WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Evenements / Elon Musk / Tesla

Evenements
Elon Musk / Tesla

Le coup de poker (ou de bluff) d’Elon Musk

Le sulfureux patron du constructeur a tweeté vouloir sortir le groupe de la cote à 420 dollars par titre et avoir les financements nécessaires. Une nouvelle qui a pris les marchés de court et fait bondir le titre, mais pourrait lui coûter cher si elle s’avérait infondée.
Tesla
Tesla

Elon Musk, qui a tweeté plus de 5.300 fois depuis ses débuts, est habitué aux provocations sur le réseau social. Mais cette fois, il a défrayé la chronique lorsqu’il a publié mardi deux phrases laconiques : « J’envisage de privatiser Tesla à 420 dollars. Financement sécurisé ». Lorsque ce tweet a déclenché de nombreuses questions, le patron fondateur du constructeur de voitures électriques a précisé son propos par tweets, puis via un communiqué : il souhaite offrir le choix aux actionnaires entre rester au capital ou être rachetés à 420 dollars par action, soit une prime de 20% sur le cours après publication de ses résultats trimestriels. En deuxième lieu, permettre à tous les salariés de Tesla de rester actionnaires du groupe, et de bénéficier de fenêtres de sortie. Et enfin, il précise n’avoir aucune intention de fusionner Tesla et SpaceX, et ne pas vouloir augmenter ou baisser sa part actuelle d’environ 20% au capital du groupe.

Cette annonce a pris les marchés de court, mais aussi la SEC (le gendarme de la Bourse américaine) qui a suspendu le cours avant qu’il ne reprenne en hausse de 10%, juste avant la clôture. Véritable annonce ou coup de bluff ? La méthode a abasourdi les analystes et observateurs de marché, et pose de nombreuses questions. Tout d’abord, celle de savoir si le groupe, en accord avec son board, a vraiment lancé un projet de privatisation, et sondé des conseils et banques pour se financer. A 420 dollars par action, une telle opération coûterait 72 milliards de dollars, soit le plus gros LBO de l’histoire derrière celui du funeste électricien TXU, racheté 48 milliards de dollars en 2007 et tombé depuis en banqueroute.

Mais c'est aussi le timing improbable de cette sortie qui laisse perplexe. Ainsi, quelques minutes avant ce tweet, le Financial Times avait sorti une information selon laquelle le fonds souverain saoudien avait déboursé 2 milliards de dollars pour prendre entre 3 et 5% du capital de Tesla sur le marché. Ce dernier serait-il partie prenante à un éventuel LBO ? En outre, un facteur humain et irrationnel a sans doute dicté ce tweet d’Elon Musk : l’homme est en guerre personnelle contre les hedge funds qui shortent le titre. Pour les contrer, il a fait travailler ses salariés nuit et jour afin d’atteindre l’objectif de 5.000 Model 3 construits par semaine début juillet. Et lors des résultats trimestriels, il a également confirmé prévoir d’être rentable au troisième et quatrième trimestre 2018, ce qui paraît très ambitieux aux yeux des analystes.

Rien n’y a fait, les shorts se sont donc entêtés et Elon Musk pourrait avoir tenté une nouvelle parade. Mais il risque gros, car la réglementation boursière sanctionne toute déclaration fausse de la part du dirigeant d’une société cotée. Or, si le communiqué confirme cette intention de privatiser le groupe, il ne donne aucune piste sur la manière de financer ce coûteux deal, surtout dans les limites des multiples de dette désormais autorisés par la SEC. Si l’opération n’était pas vraiment avancée auprès des banques ou d'une potentielle émission high yield, Elon Musk pourrait payer cher le prix de sa vendetta contre les hedge funds.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article