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Mexique : le mauvais calcul de Donald Trump
Donald Trump a décidé de passer à la vitesse supérieure dans la lutte contre l’immigration clandestine venue du Mexique. De fait, il a annoncé sur Twitter et avec son ton provocateur habituel la mise en place d’une taxe douanière sur les importations mexicaines dès le mois prochain : "le 10 juin, les États-Unis imposeront des surtaxes de 5 % sur toutes les marchandises qui entrent dans notre pays par le Mexique, jusqu'à ce que les immigrés illégaux qui arrivent par le Mexique et qui entrent dans notre pays, arrêtent." Cette décision - et la menace de monter à 25 % en octobre 2019 - ont pour but direct de convaincre les autorités mexicaines de prendre des mesures drastiques pour stopper les flux migratoires.
Cette annonce n'a pas manqué de faire dérailler les marchés obligatoires où le 10 ans américain s’est effondré à son plus bas niveau depuis 20 mois, et s’établit à 2,17 %. Cette chute renforce l’inversion de la courbe des taux aux États-Unis où le rendement du 3 mois surpasse désormais de 20 points de base celui du 10 ans.
De son côté, le Président mexicain Andrés Manuel López Obrador a essayé tant bien que mal de calmer les ardeurs de son homologue, déclarant : "Je vous informe que je ne veux pas la confrontation [...] Je propose d'approfondir le dialogue, de rechercher des alternatives au problème de l'immigration." Au-delà des tensions politiques que devrait générer l’instauration de cette taxe douanière, la question est de savoir, in fine, qui supportera le coût de la taxe. Donald Trump semble oublier que des barrières protectionnistes sont bénéfiques à condition que les biens initialement importés soient substituables par une production domestique. Or, la mondialisation a considérablement élargi les chaînes de valeurs, chaque composante d'un bien est produite par le pays possédant un avantage comparatif.
Concernant les importations américaines en provenance du Mexique, la grande majorité des biens importés sont des produits manufacturés, en particulier tout ce qui regroupe la machinerie, l’équipement (transport, télécommunications) et les pièces automobiles. Ces biens ont la particularité d’être très gourmands en main-d’œuvre. Il est donc peu probable que les États-Unis soient en mesure de rendre cette production domestique alors que le pays est déjà au plein-emploi et connaît une saturation de sa capacité de production. En conséquence, les Américains ne pourront substituer qu’une faible part des importations venues du Mexique !
Cette taxe augmentera directement les prix à l’achat pour les consommateurs américains, et du fait de l'impact négatif de ces mesures protectionnistes sur le pouvoir d’achat des ménages, il n'est pas certain que cela joue en faveur de Donald Trump, à l'approche des prochaines élections présidentielles. A moins qu'il ne s'agisse que d'une nouvelle gesticulation politique, afin de montrer la priorité dédiée à l'immigration à ses électeurs.
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