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Macron obligé de remettre les mains dans le cambouis
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État est à nouveau sur tous les fronts. Avec la réforme des retraites bien sûr dont il essaye de démystifier le caractère anxiogène, avec le débat qui s’annonce sur l’immigration, ou avec les problèmes de l’hôpital. Sa seule absence criante, et très remarquée, a été à Rouen, où le gouvernement a manifestement sous-estimé les conséquences de l’incendie de Lubrizol.

06/10/2019 - 06:50 Temps Lecture 19 mn.

 

Après avoir montré, depuis son retour de vacances, sa volonté de replonger dans le grand bain des affaires internationales avec le G 7 de Biarritz puis l’assemblée générale des Nations Unies et surtout ses efforts pour ramener la Russie dans le champ européen, Emmanuel Macron ne sacrifie rien aux affaires intérieures, même si Édouard Philippe est celui qui porte les réformes. Preuve en est que le dernier séminaire gouvernemental a été présidé par le Chef de l’État de lui-même. Et c’est à la suite de cette réunion destinée à mobiliser les ministres qu’a fuité le fait que le Président de la République serait doté d’une application lui permettant de suivre l’avancement des travaux de ses ministres.

On l’a vu cette semaine, avec le premier débat d’explication de la réforme des retraites à Rodez, jeudi après-midi, en dépit de l’attentat qui avait eu lieu quelques heures plus tôt au sein même de la Préfecture de Police. Le président de la République a d'abord demandé une minute de silence pour les victimes de l'attaque meurtrière à la préfecture de police de Paris. Il a ensuite répondu aux questions de quelque 500 lecteurs du groupe de presse La Dépêche sur le futur système à points, qui va fusionner les 42 régimes existants. Que faut-il retenir des déclarations du chef de l'État dans cet exercice à visée pédagogique et devant un auditoire en partie rural, à quelques mois des élections municipales ?

 

Une réforme plus juste pour les femmes…

 

Emmanuel Macron a martelé que le système conçu en 1945 n'est plus adapté à la réalité d'aujourd'hui, avec des carrières plus hachées qu'autrefois. Comme l'avait déjà fait le Premier ministre Édouard Philippe devant le Conseil économique, social et environnemental le 12 septembre, il a déclaré qu'il n'y avait pas de raison, à métier identique, d'avoir des retraites différentes. Le chef de l'État a cité notamment les infirmières qui n'ont pas la même retraite selon qu'elles sont salariées de l'hôpital ou infirmières libérales. Il a aussi mentionné les chauffeurs de bus, qui ne partent pas au même âge selon qu'ils sont à la RATP, avec un régime spécial, ou dans une autre entreprise.

Il a donc défendu l'équité de sa réforme. Le principe de répartition est maintenu dans le système à points, a-t-il rappelé. Le chef de l'État a assuré que le futur système à points serait plus solidaire que le système actuel. Il a promis qu'à terme, aucune retraite pleine ne serait inférieure à 1 000 euros par mois. Il a également promis que le système serait plus juste pour les femmes, notamment pour celles qui ont une carrière hachée. Puisque 20 % des femmes travaillent jusqu'à 67 ans aujourd'hui, pour avoir la retraite à taux plein. Selon le rapport Delevoye, rendu en juillet par le haut-commissaire à la réforme des retraites, le nouveau système sera plus favorable que le système actuel pour les rémunérations les plus faibles et pour les femmes qui sont très nombreuses dans ces catégories. Mais les modalités restent à définir.

 

…mais qui ne va pas générer d’économies

 

S'il a assuré que l'âge légal serait inchangé, Emmanuel Macron a néanmoins évoqué l'éventuelle nécessité de définir un âge pivot, durant l'actuelle concertation. C'est à partir de cet âge seulement qu'on pourra bénéficier d'une retraite pleine, sans décote. Il ne faut pas se mentir, il faudra cotiser plus, à cause de l'évolution démographique et de l'allongement de la vie, a-t-il mis en garde. En remettant ce sujet de l’âge sur la table le Chef de l’État continue d’entretenir la confusion lancée au lendemain du G 7 sur une réforme bâtie autour de la notion d’âge ou autour de la durée de cotisation.

C’est peu de dire que le président a mouillé la chemise sur ce sujet dont il perçoit l’aspect anxiogène pour beaucoup de Français. Cependant, c’est lui qui a souhaité que la préparation de la réforme enjambe les municipales. Et plus le temps va s’écouler, plus les critiques au nouveau système vont apparaître. Avec notamment le fait que cette réforme ne génère aucune économie à la grosse différence de la réforme menée par Éric Woerth en 2010, qui avait permis de rétablir l’équilibre du système de retraites au cours des années suivantes. C’est là d’ailleurs ce qui oppose le Medef et la CFDT. Cette dernière souhaite que la réforme se fasse à euro constant. Alors que l’organisation patronale demande, fort logiquement, qu’elle permette de générer des économies et de retrouver un équilibre financier.

