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Blackstone / Private equity / Arabie saoudite
Blackstone joue gros avec les saoudiens
Blackstone a publié ses résultats trimestriels en plein cœur de la crise saoudienne jeudi dernier, ce qui a valu au président et COO, Jonathan Gray, des questions sur l’avenir de ses relations avec le pays. Ce dernier s’est dit "préoccupé" et s’attendre à "des questions à court terme", tout en rappelant que Blackstone était le principal gérant, et donc décisionnaire de ses fonds. L’ancien patron de l’immobilier essayait de botter en touche alors que son patron, le CEO Steve Schwarzman, avait annoncé trois jours plus tôt qu’il se retirait du Davos du désert, la grande conférence organisée en fin de mois, en raison du rôle supposé du gouvernement saoudien dans l’assassinat de Jamal Khashoggi.
La question est particulièrement sensible et à hauts enjeux pour Blackstone, qui a lancé un fonds d’infrastructure de 40 milliards de dollars en mai dernier, lors de la visite de Donald Trump en Arabie saoudite. Car le plus gros fonds d’infrastructure de l’histoire a vu le jour grâce à un engagement de 20 milliards de dollars de la part du fonds saoudien, le Public Investment Fund, à condition que chaque dollar soit complété par un autre investisseur. La route sera longue car en juillet dernier, Blackstone a bouclé un premier closing à 5 milliards de dollars, dont la moitié venant des saoudiens.
Or, le géant américain a offert des conditions particulièrement attractives à son partenaire saoudien, comme l’a révélé Bloomberg ce lundi. Ainsi, le fonds souverain a obtenu une décote de 75 points de base sur les management fees des 10 premiers milliards de dollars alloués, puis encore de 65 points de base supplémentaires pour les 10 milliards suivants. Il a également bénéficié d’une faveur sur les revenus après deux ans d’existence, c’est-à-dire qu’il aura une décote de 15% sur les fees payés par les investisseurs tiers. Enfin, le fonds saoudien a vu le montant du "carried interest", la prime liée à la surperformance sur un investissement, réduite à 10% contre un taux de 12,5% pour les autres Limited Partners.
Le fonds saoudien n’est pas le seul à avoir obtenu des largesses, car Blackstone a aussi dû accorder des décotes jugées particulièrement agressives à ses premiers investisseurs, sur le modèle "early bird" de l’industrie, afin d’arriver à un premier closing. Mais avec un montant sans précédent, l’engagement saoudien lui donne plus de prérogatives, comme un droit de consultation sur les dossiers d’investissement. Mais aussi la possibilité de se désengager d’un deal, notamment si ce dernier relève de la compétence du CFIUS (Comité des Investissements Etrangers aux US), qui pourrait demander des informations détaillées sur l’origine des fonds de PIF.
Alors qu’il doit encore lever 35 milliards de dollars, Blackstone se retrouve empêtré dans une tempête diplomatique entre saoudiens et américains, même si Donald Trump s’est montré réticent à hausser le ton. Ce qui risque d’impacter les investissements du Royaume dans le pays, mais aussi la suite des roadshows pour ce fonds très – trop ? – ambitieux. Le Prince saoudien, membre du board du fonds souverain, détient les clés de l’avenir de l’infrastructure chez Blackstone, même si Jonathan Gray s’emploie à se projeter à "long terme" et à mettre en exergue la "confiance" accordée par ses autres LPs.
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