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Politique économique / classe moyenne / PIB par habitant / SMIC / revenus

Politique économique
classe moyenne / PIB par habitant / SMIC / revenus

Comment s’est opéré le déclassement des Français ?

Le mouvement des « gilets jaunes » est la face émergée d’un phénomène qui dure depuis plusieurs années et qui a abouti au déclassement de la majorité des Français. Au point que la classe moyenne qui « tenait le pays » dans ses fondations se retrouve aujourd’hui paupérisée comme jamais.
Manifestations - loi travail
Manifestations - loi travail

Lorsqu’Emmanuel Macron explique que les problèmes qu’il doit gérer trouvent leur origine dans des décisions absurdes qui ont été prises il y a trente ans ou au contraire dans des réformes qui auraient dû être menées il y a trente ans, il a raison. Bien sûr le mouvement des gilets jaunes regarde midi à sa porte. Et il n’aurait pas explosé tout d’un coup s’il n’y avait pas eu cette hausse des taxes sur les carburants, ce durcissement du contrôle technique automobile et la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les principales routes françaises.

Le principal problème de la fébrilité qui traverse aujourd’hui notre pays réside dans le déclassement de la majorité de nos concitoyens qui pensaient pouvoir vivre mieux que leurs parents et qui finissent par assister impuissants à leur paupérisation. Avec la crainte que leurs propres enfants vivent encore plus mal qu’eux. Si bien qu’aujourd’hui on ne peut plus dire qu’il existe encore une classe moyenne.

De la même manière qu’il n’existe plus cette "France profonde" qui empêchait toute révolution, car elle était la gardienne des territoires. Les sous-préfectures sont devenues des no man’s land. Des villes autrefois prospères comme Saint-Étienne, Bourges, Châtellerault, Châteauroux, Béthune voient leurs centres-villes désertés. Du coup il y a eu un terrible effet richesse à l’envers pour les classes moyennes provinciales qui détenaient de très beaux actifs immobiliers et dont la valeur a été divisée par deux en dix ans, pendant que l’immobilier parisien triplait de valeur.

Sur le plan macroéconomique il y a un indicateur qui aurait dû alerter depuis longtemps nos dirigeants. C’est que nous sommes devenus le pays d’Europe où le produit intérieur brut par habitant ne progresse plus. Certes, le PIB par habitant de la France, qui atteignait 31.800 euros en 2016, reste largement supérieur à celui de la zone euro, équivalent à 29.600 euros, mais il n'a grimpé que de 2 % entre 2012 et 2016, à la même vitesse que celui de l'Espagne. Sur la même période, celui de la zone euro a progressé de 3,9 % et celui de l'Allemagne, de 3 %. La croissance du PIB français a donc été moins forte que chez nos voisins au cours du quinquennat passé et celle de la population est restée relativement élevée. D’où le sentiment de nombreux Français d’assister comme de simples spectateurs à la croissance mondiale, voire à la croissance française, alors que jusqu’ici ils en étaient acteurs et ils en cueillaient les fruits.

Sur le plan microéconomique, il y a eu un phénomène spécifique à la France du tassement des salaires. Le salaire net médian en France publié par l’Insee s’établit à 1.797 euros. Cela signifie que 50 % des Français touchent un salaire inférieur à ce seuil. À côté de cela le SMIC va s’établir le 1er janvier prochain à 1.523 euros brut, soit un peu plus de 1.200 euros nets. Si l’on s’en tient aux salariés du secteur privé qui sont 17 millions, la moitié d’entre eux, donc 8,5 millions voient leur salaire mensuel net s’étager entre 1.200 et 1.800 euros. Nous sommes le seul pays où à force de ne pas augmenter les salaires et de laisser le SMIC grimper chaque année, plusieurs millions de Français se voient coincés dans une tenaille de plus en plus serrée. Une tenaille qui les tire vers le bas. Car il ne faut pas oublier que le SMIC net se trouve à moins de 200 euros du seuil de pauvreté. Dans ces conditions, on comprend pourquoi, selon un récent sondage, 56 % des Français (oui 56 %) estiment qu’ils peuvent se retrouver un jour sans domicile fixe.

Ces quelques éléments expliquent le déclassement de très nombreux Français. Dont sont coupables l’État qui n’a jamais eu le courage de supprimer le SMIC, créateur d’une énorme trappe à pauvreté, les entreprises qui ont profité du chômage structurel pour payer beaucoup de salariés moins que ce qu’ils méritaient, et nos experts du Plan ou de France Stratégie qui nous expliquent depuis trente ans que l’avenir de la France se trouve dans les services. Or les services sont devenus un monde de paupérisation. Alors que l’industrie n’a jamais eu autant besoin de personnels qualifiés et donc bien rémunérés.

Ces maux-là ne se règlent pas par un moratoire sur les taxes concernant les carburants. Ils mériteraient un nouveau commissariat au Plan qui puisse réfléchir sur la France de 2030 ou de 2050. Comme cela se fait en Chine, aux États-Unis ou en Allemagne. Encore faut-il avoir des politiques qui s’intéressent davantage à la prochaine génération qu’à la prochaine élection !

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