménages ayant une propension marginale à consommer assez faible. Du fait de leurs revenus relativement élevés, ils feraient un usage des revenus du patrimoine qui serait très majoritairement à destination de l’épargne.
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