Politique économique / salaires / Primes / pouvoir d'achat / Emmanuel Macron
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La fausse bonne idée de Macron
Emmanuel Macron a donc annoncé lundi soir, qu’après avoir écouté les partenaires sociaux, il avait retenu, entre autres, l’idée d’une prime exceptionnelle que verseraient les entreprises qui le voudraient et qui le pourraient. Cette prime serait nette de charges pour l’entreprise comme pour le salarié, mais plafonnée de manière à éviter les effets d’aubaine.
Bien sûr il s’agit d’une idée séduisante, surtout dans un contexte où les entreprises sont accusées d’accorder plus d’avantages financiers à leurs actionnaires qu’à leurs collaborateurs. Bien sûr que pour éteindre l’incendie actuel de la crise du pouvoir d’achat, cela constitue un élément nécessaire même s’il est loin d’être suffisant. Bien sûr, ce qui est important c’est la liberté donnée aux entreprises de distribuer ou non et, le cas échéant, de choisir elles-mêmes le montant qu’elles sont susceptibles de verser.
Dès hier une série de bons élèves a levé le doigt en premier pour indiquer que, naturellement elles verseraient cette prime. On a vu notamment les noms de groupes comme Altice, Iliad, Orange, Publicis, LVMH et Total qui a même indiqué son intention de verser 1.500 euros à chaque salarié. Le problème, c’est que toutes ces entreprises emploient surtout du personnel qualifié et pas vraiment des Gilets jaunes. Il s’agit d’entreprises principalement franciliennes où les employés ont peu de problèmes de fin de mois ni de frais de transport.
Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec la France périphérique, si bien décrite par le sociologue Christophe Guilluy : celle des ronds-points tenus par les Gilets jaunes où les marges des entreprises sont au plus bas et où l’on a dénombré 55.000 faillites en un an. Ce qui veut dire que sur les plus de 2 millions d’entreprises françaises, beaucoup, voire une très grande majorité ne pourront pas verser cette prime simplement pour une question de trésorerie.
On peut donc se demander si cette idée, sur laquelle le Président de la République, a insisté, n’appartient pas au registre des fausses bonnes idées. Car si effectivement la prime en question n’est versée que par des grands groupes du CAC 40, du SBF 120 ou du SBF 250, elle ne ferait qu’accentuer la fracture entre la France des métropoles et celle des Territoires ; entre la France des ingénieurs et des cadres et celle des très bas salaires. Et dans ce cas le risque majeur est qu’elle suscite plus de frustrations qu’autre chose. Dans le climat actuel, ce serait pire que tout.
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