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Indicateurs macros
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La croissance française tient bon... pour de mauvaises raisons
Alors qu'Eurostat a confirmé mercredi l'intensification de la croissance en zone euro, portée par la reprise allemande et la sortie de récession de l'Italie, la France n'est pas en reste. La croissance hexagonale devrait s’établir à 0,3 % au deuxième trimestre 2019 selon la Banque de France, un rythme égal aux trois derniers trimestres. Cette dernière devrait donc se fixer annuellement à 1,4 % en 2019. L’économie française semble ainsi faire preuve d’une résilience particulière face au ralentissement mondial annoncé. Toutefois, ce dynamisme n’existe, en bonne partie, qu’à travers une mauvaise raison : l'accroissement du déficit public.
Ce phénomène est certes planétaire : le FMI annonçait en début d’année que l’économie mondiale n’a jamais été aussi endettée (184.000 milliards de dollars en 2017, soit 225 % du PIB mondial). Cet endettement grandissant, notamment au sein des pays émergents, soutient artificiellement la croissance. Mais cette dernière tend à montrer les premiers signes de ralentissement, comme en témoignent les prévisions de l’OCDE: elles tablent sur une croissance mondiale de 3,54 % en 2019, puis de 3,5 % en 2020. Le FMI, plus pessimiste, prévoit une croissance ne dépassant pas les 3,3 %.
En France aussi, les deniers publics ont contribué à stimuler la croissance. La Banque de France prévoit que la contribution au PIB de la consommation des ménages, pilier du PIB français, doublera en 2019, passant de 0,8 à 1,6 point de PIB. Cela est évidemment corrélé à la hausse du revenu disponible dont la contribution s’établira, d’après les prévisions, à 2,4 points de PIB en 2019 contre 1,4 point en 2018. Ce soutien de la demande s’explique au travers des mesures prises par le gouvernement en réponse au mouvement des "gilets jaunes", faisant replonger le déficit public sous la barre des 3 % du PIB.
Plus inquiétant, la hausse de l’investissement public, dont la contribution au PIB doublera en 2019, et impactera négativement l’investissement privé. La contribution des ménages reculera de 2,6 points et celle des entreprises de 0,2 point. Lorsque l’investissement provenant de la dépense publique est mal orienté, les risques que l’investissement public supplante et évince l’investissement privé s’intensifient (effet d'éviction).
L’injection de dépenses publiques, illustrée par une hausse de 2 % du pouvoir d’achat des ménages, soutiendra la croissance économique française en 2019. Si l’intervention étatique permet de maintenir artificiellement le rythme de l’activité économique, les limites structurelles sont également mises en lumière par la Banque de France. Deux indicateurs illustrent ces problématiques. D’une part, le faible recul des demandeurs d’emploi, butant ainsi sur le chômage structurel, celui qui ne peut être réduit par le simple effet de la conjoncture. D’autre part, le brusque ralentissement du marché du travail. Les créations nettes d’emplois vont être divisées par deux, soit 124 000 en 2019 contre 257 000 en 2018.
Le dynamisme de la croissance économique française n’a donc rien de rassurant. Elle est principalement à inscrire au bénéfice du stimulus budgétaire accordé par le gouvernement, qui par ailleurs, s’éloigne de ses objectifs de neutralité des comptes publics et de réduction de la dépense.
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