Macro-économie / Taux / Guerre commerciale / Schroders / Etats-Unis / Chine
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Guerre commerciale / Schroders / Etats-Unis / Chine
L'économie française risque elle aussi de pâtir de la guerre commerciale de Trump
Les effets de la guerre commerciale lancée par les États-Unis à l'égard de la Chine depuis le début de l'année pourraient largement dépasser les frontières de l'Empire du Milieu. Et le ralentissement de la deuxième économie au monde, aura un impact sur l'ensemble de ses partenaires commerciaux. Or ce ralentissement a déjà commencé, la Chine ayant affiché une hausse de son PIB de 6,5 % "seulement" au troisième trimestre de cette année, soit son rythme le plus lent depuis le premier trimestre 2009. "Le commerce représente 19 % du PIB chinois contre 8 % du PIB américain, la hausse des tarifs douaniers a donc un impact bien plus important sur l'économie chinoise", explique ainsi Keith Wade, chef économiste chez Schroders.
S'il est toujours difficile d'évaluer le niveau de croissance réel du pays par rapport aux chiffres officiels publiés par les autorités centrales chinoises, plusieurs indicateurs ont permis de confirmer le ralentissement de l'économie du pays depuis le début de l'année. Parmi eux, l'évolution des recettes réalisées par les nombreux casinos de Macau. "L'évolution des recettes des casinos suit généralement la même tendance que celle de la croissance chinoise. Lorsque l'économie va bien, les Chinois sont plus nombreux à aller dépenser dans les casinos", commente Keith Wade. Or les recettes des temples du jeu de Macau sont en baisse sensible depuis le début de l'année.
Autre signe visible du ralentissement chinois ces derniers mois, même si une fois encore les autorités ont tenté par tous les moyens de ne pas laisser filtrer les chiffres sur le sujet, un effondrement du nombre de porte-conteneurs au départ du port de Shanghai. Ce qui traduit bien le recul des exportations du pays à l'étranger et en particulier vers les États-Unis. Le premier armateur de porte-conteneurs au monde Maersk avait d'ailleurs déclaré lors de la présentation de ses résultats du deuxième trimestre, que ses importations américaines de conteneurs en provenance de Chine pourraient être réduites jusqu'à 4 % si la guerre commerciale s'intensifiait.
Le ralentissement chinois par répercussion a naturellement commencé à impacter plusieurs de ses partenaires économiques. À commencer par l'Allemagne, qui côté européen est donc la première victime indirecte de la guerre commerciale de Trump, la Chine représentant son quatrième partenaire en termes d'exportations (soit autour de 6 % de ses ventes à l'étranger). Le pays a ainsi affiché un recul de son économie soudain et beaucoup plus fort qu'anticipé entre août et septembre dernier, de -0,2 %. Soit sa plus mauvaise performance depuis le premier trimestre 2013 et la première baisse de l'économie du pays depuis début 2015. Un coup de mou qui résulte notamment du recul des exportations du pays, plombées par le contexte de guerre commerciale et de regain de protectionnisme généralisé.
La France pourrait-elle être la prochaine victime collatérale de la guerre commerciale sino-américaine ? Si l'Allemagne s'essouffle, l'Hexagone risque lui aussi de s'enrhumer alors que l'outre-Rhin représente toujours son premier partenaire commercial. Les principaux instituts de statistiques français ont d'ailleurs commencé à publier leurs prévisions de croissance du pays pour le quatrième trimestre et les chiffres ne sont pas très bons : selon la BdF, le PIB devrait progresser de 0,4 % seulement, soit le même niveau qu’au troisième trimestre, et après six premiers mois atones, où la croissance n’avait atteint que 0,2 % sur chacun des premiers trimestres. L’INSEE mise lui aussi sur une progression de 0,4 % sur le dernier trimestre de cette année alors que le consensus tablait plutôt sur une progression de 0,5 % entre septembre et décembre de cette année.
L'Allemagne et la France par répercussion ne devront en tout cas pas compter sur un apaisement des relations commerciales entre la Chine et les États-Unis l'an prochain. "Notre principal scénario est que le conflit commercial s'enlise et que les États-Unis instaurent une hausse des tarifs douaniers de 25 % sur l'ensemble des produits chinois dès le début de l'an prochain", conclut Keith Wade, de Schroders. Une hausse des tarifs douaniers de 25 % aura un impact de 1 % sur le PIB chinois et de 0,2 % seulement sur l'économie américaine. L'économie chinoise devrait donc continuer de ralentir et plomber au passage ses partenaires commerciaux directs (comme l'Allemagne) et les partenaires de ces derniers.
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