Il faut vite sauver Air France… de la mainmise de Bruno Le Maire !
Encore un exemple où l’Etat actionnaire est complètement schizophrène. En tant qu’actionnaire à hauteur de 14,29 % d’Air France, il est l’un des premiers intéressés au redressement du cours de bourse – et bien évidemment des comptes – de la compagnie tricolore, dont le cours a été divisé par deux en six mois.
Après la démission de Jean-Marc Janaillac, suite au référendum sur la politique salariale du groupe, le cabinet du ministre de l’Economie a obtenu la nomination d’une présidente par intérim : Anne-Marie Couderc. On ne pouvait trouver mieux : quelqu’un qui ne connaissait rien au métier, qui a grenouillé toute sa vie entre Lagardère et les ministères et qui a fini par conduire Presstalis au bord du dépôt de bilan…
Un mandat a donc été confié par l’Agence des Participations de l’Etat – dirigé par Martin Vial – à Egon Zehnder afin de trouver le mouton à cinq pattes, capable de relever Air France. De l’avis de membre du Comité des nominations d’Air France présidé par Jean-Dominique Comolli, aucun professionnel du secteur ne figurait sur la liste et tous les sélectionnés étaient des hauts dirigeants récemment virés de leur ancienne maison. D’où l’idée de certains de soumettre le nom de Philippe Capron, major d’HEC, inspecteur des finances, qui n’est certes pas un spécialiste de l’aérien, mais qui a une forte personnalité susceptible de l’aider à calmer les prétentions de pilotes un peu trop gâtés.
Sauf qu’entre temps, Accor s’est déclaré candidat au rachat des 14,29 % détenus par l’Etat dans Air France. Et Sébastien Bazin a expliqué au ministre qu’il n’était pas question pour lui de piller simplement les données de la clientèle d’Air France, mais d’être le nouveau patron d’Air France. D’où l’énergie mise par Bruno Le Maire à saper la candidature Capron. Pour le plus grand bonheur de Pierre-Yves Chabert, avocat d’Accor, de Lazard, banquier de Bazin et d’Antoine Gosset-Grainville, avocat de l’APE.
Que le ministre ait envie de faire plaisir à Sébastien Bazin, c’est son problème. Qu’il tire les pieds sous le tapis de l’un des meilleurs candidats au poste de patron d’Air France au mépris des administrateurs, cela devient un sujet de gouvernance. Qu’il s’occupe, ainsi que son cabinet, avec autant d’énergie de privilégier une solution parmi tant d’autres, dont on ne connaît ni le financement, ni le projet stratégique, c’est un sujet politique. Un sujet où curieusement Edouard Philippe et Emmanuel Macron lui laissent, pour l’instant, les mains libres.
Pour l’heure les victimes des anomalies commises par Bruno Le Maire, ce sont les contribuables, les actionnaires d’Air France et les usagers qui vont voir réapparaître des grèves d’ici quelques jours. C’est pourquoi, aujourd’hui, si l’on veut sauver Air France, il faut en retirer la gestion du dossier à Bruno Le Maire. Et vite !
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