Macro-économie / Taux / salaires / Taux de marge / économie française
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France : et les salaires dans tout ça ?
L’envolée des prix de l’énergie, et plus largement de l’inflation, qui frappe la France depuis maintenant trois trimestres pèse lourdement sur les finances de la puissance publique. Cette dernière a fait le choix de préserver, au prix de dizaines de milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires, le pouvoir d’achat des ménages. Pour autant, au sein d’une économie sociale de marché, l’État est-il le seul à même de jouer ce rôle ? En 2022, les entreprises pourraient bien mettre la main à la pâte eu égard à la santé insolente affichée par leurs comptes de résultats.
Un taux de marge au zénith mais...
Jamais depuis 1949 (début de la série publiée par l’Insee), les sociétés non-financières n’avaient enregistré un tel excédent brut d’exploitation (EBE) en proportion de la valeur ajoutée qu’elles génèrent : il s’est établi à 34% sur l’ensemble de l’année 2021 (les salaires y étant déduits, cela représente le résidu de valeur ajoutée dont disposent les entreprises pour, entre autres, rémunérer le capital et lancer des investissements). Cette anomalie historique convient toutefois d’être nuancée.
En effet, il s’agit d’une moyenne sur 2021 avec une forte variation intra-annuelle (le taux de marge est passé de 35,2% au premier trimestre à 32,8% entre octobre et décembre 2021 soit proche de la moyenne de la décennie 2000). Se cache derrière cette perte de plus de 2 points, la disparition graduelle du "quoi qu’il en coûte" instauré pendant la crise pandémique, au travers de la forte réduction du recours à l’activité partielle et de la baisse progressive des autres dispositifs de soutien tels que le fonds de solidarités et l’aide au paiement des cotisations.
"Sans la baisse des impôts de production (-10 milliards d’euros) et les subventions d'exploitation (fonds solidarité, 47 milliards d’euros sur 2020-21) l'EBE des entreprises aurait baissé autant que la valeur ajoutée [le taux de marge a crû de 2,1 points entre la fin 2019 et mi-2021 lorsque les mesures exceptionnelles étaient encore en vigueur, ndlr]", rappelait ainsi dernièrement Denis Ferrand, directeur général de Rexecode.
Au premier trimestre 2022, le taux de marge devrait s’afficher à 32,9%, d’après les prévisions de l’Insee – l’explosion du prix des matières premières auquel font face les entreprises contribuerait également à son net reflux sur un an. Plus globalement en 2022, le choc de prix sur les intrants devrait ainsi conduire le taux de marge des sociétés non financières à atteindre un niveau assez nettement inférieur à son étiage d’avant-crise, anticipe la Banque de France (il était de 33,4% en 2019).
Les entreprises lâchent déjà du lest
Malgré cette dynamique moins favorable à court terme pour le taux de marge, les entreprises devraient concéder des hausses de salaires particulièrement significatives cette année, notamment sous l’effet d’une inflation croissante et des effets de diffusion liés à la réévaluation du Smic (6% entre octobre 2021 et mai 2022). "Les hausses négociées jusqu’ici pour 2022 se situent en moyenne à 3%. Ce niveau est plus élevé que celui observé entre 2014 et 2020, où les hausses étaient plus proches de 1%, reflétant alors une inflation basse et une croissance annuelle du SMIC proche de 1%", explique dans une étude, Erwan Gautier, économiste à la Banque de France.
D’après une enquête de Bpifrance conduite en mai, l’augmentation salariale moyenne au sein des PME / TPE pourrait atteindre 2,7 % en 2022, soit davantage qu'escompté au début de l'année (2,2%). "En particulier, 35 % des dirigeants prévoient des augmentations salariales pour 2022 supérieures à 3 %, soit 10 points de plus qu’il y a 3 mois", indique l’enquête. "Il n'y aura pas de hausse de salaire uniforme (...). Vous aurez autant de situations que d'entreprises différentes", a pour sa part, affirmé François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), hier matin à la suite d'une réunion des principales organisations patronales interprofessionnelles et sectorielles au ministère de l'Economie.
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