éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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De la folie turque au drame kurde
par Yves de Kerdrel
Après le quiproquo des Américains sur leur départ du Kurdistan, les Turcs ont lancé l’offensive contre les Kurdes qu’ils considèrent comme des terroristes. Alors que ce sont eux qui nous ont débarrassés de l’État Islamique. Tout cela dans une quasi-indifférence de la Communauté internationale. Alexandre Adler explique pourquoi Erdogan joue son propre sort dans cette sinistre affaire.
Au-delà de l’indignation que personne ne peut aujourd’hui cacher devant cette espèce de "bonheur dans le crime" que nous sommes en train d’accorder à nos pseudo-alliés turcs - membres à éclipse d’une Otan qu’ils invoquent de temps à autre quand cela les arrange - nous sommes surtout les témoins médusés d’une crise politique que beaucoup espèrent terminale : le régime Erdogan à Ankara.
Mais pour essayer de comprendre ce qui demeure, non seulement scandaleux, mais parfaitement opaque, peut-être faut-il ne pas perdre ici la mémoire indispensable de ce feuilleton qui a tout de même commencé par la tentative ratée d’une armée turque, beaucoup plus rationnelle et beaucoup plus saine sur le fond des choses, de prendre le pouvoir face à un Erdogan encore en pleine possession de ses moyens.
Une Turquie totalement isolée
Autrement dit, avant qu’elle ne puisse agir sans risque exagéré, l’armée turque qui n’a pas perdu - en majorité - son désir de régler son compte à son chef islamiste autant que forcené, demande à très juste titre, des garanties de ne plus, cette fois-ci, jouer les dindons au profit de l’homme qui a bel et bien perdu, au suffrage universel toutes les élections libres. Autant de scrutins qui lui ont été imposés par une opinion turque enfin capable de juger plus sainement qu’autrefois la nocivité de l’AKP et de ses séides les plus abrutis.
Or, dans cette affaire, ce qui a changé radicalement, c’est l’effondrement des anciens alliés indéfectibles des islamistes turcs, leurs proches cousins iraniens. Dans la débandade générale qui affecte aujourd’hui le régime de Téhéran, presque tout devient possible. Et dans la prise de pouvoir, de plus en plus inexorable, du nouveau maître d’une Arabie qui n’est déjà plus "saoudite", à proprement parler, c’est l’incroyable Jubeir (le ministre des affaires étrangères du Royaume) qui décide désormais de la manne pétrolière. Une manne dont l’usage ne sert même plus à cette fiction qu’est devenu MBS (le Prince héritier Mohamed Ben Salmane), lequel, lui non plus, n’a pas voix au chapitre et ne peut donc venir au secours d’un Erdogan en quasi-faillite pour lui refaire son plein d’essence ou de dollars.
L’Iran se lave les mains
Bref, les Pasdaran, ont beaucoup trop à faire en Iran pour se maintenir face à la contestation populaire largement majoritaire et les Turcs n’ont plus comme trésorerie que les ressources d’un état, qui, conspue son chef et attend l’occasion d’un ultime coup d’État salvateur.
Alors, comment Erdogan a-t-il pu se lancer dans un coup d’audace aussi dangereux pour sa propre survie ? Sans doute parce que faute de choix, il ne lui restait comme seule solution que celle d’avoir recours au "patriotisme" ou plutôt "au chauvinisme turc le plus grossier", puisque ce patriotisme est toujours l’argument et l’arme réservées à toutes les canailles.
Russes, Israéliens, et Américains restent en retrait
Les Kurdes, qui ont basculé, mais bien tard, dans un bon sens démocratique et humain, que l’on aurait attendu d’eux depuis fort longtemps, subissent, avec l’indignation de la communauté internationale, le contrecoup de cette ultime palinodie. Mais - nous en faisons le pari ici - le moins longtemps possible, à cause des forces de frottements qui vont gêner ce dernier coup du sort. Les Kurdes armés et aidés par un peu tout le monde, mais d’abord et avant tout par leurs vieux alliés russes. Ainsi que par des Américains - qui malgré tous les brames isolationnistes de Donald Trump – restent très présents en sous-main, pour fournir les armes et le matériel nécessaires. Sans compter les Israéliens qui n’entendent pas laisser le champ libre aux Turcs qui n’ont cessé de les conspuer. Bref toutes les forces saines qui peu à peu joueront, les unes après les autres, les forces de frottement, permettant à la justice de triompher contre les ultimes résidus d’Al Qaida.
Vers une possible riposte internationale
Il faut se rappeler des scènes surréalistes durant lesquelles Erdogan avait réussi à étouffer l’ultime tentative hostile de l’armée contre sa personne. Et ceci explique très clairement le vent de folie avec lequel il joue encore, mais dans la rage et le désespoir. À tel point que tous ses ennemis sont aujourd’hui ligués contre lui. Les Israéliens et les Russes plus que quiconque. Or ces deux puissances maintenant alliées par la volonté de Benny Gantz et de Poutine, pour ne pas parler de Benyamin Netanyahou qui joue encore son sursis, ont bien l’intention de faire échouer l’ultime gambit de leur adversaire à Ankara. Et cela, bien sûr, avec l’aide bien compréhensible du Président Macron, qui va tout faire pour mettre fin à cet épisode terrible et dont les victimes kurdes se compteront en quelques milliers.
Il reste à imaginer que, cette fois-ci encore, avant les inévitables contrecoups, ce bluff ultime d’un Erdogan aux abois, se solde par la création d’une zone réservée à Daech, aussi éphémère que l’on voudra, sous protectorat turc. À ce moment-là, la riposte devra être internationale et vite résolue. Une telle initiative turque ne sera tolérée par personne et on trouvera les moyens de l’habiller d’arguments plus ou moins recevables. Espérons que dans les jours qui viennent, nous serons les témoins de cette issue favorable, affecter toute la Turquie et la libérer, du poids il est vrai impressionnant, des imbéciles qui ont pesé sur le destin de ce peuple pourtant si remarquable.
Alexandre Adler
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