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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Macron au four et au moulin
par Yves de Kerdrel

Le moment d’unité nationale lié à l’attentat terroriste qui a frappé quatre membres de la Préfecture de Police aura été bref. D’une part il a remis sur la table les problèmes de sécurité intérieure, au-delà de la question de la personne de Christophe Castaner. D’autre part, la révocation de Sylvie Goulard par les députés européens de son poste de Commissaire a choqué et affaibli le Chef de l’État.

13/10/2019 - 06:45 Temps Lecture 17 mn.

 

Emmanuel Macron a rarement eu le visage aussi grave mardi dernier, lors de l’hommage national aux quatre policiers et agents administratifs de la Préfecture de Police assassinés froidement au couteau par un français, habilité secret-défense, et converti à un islam très radical. On pouvait percevoir l’angoisse et la responsabilité du Chef de l’État dans son regard, sur le lieu même de l’attentat. Comme s’il se disait : que puis-je faire contre une hydre islamiste qui arrive même à pénétrer la direction du renseignement de la Préfecture de Police. L’armée compte des fichés S. La Marine nationale en a débarqué une trentaine du Charles de Gaulle il y a quatre ans au non du principe de précaution.

Mais cette fois-ci, le Chef de l’État n’avait pas besoin de parler. On sentait chez lui une prise de conscience terrible. Celle d’un état gangrené par une cinquième colonne. Et du coup la difficulté de lutter contre ce péril islamiste tout en évitant de faire un amalgame entre islam et islamisme. C’est dire si la question du remplacement ou non de Christophe Castaner était, à ce moment-là, très loin de ses pensées. Bien sûr le Ministre de l’Intérieur n’inspire aucune confiance, au-delà de ses bourdes. Or ce que l’on demande au premier flic de France, c’est uniquement de terroriser les terroristes comme l’affirmait si justement Charles Pasqua. Avec Christophe Castaner, c’est évidemment raté. Mais Emmanuel Macron ne le lâchera pas. En tout cas pas tout de suite. D’autant plus qu’il est l’invité jeudi prochain de Léa Salamé et de Thomas Sotto à l’occasion de leur émission politique "Vous avez la parole" sur France 2.

 

Les mains dans les investitures municipales

 

En dehors des suites de cet attentat, Emmanuel Macron a été contraint, comme nous l’annoncions la semaine dernière, de remettre les mains dans le cambouis. D’abord en réglant les conflits qui se multiplient à l’occasion des investitures pour les Municipales. Il a donc tranché en faveur de Gérard Collomb qu’il a investi pour la Métropole de Lyon. Ce qui ne règle pas complètement le problème. Puisque son ennemi, David Kimelfeld, n’entend pas se laisser marcher sur les pieds. À tel point qu’il a donné rendez-vous à ses partisans mercredi soir afin de montrer qu’il n’entend pas se plier au diktat présidentiel. À Bordeaux le candidat La République En Marche ne veut pas se désister alors que les sondages le donnent loin derrière le successeur (Les Républicains) d’Alain Juppé et les Écologistes.

Plus ça va, plus la question des municipales, à laquelle le Chef de l’État attache une grande importance, risque d’être problématique pour le parti présidentiel. Un sondage réalisé par IFOP-Fiducial pour la société Territoires formation et conseil et le cabinet de lobbying Public & Private Link montre que, majoritairement, les électeurs sont prêts à renouveler leur confiance aux maires sortants. Ainsi, 54 % des sondés disent souhaiter qu’à l’issue de son mandat, en 2020, leur maire actuel soit réélu (+ 4 points par rapport à octobre 2017). Paradoxalement, c’est chez les électeurs d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle de 2017 que ce pourcentage est le plus élevé (61 %), alors qu’ils n’ont pas ou peu de maires issus de leurs rangs. Et pour cause puisque le mouvement n’existait pas en 2014, si l’on excepte la sensibilité Modem de la majorité.

 

Les macronistes contre un "dégagisme" des maires actuels

 

C’est aussi chez eux que se trouve le plus fort taux de satisfaction à l’égard de leur maire (70 % pour une moyenne nationale de 64 %) ou de satisfaits du travail accompli par l’équipe municipale sortante (71 % pour une moyenne de 63 %). Les électeurs macronistes ne semblent pas vouloir renverser la table à l’occasion de ces élections municipales. L’autre volet de l’enquête IFOP-Fiducial porte sur les attentes des électeurs. Au premier rang des enjeux déterminants pour le choix aux municipales arrive la sécurité des biens et des personnes (68 %), suivie par le niveau des impôts locaux (64 %) – et ce, alors qu’a été engagée une suppression progressive de la taxe d’habitation –, la gestion des finances et de la dette de la ville (62 %), l’offre de soins et les services de santé (59 %), la propreté et l’entretien de la ville (57 %), l’emploi et le développement économique (53 %).

