WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
Italie Matteo Salvini taux Bund déficit spread

Taux - Dette Souveraine / Déficit / Italie / commission européenne

Taux - Dette Souveraine
Déficit / Italie / commission européenne

Le grand retour du risque italien

Le spread Allemagne-Italie a atteint un plus haut de 6 mois, après que Matteo Salvini a déclaré que son pays refranchirait si nécessaire le seuil des 3 % du PIB de déficit. Une forme de provocation à l’égard de la Commission, qui pourrait sévir dès l'automne.
Rome - Italie
Rome - Italie

Le risque italien est de retour. L’été dernier déjà, les taux souverains du pays avaient flambé, après l’arrivée au pouvoir de la coalition formée par le parti d’extrême gauche Cinque Stelle et celui d’extrême droite Lega Nord. Les deux formations avaient de fait annoncé un programme budgétaire jugé beaucoup trop dispendieux par les marchés et la Commission européenne, puisqu'ils prévoyaient alors d'instaurer une "flat tax" et un revenu universel. Ce qui aurait coûté plus de 67 milliards d'euros au pays et fait exploser le déficit à 6,2 % du PIB.

Après des mois de bataille entre Bruxelles et le gouvernement Salvini, l'Italie avait finalement accepté de revoir sa copie fin décembre, et de ne pas dépasser 2,04 % de déficit pour cette année, contre 2,4 % initialement annoncé, après que celui-ci a atteint 1,8 % seulement en 2018. Évitant du même coup une sanction de la part de Bruxelles et permettant au rendement des titres italiens - qui avaient grimpé jusqu'à 3,6 % au plus fort des tensions avec Bruxelles fin novembre - de refluer à 2,4 % fin mars.

Mais depuis quelques semaines, le ministre de l’intérieur et leader de la Ligue du Nord Matteo Salvini a visiblement décidé de revenir sur le front, en défiant les règles de stabilité budgétaires européennes. Ce qui a fait grimper le taux à 10 ans de son pays, de 2,55 % à 2,7 % environ, en moins de dix jours. Du coup, le spread entre les taux italiens et allemands a atteint hier un plus haut depuis le mois de décembre, de 290 points de base. "Nous dépenserons tout ce que nous devons dépenser jusqu’à ce que nous arrivions à un taux de chômage de 5 %, et si quelqu’un à Bruxelles n’est pas content, ce n’est pas notre problème", a-t-il affirmé mardi, déclarant même qu’il était tout à fait prêt à s’affranchir des règles de Maastricht.

Une provocation qui risque de ne pas plaire à la Commission, qui a déjà mis en garde le pays la semaine dernière, lors de la publication de ses prévisions de croissance révisées pour l’ensemble de l’UE. Bruxelles a ainsi abaissé celle de l’Italie à 0,1 %, soit moitié moins que sa précédente estimation de février. Et averti que la faiblesse de la croissance du pays, en queue de peloton des États de l’Union, ne serait par conséquent pas suffisante pour réduire l’endettement colossal de la Botte. Selon la Commission, le déficit du pays devrait passer de 2,5 % du PIB cette année à 3,5 % du PIB l’an prochain (contre 2,4 % et 2,1 % prévu par le gouvernement populiste), tandis que la dette italienne grimperait de 133,7 % du PIB à 135,2 % en 2020 (contre 132,6 % et 131,3 % annoncé par l’alliance populiste).

Bruxelles s’est pour l’instant abstenue de brandir la menace de sanctions, par crainte de renforcer les rangs des partis populistes, en tête des sondages pour les Européennes et notamment en Italie. Les propos du leader italien mardi correspondent d’ailleurs clairement à un discours de campagne, et le leader du mouvement Cinq Étoiles Luigi Di Maio a immédiatement cherché à tempérer le message de Salvini, afin d'apaiser les marchés ! Il reste que la future Commission pourrait de nouveau discuter d’une procédure disciplinaire pour le pays dès l’automne prochain, si le gouvernement persiste à vouloir dépenser pour relancer son économie, sans effort de réduction de ses dépenses.

Dans ce contexte politique et budgétaire plus que tendu, les titres italiens continueront d’être chahutés dans les prochains mois. Selon Simonona Gambarini, économiste chez Capital Economics, le spread Italie-Allemagne devrait ainsi atteindre plus de 320 points de base d’ici la fin de l’année, soit le même niveau que lors du bras de fer avec Bruxelles à l’automne 2018, contre 290 points de base actuellement. "Nous sommes encore plus pessimistes que la Commission européenne concernant nos prévisions de croissance pour l’Italie cette année, et estimons que le déficit augmentera même si le gouvernement se résigne finalement à faire des efforts budgétaires. La dette italienne devrait donc encore progresser et la Commission sévir à l’égard du pays", conclut l’économiste. Mais à la différence de la crise de la dette de 2012, le risque de contagion devrait être contenu, les anciens pays périphériques étant dans une situation économique et budgétaire bien plus solide qu’alors.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article