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Sur les marchés / Chine / Guerre commerciale
Marchés : après la guerre commerciale, la guerre technologique
La trêve de mercredi, où les marchés américains sont restés fermés en raison des funérailles de l’ex-Président Bush senior, n’aura finalement pas réussi à apaiser les esprits. Jeudi, la nouvelle de l’arrestation de la directrice financière et fille du fondateur de Huawei Technologies, Meng Wanzhou, au Canada mais sur ordre d’extradition des États-Unis, a à nouveau mis le feu aux poudres. Le CAC 40 a clôturé en baisse de 3,7 % et le Dow Jones reculait à la mi-journée de près de 3 %. Car la période de 90 jours pour venir à bout des différends commerciaux entre États-Unis et Chine vient tout juste de commencer et, après des déclarations plutôt rassurantes de chaque camp, la situation risque inexorablement de s’envenimer. "Les États-Unis sont comme le chien qui a attrapé la voiture", analyse Bloomberg. "Savent-ils quoi faire ensuite ? Le gouvernement doit décider ce qu’il veut de cette action explosive qui a mis en colère la Chine".
Car cet épisode a non seulement outré la Chine, mais elle lève le voile sur une partie du conflit bien plus profond, global et complexe que les seules exportations de soja et de porc. "Cet événement est le signe que les marchés n’avaient pas réalisé un danger beaucoup plus grand que celui de la guerre commerciale : celui de la guerre technologique, qui ne concerne pas seulement les États-Unis et la Chine, mais plutôt le reste du monde et la Chine", analyse Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services. Et de rappeler que plusieurs pays et groupes comme l’Australie et British Telecom ont déjà interdit à Huawei d’équiper leurs réseaux, pour contrer toute appropriation de leurs technologies propriétaires. Et d’autres révélations récentes, comme celle de cette start-up américaine qui a acheté un satellite à Boeing pour 200 millions de dollars et était financée par le pouvoir chinois, risquent de donner encore plus de poids aux partisans d’une ligne dure avec la Chine.
De quoi ajouter à la nervosité déjà palpable des marchés depuis la désillusion post-accord du G20. "Les marchés étaient déjà sous pression et cette arrestation n’a pas aidé", selon Neil Mellor, stratégiste senior change chez BNY Mellon. "Nous sommes revenus là où nous étions avant, et nous nous demandons si un accord est possible étant donné le haut niveau des enjeux". L’indice VIX de la peur est en hausse de 22 % à 25,4 points, soit un retour aux niveaux de fébrilité de février dernier. Car le sujet de la technologie est plus vaste et confronte la Chine, qui a pour but de rattraper son retard, avec les États-Unis et l’ensemble des pays occidentaux. Et si le Président Xi Jinping a adopté un ton optimiste à la clôture du G20 le week-end dernier, aucune mention n’a été faite de concessions sur ce sujet, malgré le "wishful thinking" des Américains.
Tout porte donc à penser que le sujet technologique est installé sur la durée, et que les discussions avec les Chinois devraient influencer les marchés, qui scrutent par ailleurs l’inversion de la courbe des taux, le ralentissement économique mondial, la déroute des valeurs tech ou encore le Brexit. Enfin, la réunion des pays de l’OPEP, soumis à la pression des États-Unis pour maintenir leur quota de production, pourrait être l’ultime argument pour les experts qui anticipent le retournement du cycle haussier le plus long de l’histoire. Même si, comme le plaidait Christine Lagarde sur CNBC ce matin, "une croissance globale à 3,7 % l'an prochain n'est pas si mal".
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