Mark Zuckerberg ou les superpouvoirs des patrons de la Silicon Valley
La Silicon Valley est le lieu de tous les excès : des valorisations exorbitantes accordées à des start-up qui brûlent des millions de dollars, et par conséquent le statut de demi-Dieu auquel accèdent leurs fondateurs, qui en profitent pour garder les coudées franches sur l’avenir de leur groupe, même lorsqu’il pèse près de 500 milliards de dollars. C’est cette situation que les actionnaires de Facebook dénoncent après les multiples scandales dont a souffert le réseau social ces deux dernières années, et en particulier l’omnipotence de Mark Zuckerberg.
La semaine dernière, lors de l’assemblée générale du groupe, plusieurs résolutions visant à remettre en cause les pouvoirs du fondateur ont ainsi rencontré une vaste approbation, mais sans succès. 68 % des actionnaires extérieurs – c’est-à-dire n’appartenant ni au board ni au management – ont voté pour l’éviction de Mark Zuckerberg de son poste de chairman et son remplacement par un chairman indépendant. Soit une nette hausse par rapport au 51 % de l’an passé, sur la même proposition. En outre, 83,2 % des actionnaires ont approuvé l’abandon du système de doubles classes d’actions, qui accorde des pouvoirs démesurés aux dirigeants, avec 10 droits de vote par action. Mark Zuckerberg, qui détient 75 % de ces actions de classe B, se retrouve donc seul décideur avec 60 % des droits de vote.
C’est pour cette raison que les résolutions visant à l’affaiblir ne sont pas passées, même si elles ont emporté la majorité des suffrages hors des rangs internes de Facebook. Pourtant, Mark Zuckerberg et ses équipes n’ont pas donné la preuve des meilleures qualités pour réagir aux scandales qui ont éclaté à la suite de l’affaire Cambridge Analytica, et de l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016. Mark Zuckerberg a lui-même reconnu des défaillances de gouvernance lors de plusieurs auditions auprès du Congrès ou encore des législateurs européens, mais se montre peu amène lorsqu’il s’agit de transformer radicalement et en profondeur sa société.
C’est l’argument que donnait justement Trillium AM, un groupe d’actionnaires activistes à l’origine d’une des résolutions. "Il y a un échec de la gouvernance aujourd’hui. S’ils peuvent arriver à la bonne architecture de gouvernance, cela fera une grande différence pour placer la société sur une trajectoire de succès sur le long terme", affirme ainsi Jonas Kron, senior vice president chez Trillium AM. Car en attendant, le groupe a bien souffert en Bourse, tout comme ses actionnaires : s’il est en hausse depuis le début de l’année, il reste inférieur de près de 20 % à son niveau à l’été 2018 et a encore décroché de plus de 7 % lundi lorsqu’une enquête antitrust de la FTC (Federal Trade Commission) a été révélée.
Cet exemple démontre le déficit démocratique des licornes tech de la Silicon Valley qui, même lors de leur entrée en Bourse à plusieurs milliards de dollars, gardent une structure capitalistique qui avantage – et déresponsabilise – les dirigeants fondateurs. S’ils n’ont pas encore eu d’oreille attentive de la part de Facebook, des actionnaires de premier plan sont en tout cas décidés à monter au créneau : Scott Stringer du Contrôleur de l’État de New York, qui détient 785 millions de dollars de titres Facebook, vient d’écrire au board pour demander une enquête indépendante sur la gouvernance du groupe.
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