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L'Europe bancaire capitule

Bâle IV sera un tsunami pour l'industrie bancaire qui voit déjà la mer se retirer. Et c'est peut-être sur les dividendes que les établissements choisiront de piocher pour générer du capital.
Euro - symbole négociations
Euro - symbole négociations

Il y a deux ans, les grands noms du comité de Bâle se sont encore réunis pour durcir les règles auxquelles sont assujetties les banques des pays membres. Et ils ont pris deux décisions. D'abord, il faut améliorer la crédibilité du calcul des actifs pondérés en fonction des risques. Ensuite, il faut élever les ratios de levier pour les établissements dits systémiques. Jusque là, tout va bien. Mais dans le détail, cela revient à demander des sommes inconsidérées à des banques déjà bancales, de sorte que le comité semble avoir perdu la raison. À vouloir être trop prudent, on peut être repentant.

D'ici 2027, le secteur bancaire européen devra trouver 135,1 milliards d'euros de fonds propres supplémentaires pour assurer la sécurité et la stabilité du système. Alors que les établissements investissent massivement dans des processus et procédés digitaux. Alors que les établissements voient leurs marges asphyxiées par un environnement historique de taux bas. Alors que les établissements contribuent déjà au Fonds de résolution unique qui doit monter en puissance sur huit ans jusqu'à 2023 pour atteindre un montant estimé à 55 milliards d'euros.

Ce n'est pas pour rien que l'industrie financière a choisi le terme de Bâle IV pour parler de ce que sont en fait les nouvelles exigences de Bâle III. C'est une façon pour la Place de pointer du doigt l'aberration et la démence de ce qu'on lui exige. Que les établissements bancaires doivent détenir un seuil minimal de réserves par rapport aux crédits qu'ils octroient, c'est raisonné et évident. Que les citoyens européens supportent massivement le coût d'une réforme bancaire qui grignotera la compétitivité d'un secteur stratégique déjà en détresse, cela l'est beaucoup moins. Ce coussin dit cyclique que les banques devront montrer aux autorités, c'est, à taille de bilan constante, exiger qu'elles augmentent d'un quart leurs fonds propres actuels. Alors même que les derniers résultats des stress tests de l'année 2018 ont prouvé que le système bancaire européen a les armes adéquates et la solidité requise pour faire face à des chocs économiques majeurs.

Le plus étonnant, c'est que cette logique est inspirée du modèle américain, dont le fonctionnement est structurellement différent du nôtre. De fait, les entreprises américaines se financent davantage par le marché que par les banques, qui peuvent, outre atlantique, titriser les crédits. Aux États-Unis, les banques ont relativement moins de prêts, et lorsqu'elles en octroient, elles peuvent les externaliser, et diminuer en conséquence les niveaux de capitaux exigés. Les nouvelles conclusions insensées de Bâle devront encore être appliquées dans les grandes juridictions mondiales, et il n'est pas même sûr à ce stade que les États-Unis appliqueront ces règles en totalité, notamment sur la partie relative aux risques de trading.

En plus d'instaurer d'elle-même une concurrence qui lui est particulièrement déloyale, l'Europe pourrait faire fuir les actionnaires. Car plutôt que de générer ces milliards d'euros de capital, les banques pourraient choisir de retenir leurs bénéfices et compresser la distribution de dividendes sur la période de transition. Ce qui, selon l'Autorité bancaire européenne ramènerait l'effort global de 135,1 milliards d'euros à seulement 59 milliards d'euros. Qu'il s'agisse de retenir ou de créer du capital, les établissements européens vont devoir engager des stratégies décisives pour rassembler les fonds.  

En une décennie, les banques de financement et d'investissement européennes ont perdu dix points de parts de marché sur le territoire de l'Union européenne, au profit quasi exclusif de leurs concurrentes américaines. En copiant un modèle inapproprié, l'Europe choisi manifestement d'ajouter d'elle-même davantage de haies que les coureurs américains, sur un parcours qu'elle avait perdu d'avance.

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