Politique économique / CDI / Assurance-chômage / Medef / CPME
Politique économique
CDI / Assurance-chômage / Medef / CPME
La triple faute de Macron sur les contrats courts
François Asselin et Geoffroy Roux de Bézieux, les présidents respectifs de la CPME et du Medef sont très en colère. Alors qu’ils discutent depuis des mois, dans le cadre de la négociation assurance chômage, en transparence complète avec le cabinet de Muriel Pénicaud, ils ont entendu le Chef de l’État affirmer la semaine dernière qu’il était favorable à une taxation des contrats courts. En fait Emmanuel Macron n’a jamais eu de religion sur le sujet. Mais il sait qu’il lui faut faire du social, qu'il lui faut se gauchiser, dans le contexte actuel, et il a trouvé là une manière de montrer qu’il était du côté des plus précaires et contre les grands groupes. Mais ce faisant, il a fait une triple erreur.
Primo : la taxation telle qu’elle est envisagée n’est pas une pénalité sur les entreprises qui ont recours aux contrats à durée déterminée. Et pour cause, à l’heure actuelle plus de 80 % des embauches se font en CDD, qui pour beaucoup de groupes servent de périodes d’essai. On peut juger cela sain ou malsain. Peu importe. Le fait est que la taxation telle qu’elle est imaginée par le cabinet de Muriel Pénicaud, que dirige un ancien du Medef (!) vise à pénaliser les entreprises où il y a beaucoup de renouvellements du personnel au profit (c’est le bonus) des entreprises où le turnover est faible voire inexistant. Cela signifie qu’Emmanuel Macron, qui fait en permanence la leçon aux patrons, en leur demandant de s’adapter aux nouvelles technologies, souhaite instituer un système qui vise à les fossiliser. Allez comprendre !
Secundo : cela fait des mois que le Chef de l’État explique aux représentants patronaux qu’il leur est libre de négocier et de trouver la solution pour tenter de réduire le recours aux contrats courts. Cette solution était sur le point de voir le jour. Mais Emmanuel Macron a repris la négociation à son compte, sans vouloir écouter les propositions du patronat. De fait il montre une fois encore qu’il se coupe des corps intermédiaires et qu’il "jupitérise" jusqu’à sa politique sociale afin de donner le sentiment aux gilets jaunes qu’il a entendu leur sentiment de précarité. Alors que cette question des CDD n’est jamais ressortie dans les doléances de ces dernières semaines.
Tertio : maintenant que le patronat a claqué la porte, comment et avec qui négocier ? C’est tout le problème. En agissant de manière unilatérale le Chef de l’État n’a pas seulement sorti les entreprises de la négociation, mais aussi les syndicats qui n’ont plus d’interlocuteurs. D’autant que ce n’est un secret pour personne que ses relations avec Laurent Berger de la CFDT ne sont pas au beau fixe. Alors que ce dernier avait trouvé avec Geoffroy Roux de Bézieux la manière d’établir un diagnostic commun de la situation, prémisse indispensable à la recherche d’une solution.
La hâte est toujours mauvaise conseillère. La panique aussi. Et c’est dans la précipitation et la peur qu’Emmanuel Macron a ressorti son bonus-malus si cher à Jean Tirole, le Prix Nobel de l’économie, mais si peu adapté à l’économie digitale du XXI ème siècle. Au risque de se créer de nouveaux problèmes plutôt que d’apporter une solution.
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