Macro-économie / Taux / Chine / Guerre commerciale
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Chine / Guerre commerciale
Les marchés ont-ils raison de craindre un hard landing chinois pour 2019 ?
Les marchés financiers mondiaux font grise mine depuis deux jours, en raison de mauvaises nouvelles macros sur le front chinois, qui font craindre aux investisseurs un ralentissement de l’économie du pays beaucoup plus fort que prévu pour 2019. Hier, les autorités ont effectivement dévoilé un indice Caixin PMI de l’industrie en baisse pour le mois de décembre, franchissant le seuil des 50, qui sépare expansion et contraction de l’activité. Quelques jours plus tôt l’indice IHS Markit indiquait la même tendance pour l’industrie du pays, passant sous le seuil des 50 également, pour la première fois depuis deux ans.
C’est dans ce contexte qu’Apple a décidé d’annoncer hier soir une baisse de son objectif de profits pour le premier trimestre 2019, citant notamment le risque d’un ralentissement de ses ventes dans les pays émergents et en Chine en particulier. "Nous pensons que l’environnement économique en Chine a été davantage affecté par la montée des tensions commerciales avec les États-Unis", a ainsi affirmé Tim Cook, le patron de la firme à la pomme dans un courrier pour justifier le profit warning. Selon lui, la guerre entre les deux pays a non seulement affecté les exportations chinoises mais également la demande intérieure, avec un recul de la consommation des ménages chinois qui a affecté les ventes de tablettes et d’Iphones de la firme.
L’avertissement de la première capitalisation boursière mondiale concernant ses craintes d’un ralentissement chinois constitue bien sûr un signal très négatif pour les investisseurs, pour qui le risque de hard landing du pays en 2019 représente l’un des facteurs baissiers les plus menaçants pour les marchés cette année. La Chine parviendra-t-elle pourtant à trouver des relais de croissance aux exportations, et à soutenir l’activité du pays tout en maintenant son objectif de maîtrise de la dette ?
Certes, les barrières douanières instaurées par les États-Unis frappent l’industrie chinoise à un mauvais moment : le secteur exportateur a vu sa part de marché mondial diminuer depuis deux ans, conséquence de la dégradation de sa compétitivité coût, et a connu un léger fléchissement de ses ventes en 2018. Sachant que ce ralentissement est surtout lié à une perte de vigueur de l’économie mondiale et non aux barrières douanières américaines : celles-ci ont même été plus soutenues entre juin et septembre 2018, traduisant une accélération des livraisons en anticipation des hausses tarifaires. Dans le même temps, les entreprises chinoises rencontrent depuis plusieurs mois des difficultés liées au resserrement des conditions de crédit. Le choc protectionniste devrait donc surtout intervenir cette année, et assombrir les perspectives de croissance du pays : les ventes de marchandises chinoises aux États-Unis représentent 19 % des exportations totales du pays et 4 % de son PIB. "Le secteur exportateur reste un moteur essentiel de l’activité. D’une part, la consommation n’est pas assez solide pour prendre le relais. D’autre part, la performance de l’industrie exportatrice a des effets d’entraînement sur le reste de l’activité via l’investissement, le marché du travail et donc la consommation privée", explique ainsi Christine Peltier, économiste chez BNP Paribas. Selon elle, le ralentissement des exportations pourrait même peser sur le processus d’expansion de la consommation privée, comme l'a d'ailleurs indiqué Tim Cook hier soir.
Dans ce contexte, l’unique option pour éviter un ralentissement trop brutal de l’économie chinoise sera l’instauration d’un plan de relance budgétaire. "Les autorités devraient mener une politique économique visant à atténuer les difficultés du secteur exportateur et à soutenir la demande interne", poursuit l’économiste de BNP Paribas. Selon Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo, si les autorités ont eu à cœur de canaliser la hausse de l’endettement ces dernières années, le risque baissier sur l’activité en 2019 devrait les inciter à assouplir leur politique au moins cette année. Début 2018 déjà, la banque centrale a commencé à assouplir sa politique monétaire, via l’injection de liquidités dans le système financier. La politique de change a également évolué : les autorités ont laissé se déprécier le yuan (entre fin mars et fin septembre le yuan a perdu 9 % contre le dollar) afin de compenser partiellement les effets négatifs des hausses de droit de douane. Les dirigeants chinois devraient donc poursuivre leur politique en ce sens cette année : ING s’attend ainsi à deux abaissements des taux directeurs par la PBoC et une réduction des réserves obligatoires pour les institutions financières, afin de soutenir le crédit. Surtout, les autorités devraient mettre en place un grand plan de relance budgétaire, avec à la fois des mesures fiscales pour soutenir les ménages et les entreprises, et un plan d’investissement dans les infrastructures publiques. Selon ING, les autorités pourraient ainsi injecter jusque 4.000 milliards de yuans dans l’économie pour éviter un hard landing.
Tout ceci devrait permettre à l’économie de se maintenir aux alentours de 6,1 % cette année selon les prévisions de BNP Paribas, après une croissance de 6,4 % en 2018 et 6,9 % en 2017. Si BNP a légèrement revu sa prévision à la baisse (elle prévoyait 6,3 % de croissance initialement), ING a en revanche maintenu la sienne à 6,3 %, estimant que les différentes mesures de soutien à l’économie devraient permettre de compenser le ralentissement des exportations. Les marchés et investisseurs sont visiblement moins optimistes…
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