Portrait de Lindsay Hole, nouvel homme fort du Brexit
Jeudi 31 octobre le président de la Chambre des communes John Bercow a laissé la place du fauteuil en cuir au député travailliste Lindsay Hoyle. Après une décennie entière, John Bercow, aux répliques souvent acerbes, a su dépoussiérer la fonction, abandonnant certains éléments de la tenue traditionnelle comme la perruque. Mais plus encore, John Bercow laisse derrière lui une place délicate en plein mouvement Brexit, accusé d'avoir enfreint son devoir de neutralité en mettant des bâtons dans les roues d'abord à Theresa May puis à Boris Johnson lorsqu'ils ont tenté d'accélérer les démarches de retrait. C'est aussi lui qui a permis l'adoption de la loi Benn, obligeant le gouvernement à demander à l'Union un report dans le cas où les députés ne s'étaient pas mis d'accord avant le 19 octobre.
Voilà pourquoi le nouveau speaker sera particulièrement zieuté par les parlementaires et la presse internationale pour son devoir de neutralité et de transparence. Cela tombe bien, c'est exactement ce que Lindsay Hoyle, 62 ans, a promis de faire devant la Chambre des communes. L'ex-député s'était fait remarquer lorsqu'il avait sermonné les nationalistes écossais en 2017 qui chantaient l'hymne européen en pleine séance parlementaire. Désormais plus discret sur ses opinions, il a choisi de ne pas révéler ce pour quoi il avait voté lors du référendum de 2016, lors duquel les Britanniques ont dû choisir le Leave ou le Remain.
Pour Lindsay Hoyle, Westminster c'est son terrain de jeu. Élu pour la première fois il y a vingt-deux ans, il était aussi le Premier adjoint de John Bercow depuis 2010, et a déjà occupé le rôle de chef d’orchestre à la chambre basse du Parlement britannique. Originaire du nord-ouest de l’Angleterre (dont il garde un accent très prononcé), Lindsay Hoyle a défendu hier pour son arrivée l’égalité du droit à la parole des députés mais s’est aussi posé en défenseur de leur sécurité dans un contexte de hautes tensions dans le pays, où nombre d’élus ont été menacés. En effet, selon un sondage inédit réalisé par certains chercheurs des universités de Cardiff et d’Édimbourg - relayé par le quotidien The Times - la majorité des électeurs, qu'ils soient en faveur du Leave [Partir, N.D.L.R.] comme du Remain [Rester, N.D.L.R.], déclarent que cela vaudrait la peine d'agresser des parlementaires britanniques pour que les citoyens obtiennent le résultat souhaité.
Avec déjà plus de soixante députés, qu'ils soient conservateurs ou travaillistes, ayant annoncé qu’ils ne se représenteraient pas, la Chambre des communes - paralysée depuis le mois de septembre par le manque de majorité -, pourrait au lendemain des élections législatives déclenchées par Boris Johnson le 12 décembre prochain, avoir une physionomie nouvelle. L’enjeu pour le Premier ministre conservateur est bien sûr de se doter d’une majorité forte afin d’obtenir que les parlementaires votent l’accord de sortie de l’Union européenne conclu avec Bruxelles le 17 octobre dernier et tenir enfin sa promesse aux Britanniques avec quelques semaines de retard. Celle de faire sortir le pays de l'Union.
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