L'été de Carlos Ghosn
Cela fera bientôt un an que Carlos Ghosn a été arrêté par les autorités japonaises dans un aéroport de Tokyo, à la suite d'une enquête secrète de plusieurs mois lancée par les dirigeants de Nissan. Or, celui qui est désormais plus connu pour ses soucis, très médiatisés, que pour son parcours industriel, va devoir se défendre face à de nouvelles révélations le concernant.
Pour mémoire, l'homme d'affaires est soupçonné d'avoir dissimulé ses revenus aux autorités boursières, fait courir des pertes sur des investissements personnels à Nissan, effectuer des virements d'un compte de la compagnie au bénéfice d'un ami saoudien, en plus des avantages en nature reçus par l'homme dans le cadre d'une convention de mécénat signée par le Château de Versailles en 2016 et pour prolonger un week-end entre amis lors du carnaval de Rio l'an dernier. Sans compter les frais de scolarité pour les quatre enfants de Carlos Ghosn lorsqu'ils ont fréquenté l'Université de Stanford entre 2004 et 2005, un avantage estimé au moins à 600.000 dollars selon les barèmes de droits publiés par l'établissement scolaire.
Carlos Ghosn a passé l'été assigné à résidence au Japon, sans qu'aucune date de procès n'ait été décidée. Par ailleurs, il est toujours soumis à une interdiction de tout contact avec son épouse Carole, qui fait encore des pieds et des mains pour aligner les standards de la justice japonaise sur celle des autres pays du G7. Mais ces appels publics lancés au Président Emmanuel Macron ne devraient pas profiter du tout nouveau rebondissement dans l'affaire. Au total, 27,2 millions de dollars auraient atterri dans les caisses de Shogun Investments, un fonds créé en 2015 aux États-Unis et contrôlé par le patron déchu et son fils Anthony, dont le but était d'investir dans les start-up de la Silicon Valley. Des investissements qui auraient été financés grâce à de l'argent de Nissan détourné, ce que la justice japonaise considérerait comme l'un des volets les plus explosifs de ce dossier.
Tous ces millions provenaient de l'entreprise fondée à Beyrouth par l'avocat personnel de l'homme d'affaires, feu Fadi Gebran, du nom de Good Faith Investment (GFI), "bonne foi" en langue anglaise. Or il se trouve que la seule source de financement de GFI était Divyendu Kumar, directeur général de Suhail Bahwan Automobiles, le distributeur de Nissan à Oman. Suhail Bahwan Automobiles aurait reçu plusieurs versements de 10 millions de dollars de la part de Nissan pour des "primes". Selon les résultats de l'enquête préliminaire qui ont fuité, Renault aurait également versé 11 millions de dollars à Suhail Bahwan Automobiles, qui aurait reçu au total 43 millions de dollars de la part des deux constructeurs automobiles anciennement dirigés par Carlos Ghosn. Ce que l'homme récupérait au travers de son fonds Shogun Investments et qui lui aurait permis d'investir 19 millions de dollars entre 2015 et début 2019 dans plusieurs dizaines de start-up. Selon les rumeurs, Anthony Ghosn aurait profité d'un peu plus de 5 millions de dollars pour lancer sa propre entreprise numérique innovante.
C'est pourquoi comme l'an dernier, la rentrée 2019 devrait elle aussi être empreinte d'une actualité brûlante sur celui qui est déjà soupçonné d'abus de biens sociaux, de fraudes fiscales et de malversations financières diverses. Et à sa femme Carole d'ajouter un sixième refus de la part des autorités japonaises à sa volonté de visite, qui dit attendre avec impatience le jour où il sera blanchi, et sa famille réunie.
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