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France : ces entreprises qui réorganisent leurs chaînes de valeur / Elles délocalisent du travail qualifié et relocalisent du non-qualifié
En France, la réorganisation des chaînes de valeur demeure rare, en tout cas avant décembre 2020. Entre janvier 2018 et cette dernière date, 2,8 % des entreprises de plus de 50 salariés ont fait un tel choix, rapporte une étude de l’Insee. Parmi elles, 1,7 % a délocalisé tout ou partie d’une activité, 1,2 % a relocalisé et 0,1 % a à la fois délocalisé et relocalisé.
"Il est encore trop tôt pour mesurer si ce mouvement s’est accéléré depuis la crise sanitaire, même si des exemples existent. Ainsi, au printemps 2024, Yamaha a inauguré dans les Hauts‑de‑France une nouvelle chaîne d’assemblage de moteurs électriques pour vélo, auparavant fabriqués au Japon ; à l’inverse, Stellantis prévoit de délocaliser un atelier d’outillage à l’automne 2024 ", expliquent Raphaël Lafrogne-Joussier, Lionel Fontagné et Gabriel Baratte, économistes et auteurs de l’étude.
En France, les entreprises ayant réorganisé leur chaîne de valeur ne sont pas plus productives que les autres, mais elles emploient davantage de travailleurs qualifiés. Lorsque la part du travail qualifié est plus haute d’un point de pourcentage dans une entreprise, la firme a une probabilité de réorganiser la chaîne de valeur mondiale de 1,27 point plus élevée (cela requiert une charge managériale supplémentaire donc plutôt des travailleurs qualifiés). "Les entreprises de l’industrie manufacturière ont plus tendance aux réorganisations que celles des autres secteurs d’activité, ce qui pourrait suggérer que l’industrie est plus exposée à des chocs qui poussent à la réorganisation", ajoute l’étude.
En outre, apparaît un résultat qui semble contre-intuitif : "alors que les délocalisations industrielles des années 1990 et 2000 ont été majoritairement intensives en travail peu qualifié, entre 2018 et 2020, ce sont avant tout les activités intensives en travail qualifié qui sont concernées. À l’inverse, les activités relocalisées en France sont plutôt peu qualifiées, ce qui peut refléter le rapatriement en France d’activités préalablement délocalisées", pointe l’étude. Dans le détail, une part de travailleurs qualifiés d’un point plus élevée est associée à une probabilité de délocaliser 1,66 % plus élevée. "Un transfert d’activité de la France vers l’étranger, où l’entreprise maîtrise moins l’environnement, peut s’avérer plus complexe à mener qu’un transfert vers la France", est-il indiqué.
Par ailleurs, les travaux des trois économistes mettent en avant le caractère routinier des activités réorganisées. À un indice de routine d’un point plus élevé est associée une probabilité de réorganiser l’activité de 2,8 % plus élevée, avec un effet près de deux fois plus fort sur les délocalisations que sur les relocalisations. Attention, "une tâche peut être routinière et nécessiter de la qualification, et inversement", prévient l’étude. En fait, "plus une tâche est routinière, plus il est simple pour un manager de la piloter à distance, et donc, de la délocaliser".
Enfin, la probabilité de délocalisation vers une région du monde diminue avec la distance. "De fait, les destinations les plus attractives sont les pays de l’Union européenne, tandis que la Chine figure parmi les régions les moins prisées. Les destinations plus lointaines impliquent des coûts de délocalisation plus élevés, notamment en matière de coordination ou de contrôle. Les biens ou services doivent également transiter le long de la chaîne de valeur, avec des décalages horaires raisonnables", indique l’étude. Il y a une exception : "les activités intensives en travail qualifié et en recherche et développement (R & D) sont délocalisées majoritairement en Inde, où l’abondance de travail qualifié, à un coût relativement inférieur à celui de la France ou de l’Europe, en fait une destination privilégiée".
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