À côté de ce sujet-là et en pleine période de Castaner-bashing, l’Assemblée Nationale a débattu sans vote de la question de l’immigration. Débat pour le moins décevant, dans la mesure où chacun est resté sur sa posture. Le Premier Ministre a bien avancé l’idée des quotas par nationalité et par qualifications professionnelles mais sans détailler le mécanisme qui permettrait l’instauration de ces quotas. Agnès Buzyn a défendu l’Aide Médicale aux Étrangers tout en affirmant qu’il ne fallait pas qu’elle soit dévoyée. Bref il s’agissait d’une opération de communication, mal préparée, et de surcroît sur un sujet où le gouvernement n’est pas à son aise. Car cela fracture son camp. Car ce n’est pas dans ses préoccupations principales. Et parce qu’au moment où un Zemmour tient des propos outranciers, il ne veut pas ouvrir la Boîte de Pandore.

 

Quel rôle pour Baroin après les élections chez les Républicains ?

 

Les élections à la Présidence des Républicains ont commencé hier à 20 heures comme le prévoyaient les modalités fixées par la Haute Autorité du Parti jusqu'à ce soir 20 heures et, dans le cas où la majorité absolue des suffrages ne serait pas obtenue au premier tour, le second tour aura lieu samedi 19 octobre 2019 à partir de 20 heures jusqu'au dimanche 20 octobre 2019 à 20 heures Il semble que Julien Aubert, qui se définit comme Séguiniste, ait rallié un certain nombre de militants, notamment du sud de la France, pendant sa campagne. Mais Christian Jacob reste le grand favori, et il ne s’est même pas donné la peine de faire campagne. Au cas où il y a un second tour, Guillaume Larrivé et Julien Aubert ont conclu un pacte pour que leurs électeurs se reportent sur celui des deux qui devra affronter Christian Jacob.

Toute la question est désormais de savoir si l’actuel Président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Nationale mettra en chantier la reconstruction idéologique, financière, et populaire du parti, ou bien s’il se contentera de jouer le rôle du pape de transition en préparant le terrain à un François Baroin que beaucoup voudraient voir jouer un rôle national. Notamment à l’occasion des élections présidentielles de 2022. Une chose est certaine, Christian Jacob est le candidat adoubé par Nicolas Sarkozy qui parle régulièrement avec le Maire de Troyes dont il a toujours été très proche et qu’il avait nommé à Bercy contre l’avis de la plupart de ses conseillers.

 

Le cas Goulard et l’humiliation pour la France

 

Au chapitre économique il faut souligner le fort mécontentement d’Emmanuel Macron après le refus des députés européens d’agréer Sylvie Goulard comme Commissaire Européenne au Marché intérieur à l’issue de son deuxième grand oral. Les verts en avaient fait une question de principe. Et le problème, c’est que "révocation" affaiblit la position de la France en Europe. Le Chef de l’État va même jusqu’à confier à ses proches que c’est la revanche de tous ceux qui n’avaient pas apprécié qu’il joue un rôle moteur, en juin dernier, dans la désignation des quatre principaux postes à Bruxelles. Le résultat, c’est qu’Ursula Von der Leyen est également affaiblie. Ce qui augure mal de cette nouvelle commission, dont la feuille de route est pourtant ambitieuse.

Dans un peu moins de trois semaines, Christine Lagarde, qui a fait ses adieux au FMI, va arriver en terrain quelque peu miné, dans la mesure où plus les jours passent plus on apprend que la contestation a enflé au sein de la BCE à l’égard des dernières mesures décidées par Mario Draghi. La reprise des achats d'obligations et la modulation du taux de dépôt de la Banque centrale européenne ont suscité l'opposition la plus marquée lors de la réunion de politique monétaire de septembre même si les nouvelles mesures de soutien ont été approuvées au final, montre le compte rendu publié jeudi dernier.

 

Les langues se délient à la BCE contre Draghi

 

La BCE avait annoncé le 12 septembre une baisse de 10 points de base de son taux de dépôt, la relance de son programme d'achats d'actifs et la mise en place d'un mécanisme de modulation du taux de dépôt visant à atténuer son impact sur les comptes des banques. Mais plus d'un tiers des membres du Conseil des gouverneurs, dont les représentants de la France et de l'Allemagne, se sont opposés à la reprise de l'assouplissement quantitatif. Ces opposants ont déclaré qu'en poursuivant ses achats d'obligations, la BCE prenait le risque de remettre en cause les limites qu'elle s'est elle-même fixées en la matière, explique le compte rendu.

