Parité : la Californie montre l’exemple aux US
Voilà un sujet sur lequel la France peut s’enorgueillir d’être plus en avance que la Silicon Valley : la parité au sein des boards. L’Hexagone a déjà légiféré sur le sujet il y a déjà plusieurs années et impose un quota de 40% de femmes au sein des conseils d’administration des sociétés cotées, ayant un chiffre d’affaires de plus de 50 millions d’euros ou plus de 500 salariés depuis début 2017.
Mais aux États-Unis, il n’existe aucune réglementation de ce type au niveau fédéral, et la Californie vient pour la première fois de décider d’agir à son niveau. L’Assemblée de l’Etat vient ainsi d’approuver une loi imposant à toutes les sociétés cotées basées en Californie d’avoir au moins une femme administratrice d’ici à la fin de l’année prochaine. Elle doit maintenant être votée par le Sénat, qui a déjà donné son feu vert à une version précédente du projet, et promulguée par le gouverneur Jerry Brown.
La mesure peut sembler évidente, mais elle a pourtant subi l’opposition de plusieurs groupes dont la Chambre de Commerce de Californie, qui faisait valoir que malgré son objectif louable, ce quota ne se basait que sur un seul élément de la diversité et violerait la Constitution américaine et californienne car elle pourrait obliger des sociétés à refuser ou remercier un candidat masculin en raison de son sexe. La loi prévoit de son côté la création d’un nouveau siège réservé à une femme, plutôt que de remplacer un administrateur existant.
Alors que plusieurs pays européens comme l’Allemagne et l’Italie ont déjà pris des mesures en ce sens, les chiffres montrent le retard pris par les États-Unis dans l’évolution vers la parité : selon Equilar, 17% des entreprises du Russell 3000 avaient un board exclusivement masculin, dont 86 sociétés basées en Californie. Le nombre d’administratrices est de 1,75 femme par conseil en moyenne dans le pays, et même 1,65 femme en Californie. Il est donc notable que cet Etat, réputé progressiste et surtout qui est le siège de toutes les grandes sociétés tech mais aussi Disney, Intel, Chevron ou encore Wells Fargo, ait pris les devants sur ce sujet. Si la loi est déjà respectée par nombre d’entre eux, elle devrait accentuer la pression sur les groupes privés de la Silicon Valley pour améliorer leur diversité. A cet égard, la nomination d’une femme CEO chez Airbnb la semaine passée montre que les licornes ont compris l’importance de ces enjeux, dans la perspective d’une IPO.
Surtout, la Californie pourrait servir d’exemple pour légiférer dans les autres États et même au niveau fédéral. Le Massachussets et l’Illinois ont passé des lois non contraignantes pour accentuer la parité, et les grands institutionnels comme BlackRock ou State Street donnent de plus en plus de la voix pour pousser les corporates au changement. A l’heure actuelle, les femmes ne représentent que 17,7% des sièges d’administrateurs dans le Russell 3000, contre 16,2% il y a un an, signe que le mouvement prend du temps, notamment en raison de la longévité des administrateurs. Mais le devoir d’une entreprise n’est-il pas de servir les intérêts de ses - divers - actionnaires, et en premier lieu, de mieux les représenter ?
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