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Italie : la Commission prise en tenaille
La Commission européenne a donc comme prévu rejeté le budget de l’Italie hier, affirmant qu’avec un tel niveau de dépense, le pays risquait de "s’enfoncer aveuglément dans l’instabilité", selon les termes du vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis. Pourtant, Bruxelles n’a pas encore officiellement affirmé qu’une procédure de déficit excessif serait ouverte à l’encontre du pays fautif, même si la suite logique des choses voudrait qu’elle le fasse. Sans doute la Commission essaye-t-elle de gagner du temps, dans un dernier espoir que le gouvernement de Giuseppe Conti accepte de revoir sa copie. Le chef du gouvernement doit d’ailleurs rencontrer Jean-Claude Juncker ce samedi afin de discuter de la situation. Mais il a déjà affirmé qu’il restait "convaincu de la solidité de ses prévisions". Et Matteo Salvini le vice-président du Conseil et par ailleurs leader de la Ligue du Nord tout comme Luigi di Maio, chef du Mouvement Cinq Etoiles ont également réagi vertement à l’avertissement de la Commission.
Si Bruxelles essaye par tous les moyens de raisonner l’Italie et n’a pas été hier aussi sévère qu’elle aurait pu ou dû, c’est qu’elle craint que l’ouverture d’une procédure punitive à l’égard du pays ne renforce encore davantage les voix des populistes italiens, notamment dans la perspective des élections européennes. Sachant qu’une procédure de déficit excessif aboutirait à des sanctions, qui in fine risqueraient de plomber encore davantage la croissance économique du pays. L’institut national de statistiques italien (Istat) a d’ailleurs revu à la baisse les perspectives de croissance pour le pays cette année et l’an prochain, estimant que le PIB ne devrait progresser que de 1,1 % cette année et 1,3 %.
Or, comme le rappelait Frédéric Leroux responsable équipe Cross Asset et gérant global chez Carmignac, lors d’une conférence fin octobre, "plus les conditions économiques sont difficiles, plus les partis souverainistes prennent de l’ampleur". Sachant que, au-delà du seul cas de figure italien, au Danemark, en France, en Hollande, en Allemagne, en Finlande, en Grèce, en Italie, en Hongrie, en Bulgarie, en Slovaquie, en Autriche et en République tchèque, les partis populistes ont tous obtenu entre 8 % (pour Notre Slovaquie) et 26 % (en Autriche avec le Parti de la liberté) aux dernières élections. Or selon les gérants de Carmignac, les partis nationalistes emportent traditionnellement encore davantage de voix aux élections européennes, qui donnent lieu à toutes les rancœurs populaires contre l’Europe et où les partis populistes excellent. "Un ralentissement économique en 2019 renforcerait le risque politique pour les marchés", explique encore Frédéric Leroux. Et la Commission européenne en est fort consciente.
C’est d’ailleurs la montée en puissance des partis populistes en Italie plus que l'ouverture d'une procédure de déficit excessif qui pourrait faire paniquer les investisseurs, et entraîner une flambée des taux souverains. En 2011 déjà en Italie, les marchés avaient fait payer l’instabilité gouvernementale de Silvio Berlusconi : les taux avaient atteint un plus haut historique de 7,23 % en novembre, peu de temps avant que le chef du gouvernement ne finisse par démissionner. Preuve que les facteurs politiques pèsent tout autant voire plus que les décisions européennes sur le comportement des investisseurs en dette souveraine.
Il reste que malgré la menace d’un raz-de-marée populiste aux Européennes, la Commission n’aura sans doute pas d’autre choix que de punir l’Italie. Elle risque sinon de perdre le peu de crédibilité qu’il lui reste aux yeux des États et des marchés. Et de se faire taxer une fois encore de laxisme de la part des États "bon élèves" du nord de l’Europe.
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