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Régulation : la belle parade de Facebook
C’est un virage stratégique majeur que Mark Zuckerberg vient d’annoncer mercredi. Le CEO de Facebook a publié un post de blog sur le site de la société, dans lequel il explique que le groupe allait désormais offrir des messageries privées et sécurisées à ses utilisateurs, mais aussi leur permettre d’avoir des conversations éphémères, qui s’effacent automatiquement à l’image du modèle de Snapchat. Cette initiative a pour but de répondre aux critiques récentes sur l’exploitation de données personnelles, mais aussi d’adapter son business model. Facebook, qui se rémunère essentiellement via les publicités sur ses plateformes, compte ainsi développer des services d’e-commerce et de paiement, facilités par la sécurisation des échanges.
Le groupe de Menlo Park dispose déjà d’outils de messagerie sécurisée avec Whatsapp par exemple, mais il prévoit de déployer le même système de cryptage sur l’ensemble de ses plateformes, à partir de l’année prochaine. De quoi répondre aux initiatives d’Apple et Google, qui ont essayé d’optimiser leurs systèmes de messagerie mobile pour garder un temps d’avance. On se souvient que lors de l’attaque de San Bernardino, Apple avait résisté jusqu’au bout pour déverrouiller l’accès du téléphone du terroriste aux services du FBI, faisant valoir la règle d’inviolabilité des données de ses utilisateurs.
Dans un tel cas de figure, ni Facebook ni les annonceurs n’auraient accès aux conversations totalement privées. Si bien que le réseau social ne pourra pas être accusé de commercialiser les données personnelles d’utilisateurs à leur insu, comme le scandale Cambridge Analytica l’a révélé. Surtout, il n’aura plus la charge de réguler les contenus de ces messages, des procédures qu’il a dû mettre en place après l’immixtion russe dans les élections présidentielles américaines et qui lui coûtent aujourd’hui très cher, ce qui impactera sa marge à court terme.
Mais cette annonce a aussi un but non avoué : celui d’échapper à la régulation en germe des géants de la tech. Aux États-Unis, David Cicilline, responsable du comité antitrust à la Chambre des Représentants, a proposé il y a quelques jours l’idée d’un "Glass-Steagall Act" aux mastodontes de la Silicon Valley, en forçant les réseaux sociaux à gérer leurs plateformes de façon totalement séparée de l’activité de vente de données clients. A l’étranger, comme en Grande-Bretagne et en Australie, Facebook et ses pairs se sont déjà opposés aux velléités des gouvernements de les forcer à leur dévoiler leurs données. Le cryptage de messageries permettrait donc à Facebook de jouer au chat perché, et d’échapper à toute tentative de régulation. "Je ne vois pas cela comme un remplacement de la plateforme publique. Facebook et Instagram continueront à devenir plus importants", a assuré Mark Zuckerberg. Mais il a plus que jamais besoin de générer des revenus moins sensibles auprès de ses 2,3 milliards d’utilisateurs.
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