Politique européenne / Brexit / Hard Brexit / Boris Johnson / Emmanuel Macron / Angela Merkel
Politique européenne
Brexit / Hard Brexit / Boris Johnson / Emmanuel Macron / Angela Merkel
Brexit : où en sommes-nous ?
Malgré l'attitude plus conciliante de Boris Johnson lors de ses déplacements à Berlin puis à Paris la semaine dernière, ce dernier a réaffirmé que le Royaume-Uni "quitterait l’Union européenne le 31 octobre, quelle que soit la situation, avec ou sans accord". À l'approche de la date fatidique, la chancelière allemande Angela Merkel et le Président français Emmanuel Macron ont fait un premier pas vers le Royaume-Uni en déclarant qu'ils croyaient encore en la possibilité de trouver un accord dans les trente prochains jours. Cet étonnant changement de ton de la part des dirigeants européens tient à deux causes majeures.
Une première réponse consiste à comprendre que tout le monde serait perdant en cas de Brexit "no deal". Si les effets néfastes du côté britannique sont bien connus, allant d'une récession de l'économie à une pénurie alimentaire en passant par la hausse des frais téléphoniques et bancaires, elles le sont nettement moins concernant l'Union européenne. Or il s'agira dans tous les cas d'un choc négatif pour l'Europe qui souffre déjà d'une croissance faible. Comme le confirment les derniers calculs de l'institut allemand Ifo, les exportations du bloc européen en direction de la Grande-Bretagne chuteraient de 27 % dans le cadre d'un Brexit sans accord. Au niveau individuel, chaque pays serait touché à un degré variable mais tous seraient impactés, à un niveau plus ou moins important. L'Ifo estime par exemple que la croissance des Pays-Bas sera pénalisée de -1,64 %, celle de l'Allemagne de -0,72 %, celle de la France de -0,52 % et celle de l'Italie de -0,40 %. Le pire serait à envisager si le climat d'incertitude couplé à une évolution défavorable des taux de changes venait aggraver la situation. Pourtant, l'institut mentionne que la solution est simple : les deux parties doivent signer un accord de libre-échange ce qui "atténuerait définitivement toutes les conséquences négatives".
Une deuxième explication tient au fait que Boris Johnson ne peut plus jouer le "Donald Trump britannique" depuis sa défaite lors de l'élection législative partielle qui a réduit sa majorité à un seul siège. Au Royaume-Uni, le Premier ministre est sur le fil du rasoir avec une popularité qui ne dépasse pas le tiers de la population (31 %) quand Theresa May bénéficiait d'un soutien à hauteur de 48 % dès son arrivée au pouvoir. Boris Johnson n'a donc plus le luxe de dire ou faire ce qu'il veut. Sa position, qui pouvait apparaître confortable au lendemain de son élection, s'apparente désormais à un siège éjectable où un seul faux mouvement pourrait expulser hors des responsabilités le locataire du 10 Downing Street.
Même si les échanges s'adoucissent entre la Grande-Bretagne et les vingt-sept, la perspective d'un Brexit "no deal" est toujours l'issue la plus probable puisque l'ex-maire de Londres à posé ses conditions et qu'aucune entente n'est envisageable si l'Union européenne ne supprime pas le fameux "backstop irlandais", clause permettant d'éviter le retour à une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord. A l'issu du G7, "Bojo" s'est ainsi dit "à peine" plus optimiste sur la possibilité de trouver un accord. Chacun de son côté a déclaré que c'est à l'autre de faire un geste sur cet insoluble problème. "Tout pronostic que je fais sur un accord [...] dépend exclusivement de la volonté de nos amis et partenaires (dans l'UE) de s'engager sur ce point crucial, de laisser tomber le ''backstop''et l'accord de retrait actuel". Voilà où nous en sommes : toujours dans une situation qui semble bloquée.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

