Rugy, Borne : une démission, une nomination, et (beaucoup) de questions
Il avait pourtant promis de ne "rien lâcher"... mais moins d’une semaine après les révélations de Mediapart sur le fastueux train de vie de François de Rugy lorsqu’il occupait le somptueux hôtel de Lassay en tant que président de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Écologie a donné sa démission hier au Premier ministre Édouard Philippe, quelques minutes avant l’ouverture des traditionnelles questions au gouvernement de l’Assemblée nationale où il devait se rendre. Cette démission, qui est intervenue quelques minutes avant la publication d’une nouvelle enquête de Mediapart concernant l’usage des indemnités parlementaires du désormais ex-ministre, pose des questions politiques plus importantes. D’une part, Emmanuel Macron vit son troisième été meurtrier : en 2017, les affaires Ferrand et Bayrou avaient entraîné un remaniement quelques semaines seulement après la nomination d’un premier gouvernement. L’année dernière, outre la piscine construite au Fort de Brégançon, c’était l’affaire Benalla qui avait parasité l’été de la présidence. Cette année, avec l’affaire Rugy, les yeux se tournent directement vers Emmanuel Macron : le chef de l’État a-t-il des difficultés à savoir s’entourer intelligemment ?
Certes, Emmanuel Macron lui-même ne pouvait prévoir ces révélations. Mais le fait est que personne, ou presque, au gouvernement, n’a défendu François de Rugy après les premières révélations de son affaire, signe que son poids politique est faible, beaucoup plus faible qu’une "prise de guerre" comme Nicolas Hulot par exemple, qui a d’ailleurs fini par démissionner de lui-même. Les parlementaires également ne se sont pas bousculés pour défendre l’ex-ministre, signe que son influence était encore plus faible qu’il ne pouvait l’espérer.
Depuis hier soir, désormais, nous savons qui est devenu la numéro deux dans l’ordre protocolaire : l'ancienne ministre des Transports Elisabeth Borne qui garde ses fonctions en plus du reste (les Transports dépendaient déjà du ministère de l'Ecologie, depuis Jean-Louis Borloo). Cette nomination surprise a étonné plus d'un observateur : le Président de la République regardant d’un œil bienveillant les deux secrétaires d’État Brune Poirson et Emmanuelle Wargon, dont ont aurait pensé qu'elles étaient favorites pour remplacer François de Rugy. La première ne cesse depuis plusieurs semaines de prendre de l’épaisseur médiatique avec ses différentes initiatives, tandis que la seconde a marqué positivement Emmanuel Macron lors de la séquence du "Grand débat national", où elle est apparue travailleuse et à l’écoute. Et pourtant, c'est bien la ministre des Transports -peu médiatique et difficilement à l'aise dans les médias- qui hérite du portefeuille de l'Ecologie. Encore une façon pour Emmanuel Macron de ne pas perdre la main avec une ministre qui ne lui fera pas d'ombre médiatique. Exit, donc, les hypothèses qui circulaient dans le tout-Paris depuis hier : des plus crédibles, à l’ancienne ministre de l’Écologie Ségolène Royal, aux plus fantaisistes comme Cédric Villani, par exemple.
La rapidité de cette nomination prouve également que l'exécutif était désireux de refermer la polémique Rugy, pour passer à autre chose et, ainsi, faire oublier les débuts de l'été qui s'annonçait meurtrier pour la macronie.
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