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Politique économique / Donald Trump / Etats-Unis

Politique économique
Donald Trump / Etats-Unis

Le Président assumé des riches

Le secrétaire au Trésor américain a indiqué envisager de prendre en compte l’inflation dans l’impôt sur les plus-values, ce qui reviendrait à un cadeau fiscal de 100 milliards de dollars pour les plus riches. Une telle mesure revient en principe au Congrès, mais les marchés n’en ont cure.
Steven Mnuchin
Steven Mnuchin

La réforme fiscale de grande ampleur passée en fin d’année dernière par l’administration Trump n’a semble-t-il pas été suffisante. Steve Mnuchin, le secrétaire au trésor américain, a révélé en marge de la conférence du G20 en Argentine ce mois-ci que le gouvernement réfléchissait à un nouveau geste fiscal à l’égard de ses contribuables. Il s’agirait de réévaluer le calcul de l’impôt sur les plus-values et notamment l’estimation du coût original d’un bien, afin de l’ajuster de l’inflation. Ce qui réduirait mécaniquement le montant des bénéfices sur lesquels s’applique la taxe en question.

Cette mesure est également portée par Larry Kudlow, le puissant conseiller économique de Donald Trump, et s’adresse principalement aux investisseurs en Bourse ou détenteurs de biens immobiliers, donc à la frange la plus aisée de la population américaine. Selon une étude indépendante de l’université Wharton, plus de 97% des fruits de ce geste fiscal iraient aux 10% des Américains les plus riches. Et près de deux tiers seraient directement bénéfiques aux ultra-riches, soit 0,1% des Américains. Sans surprise, ce projet a créé le tollé chez les démocrates, qui n’ont pas hésité à se faire cette fois les défenseurs de l’orthodoxie budgétaire, alors que le déficit américain atteindra les 1.000 milliards de dollars d’ici 2020.

Mais un tel projet fait face à des obstacles importants : la compétence du Trésor, car il revient en principe au Congrès de voter des réformes fiscales. Or, le Sénat est plus divisé que jamais, avec une très faible majorité républicaine d’un seul siège, qui compromet tout passage législatif de ce type. Steve Mnuchin est bien conscient du problème, qui a déclaré : « Si cela ne peut pas être passé via la législation, nous étudierons les outils que le Trésor a en main (…) Nous travaillons là-dessus en interne, mais aussi sur les coûts économiques et l’impact sur la croissance ». L’histoire n’est pas nouvelle : en 1992, le Président George Bush père avait déjà envisagé cette initiative fiscale de la part de l’exécutif, mais avait renoncé à agir seul car il ne s’estimait pas compétent et redoutait un veto de la part d’un juge fédéral.

Pour l’administration Trump et les défenseurs de ce geste fiscal, quelle que soit l’issue d’un recours judiciaire, cette initiative aurait des effets immédiats comme des ventes d’actifs, qui relanceraient l’investissement. Mais pour les autres, il ne s’agit que d’un cadeau de plus pour les Américains les plus aisés, qui ont déjà largement bénéficié de la réforme fiscale passée en fin d’année dernière et qui a surtout profité aux entreprises, donc aux porteurs de parts. Pour les chercheurs de Wharton en tout cas, l’indexation sur l’inflation de l’impôt sur les plus-values n’aurait en soi aucun impact sur la croissance. Le gouvernement Trump n’a pourtant pas peur de continuer à creuser le déficit fédéral, car pour l’instant, les marchés complaisants applaudissent des deux mains ces mesures de pur court-terme.

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