Europe : la valse des successions et des grandes manoeuvres a commencé
La course à la direction des plus hautes instances européennes est lancée. Après la nomination du ministre des Finances portugais Mario Centeno comme nouveau président de l'Eurogroupe fin 2017, et celle de l'Espagnol Luis de Guindos en mai dernier pour remplacer le vice-président de la BCE Vittorio Constancio, de nombreux autres postes seront à pourvoir dans les prochains mois. Et les États sont donc progressivement en train de placer leurs pions. A commencer par l'Allemagne, dont la Chancelière aurait renoncé à obtenir la présidence de la BCE pour l'un de ses concitoyens (l'actuel président de la BuBA Jens Weidmann était pourtant pressenti), préférant la tête de la Commission, afin d'asseoir l'influence de son pays sur la politique européenne.
En termes de calendrier, les États devront aussi se prononcer sur le prochain président du Mécanisme de supervision unique (MSU), poste actuellement occupé par Danièle Nouy et dont le mandat s'achèvera en décembre prochain. Puis en 2019, sur le successeur de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission donc, en juin. Donald Tusk, le président du Conseil, devra être également remplacé en septembre, tandis que côté BCE, l'économiste en chef Peter Praet, le président Mario Draghi et le membre du directoire Benoît Coeuré, verront leur mandat arriver à échéance en mai, octobre et décembre.
Le remplacement de trois des sept membres du conseil des gouverneurs de la BCE sera crucial, alors que Francfort devrait accélérer le resserrement monétaire, avec la fin des achats de titres mensuels en décembre prochain, et une première hausse des taux vers l'été 2019. Les changements seront d'autant plus importants pour les 19 pays de la zone euro, que les membres du comité exécutif possèdent un droit de vote permanent et ce pour un mandat de 8 ans. Contrairement aux 19 gouverneurs des banques centrales nationales, qui eux se partagent 15 droits de vote tournants. Si l'Allemagne renonce à la présidence de la BCE, la France pourrait proposer François Villeroy de Galhau, qui ferait un excellent candidat.
Sauf si le Président Emmanuel Macron décide lui aussi de proposer l'un de ses concitoyens pour la présidence de la Commission, afin d'accélérer les réformes européennes qu'il défend depuis le début de son mandat, et qui n'ont pour le moment pas beaucoup avancé. Pour ce poste très en vue, Christine Lagarde ferait partie des candidates pressenties, mais le mandat de la présidente du FMI ne s'achèvera qu'en février 2021 et il faudrait donc qu'elle démissionne deux ans avant la fin. Benoit Coeuré, dont le mandat à la BCE prendra fin en décembre 2019, pourrait également faire partie des candidats de l'Hexagone à la tête de la Commission. Le candidat choisi dépendra bien sûr du résultat des élections au Parlement européen, et devra avant d'être nommé à la majorité qualifiée par le Conseil, avoir obtenu le feu vert pour son programme et son équipe auprès des nouveaux députés européens.
Le choix d'un Allemand à la tête de la Commission pourrait en tout cas poser un problème de sur-représentation du pays aux hautes instances de l'UE, puisque la Banque européenne d'investissement (BEI) - présidée par Werner Hoyer reconduit en janvier dernier pour un mandat de 6 ans -, le mécanisme européen de stabilité (MES) - dirigé par Klaus Regling reconduit dans ses fonctions pour 5 ans, en octobre 2017 - et le conseil de résolution unique (CRU) - Elke König, reconduite elle aussi pour cinq ans en décembre 2017 - sont tous trois dirigés par des Allemands.
Outre la répartition géographique, la répartition hommes/femmes à la tête des différentes instances fera sans doute partie des critères informels retenus, lorsque les pays se prononceront. Rappelons que pour l'instant, seules deux instances européennes, le MSU et le CRU, sont dirigées par un femme, et qu'au sein de la BCE, une seule femme siège au sein du Conseil, l'Allemande Sabine Lautenschlaeger. En 2012, le Parlement européen avait d'ailleurs protesté contre la nomination d'Yves Mersch et remis en cause le manque de femmes au sein du Conseil.
Calendrier récapitulatif
- Décembre 2018 : fin du mandat de Danièle Nouy à la tête du MSU
- Mai 2019 : fin du mandat de Peter Praet, économiste en chef de la BCE
- Juin 2019 : fin du mandat de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission
- Septembre 2019 : fin du mandat du président du Conseil européen Donald Tusk
- Octobre 2019 : fin du mandat de Mario Draghi
- Décembre 2019 : fin du mandat de Benoit Coeuré
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