États-Unis : les aléas du plein-emploi
Le rapport sur l’emploi américain en février en aura surpris plus d’un, même les plus pessimistes : l’économie américaine a créé seulement 20.000 emplois le mois dernier, contre 180.000 attendus selon la moyenne du consensus. Le chiffre est particulièrement choquant quand on le compare aux derniers mois, avec 311.000 et 227.000 nouveaux emplois en janvier et décembre 2018 respectivement, selon les données révisées du jour. Le taux de chômage est quant à lui retombé à 3,8 % contre 4 % le mois précédent et 3,9 % anticipé.
"C’est un chiffre très variable", a relativisé Larry Kudlow, le conseiller économique de Donald Trump. Mais pour ING, "ce chiffre est troublant et à première vue, il confirme le ton dovish dans le rapport de la Réserve Fédérale tout en justifiant l’idée que les taux de la Fed ont atteint un plafond". L’économiste juge tout de même ce rapport "étrange car il est en contradiction avec l’indice ISM de l’emploi, le rapport ADP ou les chiffres de l’emploi NFIB". En réalité, ce faible chiffre pourrait avoir une explication technique : une forte réduction de périmètre, dans la mesure où il y a eu une hausse de 198.000 de personnes considérées comme non actives, la catégorie des sans emploi a chuté de 300.000 et celle des employés de 45.000.
Pour d’autres, ces chiffres compensent les récents mois, où le pays a créé à chaque fois nettement plus d’emplois que prévu. Surtout, dans un contexte de quasi-plein emploi, le principal problème pour les entreprises est de trouver les bonnes qualifications. "On peut gager que ces chiffres faibles sont liés au fait que les entreprises ne pouvaient pas recruter la main-d’œuvre qu’elles voulaient – la Fédération Nationale des Entreprises Indépendantes a rapporté hier que 37 % des entreprises ont des offres d’emploi qu’elles n’arrivent pas à pourvoir", selon ING.
Mais un autre chiffre, plus encourageant celui-ci, montre la réalité du terrain : les hausses de salaires ont enfin augmenté de 3,1 % à 3,4 % en rythme annuel en février, soit le plus haut niveau en dix ans ! Ces données confirment elles aussi le dynamisme du marché du travail relevé par la Fed dans son dernier Beige Book, indiquant que "les salaires ont continué d’augmenter pour les postes à forte et faible qualification dans tout le pays".
Pour ces raisons, les économistes semblent confiants sur la tendance de fond. "Cette donnée basse choquante ne change pas en soit le récit sur le marché du travail. La tendance à trois mois des gains d’emplois reste solide et les études ne suggèrent aucune pause dans la demande de travail par les employeurs", a jugé Ben Ayers, économiste senior de Nationwide. Et de confirmer que la Fed devrait continuer son mode patient. "Ce chiffre pourrait provoquer un haussement de sourcil de la Fed. Je ne pense pas que le ralentissement de l’emploi ne changera la perspective. Elle (la Fed, ndlr) est assez à l’aise avec l’idée d’observer et attendre la publication de nouvelles données", conclut Charlie Ripley, stratégiste senior chez Allianz IM.
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