 

Cafouillage au sein d’En Marche sur l’immigration

 

S’agissant de l’immigration, sujet très clivant pour sa propre majorité, le Chef de l’État a semblé faire un pas de côté cette semaine. Il a déclaré mardi, devant le Conseil de l'Europe, que le droit d'asile disparaîtrait si aucune mesure n'était prise pour lutter contre son contournement, voire son détournement. Dans un discours devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe à Strasbourg, le chef de l'État a de nouveau insisté sur la nécessité de réformer la maîtrise des flux migratoires et la protection du droit d'asile. Avec près de 110 000 demandes de droit d'asile, la France se situait en 2018 au quatrième rang selon l'OCDE, juste derrière la Turquie et l'Allemagne. Mais alors que les demandes sont à la baisse en Allemagne, elles ont augmenté de 20 % en France en 2018 pour la seconde année consécutive, avec de nombreux dossiers albanais et géorgiens que les pouvoirs publics estiment largement infondés.

Les débats parlementaires sur l'immigration, prévus lundi 30 septembre à l'Assemblée nationale et mercredi 2 octobre au Sénat, ont été reportés aux 7 et 9 octobre, en raison du deuil national en hommage à Jacques Chirac. Le débat sensible sur l'immigration doit se tenir au Palais Bourbon en présence du Premier ministre, Édouard Philippe, et des principaux ministres concernés, dont Christophe Castaner, Jean-Yves le Drian et Agnès Buzyn. À l’issue du grand débat national, Emmanuel Macron avait annoncé fin avril un débat annuel au Parlement sur la politique migratoire. Le Chef de l’État a peu apprécié que plusieurs personnalités de son camp prennent en exemple les dérives de l’Aide Médicale d’État pour justifier ce débat sur l’immigration. C’est la raison pour laquelle, là encore, il a décidé de mettre lui-même les mains dans le cambouis.

 

Un emploi américain toujours satisfaisant

 

Au chapitre économique il faut noter la bonne résistance du marché du travail américain. L'emploi aux États-Unis a continué de croître en septembre et le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau depuis près de 50 ans à 3,5 %, des chiffres qui apaisent en partie les craintes de voir la première économie du monde se rapprocher de la récession sur fond de tensions commerciales. Le rapport mensuel du département du Travail montre toutefois que les salaires ont stagné le mois dernier et que l'emploi manufacturier a reculé pour la première fois en six mois tandis que le secteur de la distribution continuait de réduire ses effectifs.

Ces chiffres ont été publiés après une série d'indicateurs économiques inférieurs aux attentes, parmi lesquels un indice d'activité industrielle au plus bas depuis plus de dix ans et une croissance dans les services au plus bas depuis 2016, qui ont ravivé les craintes de récession. Alors que l'économie américaine prolonge l'une des plus longues phases d'expansion de son histoire, ces craintes sont alimentées entre autres par les tensions commerciales avec la Chine, qui pèsent sur la confiance et l'investissement des entreprises ainsi que sur l'activité industrielle. Les chiffres de vendredi suggèrent toutefois que l'emploi reste immunisé contre les retombées du conflit entre Washington et Pékin : en septembre, le nombre de créations d'emplois non-agricoles ressort à 136 000 après 168 000 (révisé) en août. Les économistes et analystes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un chiffre de 145 000 après celui de 130 000 annoncé initialement pour août.

 

Les marchés de plus en plus attentifs au spectre d’une récession

 

En dépit de ces chiffres satisfaisants, la crainte d'une récession généralisée qui pèse sur les marchés financiers depuis plus d'un an vient d'être alimentée par des signes concrets attestant d'une contagion des maux du secteur manufacturier à celui des services, relativement épargné jusqu'à présent. Le conflit commercial entre les États-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux, qui continue de jouer son rôle d'accélérateur de l'essoufflement de l'économie mondiale, menace ainsi clairement de précipiter la mort d'un cycle économique particulièrement vieux. L'inquiétude des intervenants de marché les conduit à anticiper désormais massivement une nouvelle baisse de taux par la Réserve fédérale à la fin du mois, alors qu'ils étaient encore très partagés il y a quelques jours.

La dernière vague d'alertes a commencé à déferler mardi avec la publication d'un indice ISM manufacturier traduisant une contraction de l'activité du secteur aux États-Unis en septembre. Cette annonce a précipité les indices boursiers dans le rouge et fait grimper la volatilité des deux côtés de l'Atlantique. Le lendemain, mercredi, les investisseurs apprenaient que le secteur privé américain avait créé moins d'emplois qu'attendu en septembre et l'Organisation mondiale du commerce autorisait Washington à appliquer des droits de douane sur 7,5 milliards de dollars d'importations de l'Union européenne par an, une décision liée à la querelle sur les aides publiques accordées à Airbus.

