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France : les quatre risques de la finance
Ce matin à la Banque de France, la sous-gouverneure Sylvie Goulard est venue présenter les quatre risques financiers auxquels la France se trouve actuellement exposée, et il y a de quoi être inquiet. L'environnement macroéconomique mondial est atone et l'escalade protectionniste provoquée par la montée des tensions politiques façonne un contexte défavorable.
Sans surprise, le risque lié à l'endettement est en pole position. Tant sur la question de la soutenabilité de la croissance de l'endettement des entreprises et des ménages, qui profitent des taux bas, mais aussi sur celle de la capacité future limitée des États à mobiliser des ressources publiques pour amortir de futurs chocs. L'endettement du secteur privé atteint en France 3.112 milliards d'euros, soit 132,3 % du PIB fin 2018, en hausse de… 45 points depuis le début du siècle. Et la dette publique représente près de 100 % du PIB en décembre dernier, contre un peu plus de 60 % il y a dix ans.
Les risques de marché sont en deuxième position. Une nouvelle phase d'accumulation du risque s'observe sur l'ensemble des marchés dans un contexte où des corrections brusques ne peuvent pas être exclues. Sur les marchés actions, le rapport des prix aux dividendes est revenu à un niveau nettement au-dessus de la moyenne de long terme, quant aux marchés obligataires, les risques ont augmenté. Dans les deux cas, l'environnement de taux explique en partie ces valorisations élevées, mais les niveaux de valorisation actuels semblent aller au-delà de ce seul effet et incorporer une part d'optimisme, que les marchés pourraient payer cher. Comme en témoigne les flux de private equity, le surcroît de demande d'actifs risqués intervient également dans un contexte de recherche de rendement.
Et puisque les taux bas sont résolument au cœur du mécanisme, la troisième menace pour l'économie française tient à la résilence des institutions financières, qui se trouvent fragilisées par ces rémunérations basses. La marge d'intermédiation des banques, en baisse continue depuis 2012, subit l'aplatissement de la courbe des taux, qui n'a été que partiellement compensée par l'augmentation des volumes de prêts à l'économie. Quant au modèle traditionnel de l'assurance vie, il est lui aussi sous pression, ébranlé par le risque de remontée des taux, qui se traduirait par un rendement des actifs inférieur aux rendements obligataires instantanés, entraînant probablement une désaffection pour ce type de support.
Sur le quatrième et dernier risque, c'est un peu plus global. La Banque de France rassemble ici tous les défis structurels du secteur financier, au premier rang desquels figurent le cyber risque et le changement climatique. La digitalisation implique aussi un changement de nature du risque cyber qui devient progressivement plus systémique, du fait du développement de solutions partagées entre un grand nombre d'acteurs et l'essor de prestataires dominants s'appuyant sur des technologies de cloud. Concernant le climat, le risque de transition peut paraître lointain, mais les estimations faites dans ce domaine - par les meilleurs climatologues et économistes - ne laisse pas de doute sur la réalité de la situation à laquelle nous sommes confrontés. Si l'on ne change pas la courbe des émissions de carbone, c'est -10 % de PIB à l'horizon 2100, selon l'OCDE.
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