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France / McKinsey / Délocalisations
Est-ce la fin des délocalisations ? / La géographie des chaînes de valeurs devient une préoccupation de premier plan
Le choix d’une délocalisation a toujours été étroitement lié à des arbitrages économiques. Voici que ces derniers sont chamboulés et ce en grande partie de part des critères de décisions d’investissement qui évoluent. McKinsey rapporte qu’une étude réalisée par ses soins "auprès de 30 directeurs généraux et directeurs industriels de groupes internationaux présents en France, ainsi qu’une enquête réalisée auprès de plus de 100 investisseurs étrangers", a établi que bien que "les dimensions de coûts restent le critère premier des investisseurs, les paramètres hors coûts de la production pèsent de plus en plus dans leurs décisions".
Le prix ne suffit plus
Pour le moment tout ce qui relève de la compétitivité-coût pèse encore pour 28 % dans les décisions d’investissement, cependant l’accès au marché compte pour 16 % aujourd’hui. Une deuxième place que le cabinet explique par le fait qu’avoir un outil de production "au plus près de leurs marchés s’avère ainsi une dimension déterminante pour les investisseurs".
Autre signe que les coûts ne sont plus un facteur prédominant : en cumulant "les deux critères que sont la solidité des écosystèmes industriels et d’innovation et la disponibilité des talents – autrement dit les dimensions complémentaires, interne et externe, du capital humain – ils pèsent ensemble pour 22 % dans la décision d’investissement ". Ce qui n’est pas significativement inférieur au poids des coûts.
Un monde qui change
La pandémie et la congestion des chaînes d’approvisionnements qui y a été observée est également encore dans les esprits puisque l’impératif de flexibilité de l’outil de production, est présenté par McKinsey " comme une préoccupation majeure en troisième position ". Le contexte actuel faisant que " la capacité à reconfigurer son appareil de production rapidement est devenue décisive : les facilités d’installation, de redimensionnement, mais aussi les garanties en termes de "stratégies de sortie", sont fondamentales dans les réflexions des investisseurs".
Les seuls critères patriotes ne sont plus aujourd’hui le seul moteur des choix de relocalisation avec près de "52 % des dirigeants de PME et ETI industrielles françaises qui prévoient une relocalisation [qui] indiquent vouloir le faire par conviction, et 46 % pour des raisons environnementales et climatiques". Une décision qui est scrutée de plus en plus par les français, qui sont 59 % à indiquer " regarder le pays de fabrication ‘souvent’ ou ‘systématiquement’ au moment d’acheter un bien".
Nouveaux dogmes
Un des facteurs majeurs poussant à délocaliser sa production, qu’était le coût du travail, est en train de disparaître également puisque son écart " se réduit entre les géographies". Le cabinet américain indique que le "niveau de vie croissant dans les pays émergents entraîne une augmentation des salaires, mais également du coût complet du travail, dû à la mise en place de réglementations sociales plus importantes dans ces pays". Il est pris pour exemple l’écart de compétitivité- coût entre l’Empire du Milieu et l’Europe ; "entre 2013 et 2023, le coût horaire du travail dans l’industrie manufacturière en Chine a été multiplié par 2 (+106 %) et devrait augmenter de 9,7 % par an jusqu’à 2026, tandis qu’il n’a augmenté que de 1,9 % de croissance annuelle moyenne depuis 2013 en Europe ".
Les révolutions technologiques en cours affectent également la localisation des compétences les plus recherchées. Là où de "nombreux acteurs, notamment dans les industries de pointe, font part de leurs difficultés à recruter des profils techniques pour leurs usines", L’Europe est loin d’être en retard sur le sujet avec "des atouts à faire valoir à travers son vivier de talents dans certaines spécialités de pointe dont la demande ira croissant pour l’industrie", tels que dans "l’informatique quantique où l’UE compte 103 000 diplômés d’un niveau master, ce qui la situe loin devant la Chine (46 000) et les Etats- Unis (40 000)". Ce qui n’empêche que les emplois industriels de demain souffrent selon les analyses de McKinsey "d’un déficit particulier de talents dans ces domaines de compétences, soit entre 1,7 million et 3,9 millions de personnes d’ici à 2027 pour les pays de l’UE-27".
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