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La chimère d'une fusion Renault-Nissan
La chute de Carlos Ghosn pourrait profiter au rééquilibrage de l’alliance Nissan - Renault, au point que les pourparlers donnent lieu à une fusion. Nissan a fait valoir que la relation sur leur capital doit être plus équitable, elle qui détient 15 % de Renault sans droit de vote, contre une participation réciproque à 43,3 % pour la société dirigée par Jean-Dominique Senard. Car Nissan contribue davantage à la richesse de l’alliance, avec une capitalisation boursière (30,4 millions d’euros) proche du double de celle de son partenaire et un résultat net historiquement très supérieur. Ce rapprochement aurait aussi pour objet la création d'un champion crédible face à la concurrence féroce de l'industrie automobile, qui se réinvente au travers des véhicules autonomes et autres technologies électriques.
L’autre argument en faveur d’une fusion tient justement à ce que les résultats du constructeur automobile nippon, autrefois le poids lourd de l'alliance, sont en chute libre. En début de semaine dernière, Nissan a nettement abaissé sa prévision pour son exercice clos le 31 mars, avec une baisse de près de 60 % de son bénéfice net à 2,5 milliards d’euros. Au-delà de l’impact de l’affaire Carlos Ghosn, le groupe subit de plein fouet les dépenses liées à des extensions de garanties aux États-Unis, son principal marché. Or, selon la presse japonaise, dans le contexte de dégradation rapide des performances de son allié japonais qui pèse sur son cours, Renault aurait engagé un nouvel élan en faveur d’une fusion par le biais d’une structure de holding.
Chacun des deux groupes pourra nommer un nombre identique d’administrateurs au sein du board pour cette société qui devrait être présidée par Jean-Dominique Senard. Les actions ordinaires des deux constructeurs seront transférées vers cette firme qui aurait son siège social dans un pays tiers. Une rumeur alimentée par les déclarations récentes de la directrice financière de Renault, Clotilde Debos : “Nous voulons rendre l’alliance irréversible.” Mais ce bruit intervient moins de dix jours après qu’une première approche informelle de Nissan par Renault a été catégoriquement refusée par son DG Hiroto Saikawa. Et selon le Financial Times, l’idée de cette holding a elle aussi été balayée d’un revers de main de la part du gouvernement nippon et de Nissan. Hiroto Saikawa aurait refusé de recevoir l’un des banquiers de SMBC Nikko, l’établissement mandaté par le constructeur français pour parvenir audit accord.
Dans cet environnement hostile, il est difficile d’imaginer qu’un tel mariage puisse avoir lieu pour ces deux groupes qui ne partagent à ce stade que des participations croisées et non majoritaires. Peut-être s’agit-il par exemple d’une tentative côté banque pour une opération juteuse, dans un contexte où les fusions acquisitions mondiales sont en panne. Jean-Dominique Senard lui-même a déclaré vendredi “ne pas être dans une situation propice pour discuter”. Et Nissan craint de son côté qu’une fusion lui fasse supporter abusivement la plus grande part des suppressions de postes et fermetures d’usines. Quant à Carlos Ghosn, qui ne cesse de crier au complot, son arrestation tiendrait de fait à la manipulation de la part de Nissan, visant à le destituer pour empêcher ce projet de fusion qu'il portait depuis plusieurs mois.
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