Macro-économie / Taux / Allemagne / Exportations / BCE
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Allemagne / Exportations / BCE
La mort du modèle exportateur allemand ?
"Les taux d'intérêt ont fait économiser à l'Allemagne 368 milliards d'euros". Le Spiegel revient sur la "politique monétaire controversée" de la BCE, expliquant que, depuis 2008, l'Etat allemand a économisé des dizaines de milliards d'euros en intérêts. L'hebdomadaire s'appuie sur des calculs de la Bundesbank, rapportés par le Handelsblatt. Il précise également que "cela correspond à plus de 10 % du produit intérieur brut". "Rien que l'année dernière, les économies en terme d'intérêts réalisées par le gouvernement fédéral, les Länder, les communes et l'assurance sociale s'élèveraient à 55 milliards d'euros". Et si on étend les calculs plus largement, à l'ensemble de la zone euro, on compterait 1.420 milliards d'euros d'économies. "Le plus gros bénéficiaire, après l'Allemagne, serait la France, avec une économie de 350 milliards d'euros, suivie de l'Italie, avec 262 milliards d'euros". Le Spiegel conclut : "En raison de la baisse des taux d'intérêts, l'Etat a dû dépenser toujours moins d'argent pour la dette. L'effet se fait sentir d'autant plus si le gouvernement fédéral et les Länder ne réalisent pas d'excédents mais s'endettent. Les États de la zone euro ne doivent donc pas toujours s'estimer en sécurité. Les économistes mettent toujours en garde contre un endettement fort dans le cas d'une hausse rapide des taux."
Dans un autre article du Spiegel, l'éditorialiste Henrik Müller avertit : "le modèle d'exportation allemand menace d'arriver à sa fin. [...] Pendant longtemps, l'économie allemande a fait office de modèle. Mais le ralentissement économique mondial et l'abandon du libre-échange menacent le modèle de réussite axé sur les exportations. L'industrie va être en proie à de violents bouleversements", détaille-t-il. Citant l'ouvrage "Le capitalisme sans capital" de Jonathan Haskel et Stian Westlake, Henrik Müller se demande si "l'Allemagne n'est pas sur le mauvais chemin". Le pays a en effet pendant longtemps "bénéficié de la mondialisation", notamment grâce à son industrie. Mais maintenant, ce qui compte, ce sont le savoir, les idées, le design : les biens immatériels. Avec "la fin du libre-échange" et la montée des conflits, l'industrialisation croissante dans les pays émergents et les évolutions technologiques qui menacent les points forts traditionnels allemands, il craint de voir l'Allemagne, "dans ce contexte, connaître des changements structurels similaires à ceux qu'ont déjà connu par le passé la France ou la Suède". Il se demande donc comment la République fédérale peut les anticiper et faire évoluer le chemin en amont. "Par exemple, il serait judicieux de dépenser plus d'argent dans la recherche et l'innovation", souligne-t-il.
Quoi qu'il en soit, en 2018, "le commerce de détail a augmenté pour la neuvième fois consécutive" outre-Rhin. Les consommateurs allemands continuent donc à consommer, de manière confiante. Cependant, note le Spiegel, ce ne sont pas tous les commerçants qui en profitent. Mais essentiellement la vente en ligne. Les chiffres des exportations allemandes publiés ce matin pour le mois de novembre sont moins encourageants, et confirment l'idée de l'éditorialiste Henrik Müller de la remise en cause du modèle exportateur allemand : les ventes à l'étranger ont reculé de 0,4 % en novembre après un déclin de 0,7 % le mois précédent, principalement lié au contexte de guerre commerciale.
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