Un certain nombre de membres ont estimé que les arguments en faveur d'une reprise des achats nets d'actifs n'étaient pas suffisamment forts, soit parce qu'ils les considéraient comme un instrument moins efficace, soit parce qu'ils les considéraient comme un instrument de dernier recours. Le compte rendu montre aussi que certains membres du Conseil étaient disposés à soutenir une baisse de 20 points de base du taux de dépôt à condition que le plan de soutien exclue la reprise des achats d'actifs. Des réserves ont aussi été exprimées sur la modulation du taux de dépôt, adoptée à une majorité des membres du Conseil alors que la baisse de taux était votée à une très large majorité.

 

Les banquiers anglais préparent le pire pour le 21 octobre

 

Concernant l’autre gros dossier du moment, le Brexit, à trois semaines de l’échéance décisive, le négociateur européen Michel Barnier a dit avoir eu un entretien constructif avec le secrétaire d'État britannique chargé du Brexit Stephen Barclay vendredi matin à Bruxelles. "Soyez patients", a toutefois lancé aux journalistes le négociateur en chef européen à la sortie de son entretien. Nous travaillons à un accord, a dit quant à elle la porte-parole de la Commission européenne Mina Andreeva. Surtout, le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a estimé jeudi, après avoir rencontré son homologue britannique Boris Johnson, que Bruxelles et Londres étaient capables de sceller un accord sur la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne avant la fin du mois.

Si la date clé du Brexit reste fixée au 31 octobre, de fortes turbulences pourraient agiter les marchés financiers dès le 21, date à laquelle une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans accord négocié risque de devenir définitivement inévitable, expliquent plusieurs banquiers. Selon nos informations des plans d'urgence sont déjà prêts afin de faire face à un mouvement de panique affectant les actions, les obligations et les devises dès le lundi 21 octobre. Et des traders se préparent à manger et dormir sur leur lieu de travail pour assurer une permanence 24 heures sur 24 à partir de cette date.

La loi dite "Benn Act" adoptée par le parlement britannique le mois dernier prévoit que si Londres n'a pas conclu un accord avec les autres pays de l'Union Européenne lors du Conseil européen de jeudi prochain, le Premier ministre, Boris Johnson, devra solliciter un report du Brexit au plus tard le 19 octobre. Les députés se réuniront en séance extraordinaire ce jour-là - un samedi, alors que la Chambre des communes ne siège habituellement pas le week-end - pour débattre de la suite des événements. Le lundi 21 octobre, donc le premier jour ouvré suivant ce débat, pourrait donc être marqué par d'importants mouvements de marché.

 

Senard tire un trait sur l’ère Ghosn

 

Concernant le business l’évènement de la semaine est la révocation de Thierry Bolloré de son poste de directeur général de Renault. Vendredi, dans la matinée, le conseil d’administration du groupe au losange, convoqué en urgence, a révoqué avec effet immédiat Thierry Bolloré, son directeur général depuis janvier. Aucun administrateur n’a voté contre. En attendant de trouver un successeur, la directrice financière de Renault, Clotilde Delbos (52 ans), a été nommée directrice générale par intérim. La quête d’un nouveau directeur général en titre devrait être lancée dans la foulée. Le communiqué du conseil d’administration précise que Clotilde Delbos sera assistée par les patrons du commerce et de la production, respectivement Olivier Murguet et José-Vicente de los Mozos.

Le conseil a surtout reproché à son dirigeant opérationnel la médiocre performance financière du constructeur français en 2019. Entre janvier et juin, les bénéfices ont plongé de 50 % à 1 milliard d’euros. Les premiers éléments financiers concernant le second semestre ne semblent pas conformes aux attentes. Selon nos informations, le ton lors de la réunion était plutôt vindicatif envers Thierry Bolloré, certains administrateurs fustigeant, en plus du bilan économique, son management des hommes et des femmes du losange. La convocation d’un conseil d’administration pour examiner le cas Bolloré n’était cependant pas planifiée aussi rapidement. Jean-Dominique Senard, le président de Renault ainsi que l’État, avait prévu de patienter jusqu’au conseil du 18 octobre pour statuer sur le sort de son dirigeant. Le conseil était programmé de longue date pour éplucher les comptes du troisième trimestre. Mais, des fuites dans la presse ont précipité les événements.

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