Entreprises / Actions / Crédit Agricole / Unicredit / Banco BPM
Entreprises / Actions
Crédit Agricole / Unicredit / Banco BPM
L'OPA d'UniCredit pose un défi à la stratégie italienne de Crédit Agricole / La voie du compromis pourrait être la plus sage
Lorsqu’à l’été 2022, Crédit Agricole était monté à près de 10% au capital de Banco BPM, la banque mutualiste avait pour objectif développer ses partenariats avec le troisième établissement transalpin et de décourager les velléités d’OPA de concurrents. Le premier point fut une réussite. La banque mutualiste a bouclé fin 2023 un accord de longue durée avec Banco BPM en bancassurance, dans lequel Crédit Agricole Assurances (CAA) a acquis 65 % des parts de Vera Assicurazioni, Vera Protezione et Banco BPM Assicurazioni, les filiales d’assurance de la troisième banque italienne. Elle a également consolidé sa coopération avec Agos, acteur majeur du crédit à la consommation en Italie, co-détenu avec Banco BPM.
Le second point, en revanche, n’a pas résisté à l'offensive d'UniCredit. La banque dirigée par Andrea Orcel a pris tout le monde de court en lançant une offre publique d’échange (OPE) sur Banco BPM, ébranlant l’équilibre patiemment construit par Crédit Agricole. Cette opération place désormais, théoriquement du moins, la banque française face à un dilemme stratégique.
Dans ce jeu à plusieurs bandes, si l’établissement dirigé par Philippe Brassac doit évaluer ses options avec soin, il apparaît d’emblée que celle de vendre sa participation n'est probablement pas la plus judicieuse, alors que l’offre d’échanges de titres d’UniCredit valorise chaque action Banco BPM 6,657 euros chacune, soit une prime d’à peine 0,5% par rapport au cours de clôture de l'action de vendredi dernier. Pas vraiment de quoi capitaliser sur une opération financièrement avantageuse.
Vers une contre-attaque ?
Crédit Agricole pourrait envisager au contraire de contre-attaquer pour préserver ses intérêts stratégiques en Italie, son deuxième marché domestique après la France. Des informations du quotidien économique italien Il Sole 24 Ore selon lesquelles la banque française aurait récemment conclu des accords d'échange d'actions avec deux banques d'investissement américaines, JP Morgan et Jefferies, pour passer de 9% à 19% du capital de Banco BPM, tendraient à valider cette hypothèse. Sauf que Crédit Agricole n'a pas demandé à la Banque centrale européenne (BCE) l'autorisation de dépasser 10% du capital de la banque italienne Banco BPM, a assuré un porte-parole de la banque verte à WanSquare. Ce qui veut dire ce que cela veut dire.
De fait, une telle offensive ne serait pas sans risques, étant susceptible de déclencher une escalade coûteuse si UniCredit décidait de relever son offre, et/ou d’être perçue comme une tentative hostile par Banco BPM, mettant à mal la relation construite jusqu’à présent. Cette montée en puissance poserait aussi la question de la gouvernance et de l’équilibre stratégique : Crédit Agricole serait-elle prête à assumer un rôle d’actionnaire de référence plus actif, voire à intégrer Banco BPM à son périmètre à terme ?
Une telle initiative serait à n’en pas douter atypique au regard de la stratégie adoptée par Philippe Brassac depuis qu'il est à la tête du groupe, celui-ci défendant une stratégie axée sur des acquisitions ciblées et sur le renforcement organique, plutôt que sur des prises de contrôle spectaculaires. "Nous faisons du M & A opérationnel et ne nous hasardons jamais dans du M & A stratégique qui changerait fortement et encore moins radicalement la configuration du groupe ou qui mettrait en danger la trajectoire de tel ou tel métier", soulignait il y a un an le dirigeant à l’occasion de la publication de ses résultats du troisième trimestre 2023.
La voie du compromis
La voie du milieu pourrait ainsi sembler tout à la fois la plus plausible et la plus habile : négocier un compromis qui lui permettrait de maintenir une partie de ses alliances avec Banco BPM tout en évitant une escalade. Cette posture, toutefois, n'est pas sans écueils. Elle impliquera de composer avec les ambitions d'UniCredit, dont l'intégration de Banco BPM risque de bouleverser la dynamique concurrentielle en Italie. UniCredit pourrait vouloir privilégier ses propres filiales ou partenaires historiques, menaçant ainsi le développement des activités de Crédit Agricole dans la bancassurance ou le crédit à la consommation via Agos. Préserver ces partenariats représentera donc un défi.
Il reste que si Banco BPM représente une pièce importante de son puzzle italien, Crédit Agricole a su diversifier ses leviers de développement, la filiale Crédit Agricole Italia demeurant le principal moteur de sa présence sur ce marché. Cette dernière a pris une nouvelle dimension au fur et à mesure des acquisitions ciblées, en particulier celle de Credito Valtellinese (Creval) en 2021, qui a consolidé sa présence dans le nord de l’Italie, une région économiquement stratégique. Crédit Agricole Italia, en tant que septième banque sur le marché italien et sixième en termes d’actifs sous gestion, est solidement positionnée pour continuer à croître, indépendamment des évolutions liées à Banco BPM.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

