Macro-économie / Taux / Etats-Unis / Courbe des taux / obligations
Macro-économie / Taux
Etats-Unis / Courbe des taux / obligations
L'inquiétante inversion de la courbe des taux américaine
La courbe des taux - qui est en fait la représentation graphique de la structure par échéance des taux d'intérêt - se retourne aux États-Unis. Or empiriquement, ces inversions des courbes précèdent souvent des récessions franches. Au contraire, dans un cycle économique positif où la solvabilité des emprunts d’États ne fait aucun doute, les rendements obligataires croissent de manière proportionnelle à la maturité des titres. Car ils rémunèrent le temps et l'incertitude du futur. Alors que le présent est une donnée sûre et vérifiée.
Lorsque la courbe des taux s'inverse, cela signifie que pour un même titre, les investisseurs requièrent une rémunération de l'instant présent supérieure à ce qu'ils exigent dans un futur lointain, par exemple dans dix ans. Encore autrement dit, l'incertitude courante est telle qu'elle doit être davantage rémunératrice que le prix de l'obscurité du temps. Dans le cas américain, le taux de rendement à deux ans est supérieur de 10 points de base ce matin à celui à dix ans. Et la maturité des taux courts - c'est-à-dire inférieurs à deux ans - continue de creuser l'écart. Preuve que la courbe des taux tend à s'inverser aux États-Unis.
Au-delà des anticipations auto-réalisatrices des agents économiques, l'aplatissement de la courbe des taux est aussi le résultat de la politique monétaire choisie par la Réserve fédérale, qui n'a eu de cesse d'élever son taux directeur, ce qui joue directement sur la hausse des taux courts, en influant sur le prix de la liquidité interbancaire à court terme. Entre l'année 2015 et 2018, la Fed a rehaussé son taux directeur de 0,5 % à 2,5 %. Même si la Banque des banques américaines a accordé une baisse de 0,25 point de base le 31 juillet dernier, cela ne devrait pas être suffisant pour inverser la tendance. Car la hausse des taux directeurs devrait toutes choses égales par ailleurs décourager les investisseurs des placements de long terme, ce qui réduit le prix des titres longs et augmentera leurs rendements. Or ce n'est pas le cas : les rendements diminuent.
Il se trouve aussi que le taux à dix ans est actuellement une valeur refuge pour les investisseurs, sur fonds de tensions commerciales. Washington a annoncé vendredi renforcer à compter du 1er octobre ses tarifs douaniers sur les importations chinoises. Vendredi 23 août, le Président américain Donald Trump a décidé de relever encore de cinq points de pourcentage les droits de douane sur 550 milliards de dollars de produits importés de Chine. Une réponse à un acte similaire effectué précédemment par la Chine. Le 10 ans américain plongeait alors de 100 points de base dans la journée.
Depuis 1960, les États-Unis ont déjà connu neuf inversions de la courbe des taux. Huit fois, le phénomène s'est soldé par une récession. Par exemple dans le cas des deux crises pétrolières successives de 1973 et 1979, et dans une moindre mesure dans celui de l'éclatement de la bulle internet en 2001. À chaque fois, dès les premiers aspects visibles de la crise, la courbe retrouve une allure normale notamment grâce à une politique monétaire accommodante, c’est-à-dire une baisse des taux directeurs de la Fed.
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