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Airbnb mise sur la France malgré les Gilets Jaunes
Alors que les manifestations des Gilets Jaunes enflamment la France depuis plusieurs semaines maintenant, poussant le New York Times à titrer "Paris brûle", Airbnb n’a pas flanché pour procéder à sa première acquisition française. La plateforme de location de logements entre particuliers a annoncé le rachat de Luckey, un service de conciergerie pour propriétaires. Cofondé à Grenoble en 2016 par trois amis d’enfance, cette start-up a levé 2 millions d’euros auprès de Nexity et Newfund, lors de son deuxième tour de table fin 2017. Le groupe emploie plus de 50 personnes dans 25 villes en France et au Canada, et a déjà généré plus de 2 millions d’euros de revenus l’an passé. Luckey facture 20 % des revenus du propriétaire pour assurer divers services comme la mise en ligne d’annonces sur différents sites (Airbnb mais aussi d’autres), l’accueil des voyageurs ou encore le ménage ou la lingerie.
Cette opération d’une taille modeste pour Airbnb est pourtant très symbolique car la France constitue le deuxième marché de la licorne américaine, et Paris est la première destination mondiale sur la plateforme. Par ailleurs, Airbnb remporte aussi du succès chez les Français puisque 20 % d’entre eux sont soit hôtes soit voyageurs. Surtout, à l’heure où le groupe dirigé par Brian Chesky subit de nombreux revers réglementaires en France comme à l’étranger, il montre ainsi son envie de miser tout de même sur ce marché primordial. Pour rappel, au 1er janvier 2018, Airbnb a été contraint de limiter le nombre de locations par un particulier à 120 nuits par an dans l’Hexagone.
Loin de battre en retraite, Airbnb a donc décidé de miser sur ses marchés de premier plan, et en pleine croissance. Le géant basé à San Francisco, qui était valorisé à 31 milliards de dollars lors de son dernier tour de table l’an passé, est l’une des nombreuses pépites de la Silicon Valley à projeter une introduction en Bourse l’an prochain. Mais alors que les spécialistes des VTC - Uber et Lyft - se font la course pour organiser leur IPO début 2019 et ont déjà enregistré leur document de base auprès de la SEC, Airbnb réfléchirait à un process différent. Selon le site américain Recode, il pourrait procéder à une cotation directe sans augmentation de capital, sur le modèle du groupe de streaming musical Spotify lors de son IPO en avril dernier. Slack, le service de messagerie professionnel valorisé à plus de 7 milliards de dollars, songerait à faire de même pour son IPO en 2019.
Ce scénario est nouveau et envoie un signal très fort de la part de la Silicon Valley. Car nombre de ces acteurs ont été largement financés et n’ont pas vraiment besoin de capitaux frais, mais plutôt d’une source de monétisation de leurs actions, à la fois pour les fonds et les employés actionnaires. Avec une cotation directe, ils jugent ne pas avoir besoin des banques de Wall Street pour entrer en Bourse. Ce qui pourrait représenter un très gros manque-à-gagner pour les banques teneuses de livres sur ces opérations de grande ampleur. Le sort des premiers à se lancer sera crucial pour l’avenir des cotations directes. Sur ce plan, le titre Spotify a gagné près de 50 % à l’été dernier, avant de revenir à son niveau d’entrée avec la correction des marchés.
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