 

La zone euro était à l’arrêt en septembre

 

Résultat : l'une des pires journées de l'année pour les Bourses européennes avec un notamment un repli de plus de 3 % pour le CAC 40. D'autres mauvaises nouvelles allaient suivre avec la publication, jeudi, des résultats des enquêtes réalisées par IHS Markit auprès des directeurs d'achat (PMI) montrant que le secteur privé de la zone euro avait calé le mois dernier. L'économie de la zone euro s'est arrêtée en septembre, les enquêtes PMI dressant le tableau le plus sombre depuis le début de la période d'expansion en cours, mi-2013, a commenté Chris Williamson, chef économiste d'IHS Markit. Le ralentissement montre également des signes de propagation du secteur manufacturier vers celui des services.

Dans ce contexte, une récession technique, soit deux trimestres consécutifs de contraction du produit intérieur brut, paraît désormais inévitable pour l'Allemagne, première économie d'Europe, en première ligne dans la guerre commerciale en raison de sa forte dépendance à l'exportation de sa production industrielle. Quelques heures plus tard, on apprenait que l'indice ISM évaluant l'activité des services aux États-Unis était tombé à son plus bas niveau depuis trois ans en septembre. Wall Street a d'abord baissé avant de se retourner à la hausse sur des anticipations que l'accumulation des signes inquiétants conduise la Fed à annoncer une nouvelle baisse de taux lors de sa prochaine réunion.

 

Tensions importantes sur le marché interbancaire

 

Si l'emploi résiste encore, comme nous le rappelons plus haut, les services, soutien essentiel de l'économie américaine, paraissent donc affectés à leur tour par le ralentissement qui a frappé en premier lieu l'industrie, ce qui n'est pas rassurant du tout. La question clé, désormais, porte sur le moment à partir duquel la récession des entreprises aura un impact sur le consommateur, ce qui nous mènera à une récession complète. Il faudrait encore parler, pour l'Europe, de l'interminable feuilleton du Brexit, avec la menace toujours présente d'un divorce sans accord entre Londres et Bruxelles, et aussi, pour les États-Unis, de la peur d'un assèchement du crédit que viennent de raviver les tensions observées sur le marché interbancaire.

Pas vraiment de quoi se réjouir, donc, même si une embellie reste possible sur le front du commerce à quelques jours de la reprise des négociations entre Washington et Pékin. Certains font valoir que les deux camps ont intérêt à une forme d'accord mais d'autres leur répondent que la lutte à laquelle se livrent les deux géants pour la suprématie mondiale n'est pas près de s'éteindre. Autre élément d'espoir, tout au moins de soutien pour les actifs risqués, la promesse faite par les grandes banques centrales de rester accommodantes pour contrer le risque d'une entrée de l'économie mondiale en récession.

 

En attendant les interventions de Powell lundi et mardi

 

La mise en place de politiques monétaires plus souples est l'une des principales raisons pour lesquelles le risque d'une récession mondiale à court terme nous paraît limité, écrit le responsable mondial de la recherche pour le BlackRock Investment Institute, dans une note étonnamment optimiste publiée juste avant les résultats des dernières enquêtes sur l'activité des services aux États-Unis. Des conditions de financement plus accommodantes devraient, selon cet expert, réduire la probabilité que la faiblesse du secteur industriel global se traduise par un ralentissement plus marqué de l'économie. Ce qui l’autorise à prévoir une reprise de la croissance mondiale au cours des six à douze prochains moins, à mesure que les politiques de relance vont se répercuter sur l'économie mondiale.

Les stratèges de Citi partagent son point de vue et pensent que les banques centrales continueront à porter les actions, notamment aux États-Unis, où l'actuel mouvement de hausse, qui dure depuis dix ans, est selon eux, "vieux mais pas mort". S'ils reconnaissent que la menace d'une récession est le principal risque pesant sur les marchés, ils n'en voient pas moins les actions mondiales progresser encore de 9 % d'ici à fin 2020. D'autres considèrent que les largesses des instituts d'émission ont atteint leurs limites et qu'il est urgent que les politiques de relance budgétaire prennent leur relais. Ils n'en écouteront pas moins attentivement les discours que doit prononcer lundi et mardi le président de la Réserve fédérale, Jérôme Powell, et décortiqueront soigneusement les comptes rendus des réunions monétaires de septembre de la Fed, mercredi, puis de la Banque centrale européenne, jeudi.

                                                                                                                                                    Yves de Kerdrel

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