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Taxe carbone : l’iniquité, encore

Après trois mois de mobilisation des Gilets jaunes, Emmanuel Macron a évoqué en début de semaine un retour de la taxe carbone. La fiscalité environnementale est injuste en France, mais aussi en Europe. Il serait temps que la Commission européenne réfléchisse à la distribution des efforts consentis.
LE NUAGE DE POLLUTION SUR PARIS - France - écologie - financer verte - environnement
LE NUAGE DE POLLUTION SUR PARIS - France - écologie - financer verte - environnement

Les tensions et rivalités stratégiques autour du gaz et du pétrole ne sont pas nouvelles, cependant elles prennent d'autres formes depuis que la cause environnementale s’est trouvée une place déterminante dans la conception des politiques publiques occidentales. Bien sûr la géopolitique des hydrocarbures demeure, portée essentiellement par leur disparition programmée ou attendue, mais l’échelle des querelles devient de plus en plus nationale.

Car en parallèle de la quête concurrentielle et internationale aux gisements, les crises sociales autour du pétrole sont devenues monnaie courante. Dans l’actualité récente et au-delà de la mobilisation française des Gilets jaunes, le Zimbabwe a été le terrain de manifestations meurtrières au mois de janvier après que le Président Emmerson Mnangagwa a annoncé le doublement des prix des carburants pour tenter d’enrayer la plus grave pénurie de pétrole dans le pays depuis dix ans.

Quelques jours plus tard au Mexique, l’explosion d’un oléoduc de la compagnie nationale Pemex, qui a fait 79 morts et 74 blessés, a révélé un système de corruption gigantesque auquel le nouveau Président Andrés Manuel López Obrador a décidé de s’attaquer, coupant au passage l’acheminement de l’or noir dans le pays pendant quelque temps. Le plan de lutte contre le trafic d’essence a provoqué des files d’attente interminables aux stations essence, la colère des Mexicains et une chute immédiate de la popularité du Président.

L’énergie reste le poumon de nos économies, de nos modes de production et de consommation. Mais puisque l’environnement doit être le combat de tous, la transition doit aussi se faire de façon égalitaire - par exemple au travers de primes pour les ménages les plus modestes -, au risque de déclencher des crises sociales et sociétales que nos gouvernements ont souvent peine à calmer. De la même façon qu’il n’y a pas de raison à ce que les plus pauvres subissent davantage - en termes relatifs - le passage à une économie verte, l’Europe gagnerait à plus d’égalité dans les efforts consentis à la cause climatique et écologique. Par exemple en hiérarchisant les contributions en fonction des émissions de dioxyde de carbone, le premier responsable du réchauffement de la planète.

Selon les chiffres les plus récents publiés par l’Agence internationale de l’énergie fondée par l’OCDE il y a plus de quatre décennies, la France a émis 0,29 milliard de tonnes d’émissions de CO2 en 2016. C’est près de trois fois inférieur aux émissions de l’Allemagne, 30 % de moins que l'empreinte carbone britannique, 14 % de moins que l’Italie. Seule l’Espagne fait légèrement mieux que l’Hexagone puisque ses émissions sont inférieures de 11 %. Mais en 2016, le pays ibérique a aussi généré deux fois moins de richesses que la France, avec un PIB réel à 1085,1 milliards de dollars. En termes relatifs toujours, la France a fait mieux, car même avec un taux de croissance légèrement inférieur cette année-là, elle a créé plus en émettant moins.

Au lendemain de la publication du Centre de Politique Européenne - un think tank allemand d’inspiration libérale - qui estime la perte nette individuelle française de l’instauration de l’euro à 56.000 euros, contre un gain net individuel à 23.116 euros pour l’Outre-Rhin, l’idée d’Emmanuel Macron de revenir sur la création de la taxe carbone devrait en énerver plus d’un, et à raison. Car ce sont toujours les mêmes qui payent.

L’iniquité européenne sur l’euro, l’environnement ou encore les participations respectives à la création de l’Union des Marchés de Capitaux (UMC), pour ne citer que ces grands thèmes, continuera de porter préjudice à l’Europe, sur fond de Brexit. Pour mémoire, en octobre dernier et après la réunion des 28 ministres de l’Environnement de l’UE au Luxembourg, la ministre allemande Svenja Schulze a considérablement freiné les ambitions de l’Europe, en ayant eu gain de cause et fixant à 35 % l’objectif de réduction des émissions de CO2 des voitures, 5 points de moins que ce que François de Rugy claironnait la veille, et surtout que ce que le Parlement européen avait arrêté le 3 octobre.  

À ce stade, la justice environnementale n'existe donc à aucune échelle et il serait temps que la Commission européenne réfléchisse à la distribution des efforts consentis.

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