Politique européenne / Concurrence / commission européenne / Margrethe Vestager / Bruno Le Maire
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Concurrence / commission européenne / Margrethe Vestager / Bruno Le Maire
Partie de ping-pong musclée entre Bruno Le Maire et Margrethe Vestager
Le ministre de l'Économie n'a pas mâché ses mots à l'égard de la Commissaire à la concurrence Margrethe Vestager à 9 heures à la Banque de France dans le cadre de la présidence de la France du G7. À quelques stations de métro de là, elle est restée sur sa position à 11 heures lors d'une conférence, celle d'une Europe à la concurrence loyale, "où la protection du consommateur et l'incitation à l'innovation sont clés", au lendemain de l'avortement du mariage Alstom - Siemens.
Quelques heures avant qu'ils se rencontrent pour un duel plus discret, Bruno Le Maire a décrit la décision de la Commission de rejeter la fusion ferroviaire comme une "erreur économique et politique". Oui, les règles françaises et européennes en la matière doivent démanteler des monopoles, mais elles devraient être un tremplin à la protection des intérêts industriels et servir la souveraineté de l'UE. "Les États-Unis n'hésitent pas à débattre des lois de la concurrence, les règles continuent d'évoluer et l'UE ne devrait pas hésiter à participer au débat", a déclaré le ministre. Il a déploré le peu de champions industriels nés depuis la création d'Airbus alors que la Chine et l'Inde ne cessent de créer de super entreprises, sans timidité aucune.
À la question de savoir ce qu'elle pensait de ces déclarations, Margrethe Vestager a choisi l'ironie et la fermeté : "J'aurai l'occasion de lui répondre lors de notre meeting aujourd'hui. Mais s'il a parlé d'erreur économique et politique ce matin, alors il en reparlera probablement lors de notre rencontre". "Lorsque l'on traite de cas tels que celui de Alstom et Siemens, nous le faisons avec de nombreux participants du marché. Ma responsabilité, c'est la souffrance des consommateurs. L'Europe doit montrer l'exemple au monde. Sur ce cas en particulier, les consommateurs étaient d'accord avec notre décision, les régulateurs et les autorités nationales de la concurrence aussi".
Au moment où le champion du rail chinois CRC (China Rail Company) remporte tous les appels d’offres aux États-Unis, Bruno le Maire a poursuivi : "Nous devons moderniser nos règles de la concurrence et ne devrions pas attendre que les entreprises européennes soient totalement broyées par leurs homologues étrangères [...] Comment refuser une telle fusion alors que le contexte économique est déjà si incertain pour les prochaines années ? Quelle rationalité y a-t-il derrière une telle décision de Bruxelles ? Aucune !".
Le ministre de l'Économie a plaidé pour une réforme des règles par le biais d'un droit de recours du Conseil européen, qui permettrait à un État de faire appel d'une décision de la Commission. Un tel droit existe d'ailleurs déjà pour les entreprises dont la fusion a été retoquée : en 2007 et six ans après le veto de Bruxelles au rachat du constructeur électrique Legrand par son rival Schneider, la justice européenne avait condamné la Commission à verser plus de 1,5 milliard d'euros au groupe Schneider Electric pour les préjudices subis par l'entreprise à la suite de cette décision. "Ceci préserverait l'indépendance de la Commission" a ajouté le ministre.
La partie de ping-pong différée s'est poursuivie sur la subvention publique aux entreprises. Pour le ministre "La Chine et les États-Unis ne se privent pas de financer leurs entreprises dans les secteurs stratégiques", citant le chiffre de "3 milliards de dollars" injectés outre-Atlantique l'an dernier dans le secteur privé pour financer des projets d'innovation disruptive. "Si nous nous accrochons à cet état de fait, les entreprises européennes vont disparaître. Nous l'avons fait dans le domaine de la microélectronique et dans les batteries électriques en France et en Allemagne. Mais nous attendons toujours le feu vert de la Commission. Or le temps est compté." De son côté, la Commissaire à la concurrence a annoncé au contraire un renforcement d'ici à la fin de l'année du contrôle de l'exécutif européen sur la création de ses mastodontes nationaux via l'aide publique.
Le ton devrait s'adoucir sur le sujet des Gafas. Margrethe Vestager a déclaré ce matin : "L'Europe doit décider d'une taxe numérique et devrait montrer la voie si le consensus mondial est insuffisant." Des mots qui résonnent à quelques heures du premier débat à l'assemblée nationale porté par Bruno Le Maire, qui porte ce texte jusqu'à mercredi et y voit une "fiscalité du XXIe siècle, plus juste et plus efficace".
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