Elon Musk a retrouvé ses esprits
Comme nombre de fondateurs fantasques, à l'esprit brillant mais incapables de prendre du recul quand il s'agit de leur propre société, Elon Musk est allé trop loin. S'il est crédible quand il explique avoir toujours voulu le bien de Tesla quand il a envisagé sa privatisation, cela ne l'exonère pas des règles boursières. C'est donc tout à son honneur qu'après avoir refusé de transiger avec le gendarme boursier, lequel a décidé de le poursuivre en justice pour fraude jeudi dernier, il se soit raisonné et ait trouvé un accord avec la SEC. Celui-ci l'oblige à céder son siège de chairman pour trois ans, mais lui permet de garder celui de CEO, et le condamne à payer une amende de 20 millions de dollars. Soit 0,1% de sa fortune, estimée à près de 20 milliards de dollars - même si la valeur de ses titres Tesla a depuis nettement reflué.
Une punition acceptable au regard des faits reprochés. Certes, quand il a tweeté en cours d'une séance boursière qu'il allait sortir le constructeur de voitures électriques de la cote à 420 dollars par action, il a pris un chemin de communication pour le moins inhabituel. Mais lorsqu'il a tweeté quelques minutes plus tard "financement sécurisé", et assuré que les actionnaires actuels auraient l'option de rester dans la société privée, il s'est rendu coupable de fraude.
Car en premier lieu, il n'avait pas à proprement parler finalisé son financement, mais seulement des contacts et une marque d'intérêt de la part du fonds saoudien, voire un accord verbal selon les dires d'Elon Musk. Mais depuis, nous avons appris qu'aucune banque n'avait été mandatée pour mettre en place le montage financier, et même que le prix n'était qu'une estimation du dirigeant, qui voulait offrir une prime de 20% sur le cours de Bourse et s'est arrêté sur le chiffre de 420 dollars, un clin d'oeil aux amateurs de cannabis.
Et en second lieu, il a volontairement induit les investisseurs en erreur sur un titre coté, même s'il plaide avoir agi avec bonne foi et avoir cru au potentiel de cette opération. Mais comme pour tout le reste, Elon Musk a péché par son excès d'ambition, d'idéal et même d'ego. Le fondateur de Tesla ne voulait pas seulement privatiser la société pour avoir les mains plus libres afin d'investir dans l'avenir du groupe. Ou encore pour récompenser les petits actionnaires qui sont ses fans de la première heure et auraient suivi dans un cadre privé. Il avait aussi en tête d'étrangler tous les hedge funds qui shortent le groupe depuis plusieurs mois. Il a voulu doubler des spécialistes des marchés, mais le jeu s'est retourné contre lui, car il a dû céder sa place de chairman et le titre s'est depuis effondré de 30%.
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